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Un ballon rond qui fait courir les foules

jeudi 19 juin 2008

Un jeu très populaire

Comme vous vous en doutez, il s’agit d’un ballon de football, jeu inventé par les Anglais qui, faute d’avoir adapté ce jeu au monde moderne, sont obligés de recruter des entraîneurs hors des Iles britanniques et de faire de l’importation massive de joueurs venant du continent européen ou africain d’une part, d’Amérique du sud de l’autre. Cette « marchandise » très chère- mais n’oubliez pas que ce terme n’est guère approprié s’agissant d’êtres humains munis d’une âme, d’un corps et d’un esprit souvent insuffisamment éduqué – passe entre les mains de commerçants qui la considèrent comme du bétail fait pour être exposé dans les foires expositions comme celle à laquelle nous assistons en ce mome nt entre la Suisse et l’Autriche. Selon les performances accomplies sur le terrain et sans doute encore mieux hors du terrain, leur valeur, non officiellement cotée en bourse, suit les fluctuations du marché et surtout des résultats obtenus au cours des matchs qui se jouent devant les autorités, les recruteurs, les entraîneurs et autres Présidents de clubs et de fédérations.

Une foire

Vous croyez que je raconte des histoires ? Rien n’est moins vrai puisque cette foire, qui s’adresse plus aux hommes qu’au bétail comme on pourrait le croire est décrite comme le lieu de négociation des échanges selon les moyens dont disposent les clubs, les sponsors qui participent à la gestion des équipes et l’équilibre entre besoins et « surplus », joueurs trop âgés, fatigués, en bout de course, épuisés par des années de courses folles sur tous les terrains de jeu du monde. Maintenant, les statisticiens assis au bord des champs de jeu calculent toutes les performances, les exploits, les courses d’une extrémité à l’autre de cette surface plane, régulière, arrosée aux dépens d’une eau qui manque partout pour en maintenir la verdure. C’est ainsi que la distance totale parcourue par un joueur au cours d’une partie est comptabilisée pour offrir aux téléspectateurs la somme des km avalés par chaque joueur. Elle se situe bien aux environs de 10 km pendant les 90 minutes que dure un match. C’est au cours des reportages assurés par des journalistes célébrés pour leurs connaissances techniques et sportives que sont dévoilées ces informations trop précieuses pour être négligées.

Reporteurs, consultants et journalistes

On ajoute à un duo ou un trio de « reporters » des « consultants », anciens joueurs qui ont eu leur gloire en football mais malheureusement pas dans le journalisme ou la littérature ce qui en a fait malheureusement des poupées parlantes proches de l’analphabétisme. Pour des raisons évidentes de promotion, de publicité, de pénétration dans la société, on les fait commenter plus devant le micro que les professionnels. De la sorte, on réalise le contraire d’une logique évidente : faire parler ceux qui ne savent pas le faire parce que ce qu’ils ont appris à coups de sacrifices, d’efforts, de souffrances, de blessures répétées, c’est dribbler, tirer, amortir, et non composer des phrases à l’usage des lecteurs, des auditeurs ou des « sportifs en chambre ». Cette incompétence dans la construction des phrases et la mobilisation des paroles n’est due qu’à la pauvreté de leur milieu social, la misère de leurs origines et la médiocrité de leur éducation. Dans cet ordre d’idées, je viens d’entendre au cours du reportage d’un match qualificatif pour un quart de finale qu’il valait mieux acheter des joueurs russes que suédois parce que ils étaient en pleine ascension technique et pas encore « trop chers ». Mais que bientôt ils le deviendraient en raison d’une demande accrue qui ne pourrait qu’augmenter encore. On en était donc à ces commentaires et supputations lorsque le vrai problème est arrivé à discussion avec le point d’acmé : faut-il limoger l’entraîneur de l’équipe de France qui avait fait un si mauvais travail ? Cette question insidieuse à laquelle il fut répondu que tout ce que désirait l’entraîneur en question après ce naufrage collectif était de demander la main de la très charmante animatrice des émissions sportives « parce qu’en ces temps difficiles pour tout le monde et particulièrement lui-même, ce qu’il lui fallait c’était une âme consolatrice capable de l’aider ».

Un malheureux au milieu de tant d’autres

Des autres, il fut moins question au cours de cette conversation malgré le désarroi dans lequel les avait plongés des décisions difficiles à comprendre, des attitudes spectaculaires, des non-dits à répétition. Cette histoire n’est pas une fable tirée d’un La Fontaine du 21è siècle qui aurait fait ses classes quelque part entre Florence et Athènes. Comme elle est tirée de conversations authentiques, elle mérite au moins un

commentaire éthique

1. Comment s’y prendre pour respecter les hommes qui participent à ce jeu si populaire ?

2. Comment éviter que des commentateurs bien renseignés aient émis une opinion qui relève du procès d’intention quand un certain nombre n’ont pas craint d’accuser l’équipe hollandaise de ne pas jouer leur rencontre honnêtement pour pouvoir choisir leur prochain adversaire et du même coup éliminer par ce jeu des adversaires dangereux comme l’Italie et la France ?

3. Au moment où la bouche des décideurs est remplie de considérations sur l’éducation, ne peut-on consentir à un effort pour permettre à chaque enfant et adolescent de France de construire une phrase suffisamment claire pour être comprise par tous (et toutes bien entendu).

4. Est-ce qu’une réglementation appropriée pourrait s’opposer à l’acquisition par un seul magnat d’une équipe sportive entière sur laquelle ne pourrait s’exercer que des contrôles épisodiques quant à l’éthique pratiquée, la morale en jeu, les transactions amorcées