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Le billet du Club Benjamin Lefranc

1)Poursuivre la construction de l’Europe est une nécesssité et un impératif ; une possibilité également

dimanche 21 décembre 2008, par Picospin

L’Europe, les pays européens, ont perdu leur position dominante dans le monde. Deux guerres mondiales ont eu lieu, dont certes les pays européens portent très largement la responsabilité, et qui ont meurtri profondément bien d’autres pays dans le monde.

Mais les pays européens, les « grandes puissances » européennes, ex puissances impériales, y ont perdu leur statut de puissances dominantes ; peut-être est il excessif de parler de déclin de l’occident (il s’agit ici de l’occident européen), mais force est de reconnaître que de 1945 à 1990 deux puissances ont dominé le monde, se sont même plus ou moins ouvertement affrontées pour la domination du monde, et qu’après l’effondrement de l’Union Soviétique d’autres puissances ont émergé qui s’efforcent de prendre une place parmi les premières (sinon la première), dans le même temps où la seule puissance hégémonique restant a vu cette hégémonie contestée et difficilement maintenue, par excès d’ambitions ou insuffisance de moyens.
Les pays européens pris isolément se sont retrouvés petits, petits quant à l’importance de leurs populations et petits quant aux ressources de leurs territoires, de plus en plus dépendants d’un monde ouvert, pions très modestes pour le grand jeu sur l’échiquier de la mondialisation. En perte de vitesse au plan démographique – sans parler de déclin démographique, force est de constater peut-être une baisse, à tout le moins une stagnation de la population qui n’est pas sans poser problème dans un monde en pleine expansion démographique, et qui crée une forte aspiration vers l’Europe, zone riche – l’Europe l’est aussi au plan économique, ne serait ce que par sa dépendance à l’égard du monde extérieur, pour l’énergie et certaines autres matières premières essentielles.
De cet affaiblissement, absolu ou relatif, il faut impérativement que les européens, les peuples européens prennent conscience, comprennent qu’il est essentiel de poursuivre la construction européenne en réalisant , après l’union économique, l’union politique. Ce n’est que par son unité, que devra matérialiser une structure de pouvoir permettant la prise de décisions politiques, que les pays européens unis pourront conserver leur force, et la faire entendre d’une seule voix.
A défaut, on voit mal comment augurer de l’avenir de l’ensemble européen. Or cette construction de l’Europe politique est en panne depuis quelques années. ; une première tentative avait été faite avec le projet de traité portant une Constitution de l’Europe – les referendums contre en France et aux Pays-Bas y ont fait obstacle – une relance plus modeste (on ne parle plus de constitution mais le Traité de Lisbonne visait à créer des institutions politiques) s’est heurtée au vote négatif de l’Irlande ; le sort final de ce traité est encore inconnu, car tous les Etats membres ne se sont pas encore prononcés, mais il est profondément obéré, sinon condamné, par le vote irlandais. Certains voient bien la nécessité d’une nouvelle étape vers la construction de l’Europe politique, certains, gouvernements ou peuples, beaucoup moins. Pour ceux-là, le reproche fondamental fait à l’Europe actuelle est que les mesures décidées ou proposées aux membres auraient pu l’être, pour une large part, par les Etats eux mêmes ; qu’il n’est pas évident que l’Europe apporte à chaque citoyen, dans l’immédiat, une amélioration de son sort. La preuve d’un « plus » par l’union n’est pas trop difficile à apporter ; il n’est que de voir combien l’existence de l’Euro, les décisions prises en commun au sein de l’Euro-groupe ont permis, dans la crise financière et économique actuelle, de calmer le jeu et d’apporter à ses membres une certaine sécurité.
La relance est donc nécessaire ; la crise financière et économique dans laquelle nous nous enfonçons et dont nous ne sommes pas près de sortir est une illustration de cette nécessité. Mais une relance qui vise au delà du court terme ; dans l’immédiat, si une action en commun est possible, elle ne peut se faire que dans le cadre des instituions existantes et avec les moyens dont elles disposent.
La relance pour l’avenir passe donc par un travail d’information des peuples, en sorte que l’opinion prenne conscience des faiblesses de l’Europe quand au maintien de sa place dans l’avenir, et donc de la nécessité de remédier à ces faiblesses, et que la volonté générale puisse s’exprimer dans ce sens ; elle passe aussi, et ce pourrait être le complément de ce premier travail, par la mise en œuvre de procédures nouvelles aptes à engendrer le succès là où les traités internationaux ont jusqu’à ce jour échoué.
Les institutions actuelles, celles des traités, exigent pourtant l’unanimité. Pourquoi ne pas recourir, comme l’a suggéré B. Geremek, à un referendum de tous les peuples européens, qui seraient appelés à répondre le même jour à la même question, pour surmonter l’obstacle de la règle de l’unanimité ; pourquoi ne pas faire élire, par les peuples européens, une Assemblée Constituante Européenne chargée d’élaborer cette constitution dont nous avons besoin et que nous n’avons pu obtenir par la voie diplomatique. D’ailleurs est ce bien à un traité de donner naissance à une constitution ? …

1)–l’Europe politique est le but – elle est aussi le moyen et la condition du progrès

C’est cette construction de l’Europe politique qu’il faut impérativement relancer. Elle suppose, on vient de le voir, que soient remplies deux conditions, levés deux obstacles : la règle de l’unanimité, et l’absence de constitution. Il y en a sûrement d’autres, comme par exemple la construction par cercles concentriques. Cela existe déjà, puisque la zone Euro ne comprend pas tous les membres de l’UE, et pourrait être repris dans d’autres domaines. Ce type de solution ne saurait être qu’un pis-aller…
Cette construction est incontestablement un approfondissement des structures de l’UE. Elle doit se faire compte tenu de l’extension actuelle de l’UE, avec tout ou partie – cela dépendra des formules mises en œuvre – des 27 membres actuels. Elle est exclusive de tout nouvel élargissement, à tout le moins jusqu’à ce que les nouvelles structures, politiques, soient bien en place et aient fait leurs preuves. Pas de nouvelles recrues dans l’UE d’ ici-là ; à l’exception éventuellement, s’ils remplissent les conditions, des pays qui sont sans conteste dans l’orbite géographique de l’Europe et qui ne sont pas encore membres de l’Union, type Serbie. Pas non plus, au moins dans l’immédiat, d’entrée de l’Europe dans des communautés élargies, du type Union pour la Méditerranée. Ce qui n’interdit pas de favoriser la création hors d’Europe d’ensembles régionaux avec lesquels l’UE pourrait établir des partenariats privilégiés.
Un gouvernement de l’Europe ne pourra fonctionner (nous l’avons déjà dit), démocratiquement, que par application de la règle de la majorité, qui pourrait, qui devrait prendre la forme de la double majorité, celle des Etats membres, celle des peuples. C’est par ce moyen que l’Europe parviendra à avoir une politique étrangère et de sécurité commune, pourra s’exprimer d’une seule voix dans le concert des nations, et renforcer ainsi l’efficacité de ses interventions.
C’est cette Europe politique, unie, capable de déterminer et d’appliquer sa politique étrangère qui sera en mesure de se situer par rapport à la grande puissance du moment, les Etats-Unis (grande puissance, mais qui n’est plus hégémonique) *. L’objectif n’est aucunement de s’isoler par rapport à eux ; là n’est pas notre intérêt. Il importe que nous ne soyons pas dépendants des USA, de ne pas oublier que tous les pays ont des moments d’égoïsme… ; ce qui ne signifie nullement qu’il ne doit pas exister de solidarité entre ces deux grands ensembles. Cette solidarité s’est manifestée maintes fois dans l’histoire, dans les deux sens, pour la défense de valeurs que nous avons en commun. Elle doit s’exprimer par des partenariats et non conduire à une dépendance de l’un par rapport à l’autre. Il nous faudra voir, à cet égard, ce que signifie la volonté du « Président élu » de rétablir son pays dans la plénitude de son « leadership »
C’est par ce moyen que nous parviendrons à doter l’Europe de moyens militaires suffisants d’une part pour assurer sa défense, sa propre sécurité, sans être dépendante de puissances extérieures, fussent-elles amies (il eut mieux valu à cet égard s’efforcer d’avoir une « armée européenne » plutôt que, pour la France, rejoindre le commandement intégré de l’OTAN) ; suffisants d’autre part pour permettre des interventions efficaces et suffisamment coordonnés des forces européennes là où le besoin se fera sentir, qu’il s’agisse d’actions en application de directives du Conseil de Sécurité de l’ONU, ou d’actions co-décidées avec des Etats amis et partenaires.
C’est dans un tel cadre que pourrait être organisée l’usage, au profit de la communauté, de l’armement nucléaire dont certains membres disposent et auquel ils auraient bien tort de renoncer ; décidée aussi la réalisation d’équipements stratégiques, comme les porte-avions, dont le coût de construction comme d’entretien peut être excessif pour un Etat membre seul.
Cela permettrait aussi, car pouvoir politique ne va pas sans pouvoir économique, d ‘avoir ce gouvernement économique qui nous manque bien en ce moment. Car si l’existence de la zone euro et de la Banque Centrale Européenne ont quelque peu protégé les pays européens de la crise financière qui secoue le monde, il faudrait une autorité commune pour étudier et mettre au point des solutions, prendre en commun les décisions qui devraient nous permettre de réagir contre les conséquences de cette crise financière et de nous protéger contre la crise économique – récession ou dépression - qui s’annonce, si elle n’est pas déjà commencée . Elle devrait notamment offrir des moyens d’action contre les paradis fiscaux, dont certains sont situés en Europe même…
De toute façon ces crises montrent clairement combien sont dangereux le laisser-faire sur les marchés et la conviction qu’une « main invisible » les guide toujours vers la solution optimale ; combien les dérives du capitalisme menacent la santé économique de nos pays. Des régulations s’imposent, tant au plan mondial – et sur ce terrain il serait essentiel que l’Europe soit représentée au FMI – qu’au plan européen. A l’Europe de voir ce qu’il faut obtenir au minimum de réglementation des marchés économiques et financiers (avec, comme le dit Pascal Lamy, des règles contraignantes), voir ce qui peut être fait par les européens eux-mêmes, et ce qui ne peut être établi que par accord avec le reste du monde, au moins ceux des pays qui sont ou se sentent concernés
On peut penser que ces objectifs ne seront atteints que si règne une bonne entente entre France et Allemagne ; ce qui est loin d’être le cas depuis un certain temps, et est particulièrement sensible dans la gestion de la crise.

2)– Pour une politique d’immigration de l’UE, arrêtée et mise en œuvre en commun.

La population française représente aujourd’hui en gros 1% de la population mondiale ; en 2050 ce pourcentage descendra, bien que l’évolution de la population française ne soit pas spécialement défavorable – contrairement à ce que connaissent plusieurs pays européens, et non des moindres – à 0,6 ou 0,7%. C’est vraiment peser bien peu dans le monde. L’évolution de la population européenne dans son ensemble est encore moins encourageante, car certains pays verront leur population baisser dans les décennies qui viennent, mais il faut bien reconnaître que les chiffres globaux, même s’ils doivent passer de 8,3% à 5,5% de la population mondiale, ont encore un sens, un poids. D’autant qu’ils s’appliquent à une zone qui est, sans doute pour quelques temps encore, la zone économiquement la plus riche du monde.
Oui, et c’est là que le problème naît : un marais démographique qui est en même temps une zone de richesse, objectivement et plus encore perçue comme telle, ne peut qu’être une tentation pour les populations de plus en plus nombreuses sur le reste de la terre, au moins celles des pays où l’évolution économique a pris ou accentué son retard. l’Europe non seulement attire, mais elle est aussi en manque de travailleurs. Car si la population doit dans les décennies à venir rester à peu près stable, ou très peu diminuer en valeur absolue, cette apparente stabilité cache en fait une modification profonde, que résume un mot : le vieillissement. Partout en Europe le nombre et plus encore le pourcentage des personnes âgées de plus de 60 ans s’accroît (également aussi la longévité) ; en contrepartie la tranche des 20-60 ans , celle des « actifs », diminue sensiblement. Il y aura donc de plus en plus un besoin, que l’on peut qualifier de nécessité impérieuse, de recourir à de la main d’œuvre extérieure.
Pour y répondre la mise au point d’une politique d’immigration, et l’application suivie de cette politique, s’imposent. Compte tenu des liens économiques étroits entre les pays de l’UE, et de la liberté de mouvement à l’intérieur de cet espace économique, cette politique d’immigration, pour être efficace doit être, ne peut être, qu’ européenne.
La question est : que peut elle être ? Aucun pays européen n’admet, semble-t-il, d’ouvrir grand ses frontières à tout immigrant potentiel ; c’est heureux car ce choix d’une « non politique » serait fort risqué pour celui qui s’y hasarderait, et pour l’Europe dans son ensemble. Mais alors quoi ? une politique de quotas, où seul le nombre des admis jouerait ? une politique sélective, en fonction de l’origine géographique ou ethnique des immigrants, ou en fonction de la « qualité » des candidats ? Les deux paraissent difficilement admissibles : la première à cause de son caractère racial, pour ne pas dire raciste ; la deuxième parce que les expériences faites par les pays qui y ont eu recours montrent que ça ne marche pas. Disons simplement que les critères de choix appliqués par les organismes chargés de cette immigration et ceux des employeurs potentiels des « élus » coïncident rarement.
Limitons nos ambitions à proposer quelques critères négatifs de cette politique commune à définir. Le premier, celui qui condamne la politique qualitative, est qu’il ne faut pas que les critères retenus pour la sélection, en gros le degré de formation et de culture des candidats, aboutisse à priver les pays d’émigration des éléments de qualité dont, d’une part, ils auront supporté le coût de formation, et dont, d’autre part, ils ont le plus grand besoin pour assurer leur propre développement. Le deuxième est que les émigrés sont une source de revenus primordiale pour les pays d’émigration, et qu’une politique d’immigration restrictive – j’entends par là quantitativement inférieure, par ignorance ou pour tout autre raison, aux besoins du pays récepteur – prive le pays d’émigration de tout ou partie de cette source de revenus.
Cela signifie qu’une politique d’immigration ne peut – globalement – être efficace que si elle résulte d’un accord entre pays d’immigration et pays d’émigration. Accords à l’occasion desquels pourraient être déterminés les besoins d’investissement des pays d’émigration et le concours que les pays d’immigration pourraient, parallèlement, leur apporter. Cela pourrait peut-être aussi éviter toutes ces morts scandaleuses des victimes des organisateurs d’émigration clandestine ; qui font payer très cher leur concours, que le transport aboutisse ou non.
Je crois pour ma part que toute politique d’immigration doit s’accompagner d’une politique d’intégration ; ce qui ne veut pas dire assimilation. Il paraît difficilement admissible qu’un immigrant qui veut rester, ou qui reste de fait, longtemps dans le pays d’accueil n’ait pas envie, ne soit pas intéressé par l’intégration dans la société dans laquelle il vit ; et que le pays d’accueil ne lui facilite pas cette intégration. L’existence de communautés séparées, non fondues dans la communauté nationale, est difficilement supportable. L’Angleterre en fait une assez douloureuse expérience. Les récentes déclarations du « président élu » des USA nous donnent sinon une démonstration, au moins un ferme espoir que les citoyens électeurs forment non pas des communautés distinctes, fonction de la couleur de la peau ou de tout autre critère, mais une nation, les Etats-Unis d’Amérique. Puissions nous avoir la même façon de voir.

3)– Le monde occidental, l’Europe en particulier, ne pourront se maintenir dans le monde globalisé que par l’esprit.

L’Histoire nous montre que depuis la nuit des temps c’est la supériorité technique et l’avance qu’elle leur conférait qui ont permis aux peuples de l’emporter les uns sur les autres ; pas toujours les mêmes, heureusement.. Au XIXème siècle c’est bien l’avance scientifique et technique (peut-être faudrait-il dire technique et scientifique…), le développement industriel qu’elles ont permis, qui ont donné à l’Europe sa prééminence dans le monde. Puis ce fut le tour des Etats-Unis, et si la Russie soviétique a pu un temps être son rival c’est bien parce qu’elle avait su combler son retard en la matière. Que le premier engin dans l’espace ait été russe, cela a bien surpris le monde…(et le mérite n’en revient pas aux seuls services secrets, à supposer même qu’ils y aient quelque mérite)
Si l’Europe (et peut-être aussi les Etats-Unis) veut défendre et maintenir sa place dans le monde, ce sera en conservant une avance scientifique et technologique ; car il lui est plus que difficile, pour bien des raisons de demeurer compétitive dans tous les domaines de la production devenus, si je puis dire, « classiques ». Le nucléaire en est une illustration frappante, et l’on ne peut que s’étonner d’entendre certains demander que leur pays renonce à ses usines productrices d’énergie nucléaire, technique qui intéresse fort le reste du monde.
Mais cela suppose que nos pays conservent leur capacité d’invention. A cela deux conditions :
que nous accordions à la recherche, nationale ou européenne, les moyens matériels et financiers de son bon fonctionnement ; qu’une concertation, une coordination étroites soient maintenues entre les équipes de chercheurs à l’intérieur de l’Europe, soit spontanément (il semble que cela existe), soit par le jeu des institutions communautaires.
que le système d’éducation permette l’éclosion de ces esprits inventifs dont la recherche a besoin, et aussi assure le maintien d’un niveau de culture élevé sans lequel ces objectifs ne seront pas atteints.
C’est ce dernier point qui fait problème, en France à tout le moins (nous ne nous prononçons pas pour le reste de l’Europe) où la place du système d’enseignement, de la base jusqu’aux universités, tend à baisser dans le classement mondial. On constate une baisse inquiétante du niveau culturel moyen, à laquelle les réformes successives de notre enseignement ne paraissent pas porter remède.
L’enseignement n’est pas notre spécialité, et nous ne nous sentons nullement qualifiés pour suggérer des remèdes. Il semble toutefois que le désir de donner à tous un « bon » niveau d’éducation : l’objectif de 80% de bacheliers et l’accès libre à l’enseignement supérieur aboutit à un résultat inverse, à un nivellement par le bas. Ne peut on concevoir un solide enseignement des disciplines de base – le fameux certificat d’études primaires, qui fut une des gloires de la IIIème République, en est un bon modèle ; il sortait de cet enseignement primaire plus (en %) de jeunes sachant lire que du primaire actuel – ensuite un enseignement spécialisé, et de niveau adapté aux professions et carrières envisagées, enfin un enseignement conduisant aux études véritablement supérieures qui produiraient les élites (oh, quel vilain mot !) capables de répondre aux défis scientifiques et techniques que nous pose la compétition mondiale, capables aussi d’assurer la transmission de ces connaissances.
J’ajoute que l’enseignement spécialisé devrait, compte tenu de la rapidité de l’évolution des sciences et des techniques, être ouvert aux personnes déjà dans la vie active, afin qu’elles puissent périodiquement (d’aucuns disent que ce devrait être tous les dix ans environ ) remettre leurs connaissances à jour, en sorte qu’elles ne soient pas déclassées dans leurs entreprises . Une telle formation non pas continue mais épisodique (cela suppose que les ressources des « renouvelants » leur soient assurées pendant ces phases de « retour à l’école ») aurait d’autant plus d’importance que la durée de la vie au travail ne peut qu’aller en s’accroissant, et qu’il faut donc donner à tous le moyen de continuer à exercer efficacement leurs tâches, et le sentiment qu’ils sont capables de le faire.
Là dessus vient se greffer le problème de la langue. Peut-il y avoir une langue européenne de la culture ? faut-il distinguer une langue de la science et de la technique et une langue de la culture générale ? si tel doit être le cas, les enseignements en Europe pourront-ils ajouter à leur langue nationale ces deux langues supplémentaires qui, si l’on veut qu’elles soient efficaces devront bien évidemment être les mêmes pour tous ? l’enseignement des langues étrangères se généralisant, la question est de savoir s’il pourrait y en avoir deux communes à tous.

4)–La nécessité d’un « développement durable »

Tout le monde, semble-t-il, reconnaît dans le développement durable la nécessité de laisser aux générations à venir une terre vivable, ce qui n’a pas été la préoccupation des peuples depuis le commencement du monde – longtemps la question ne s’est même pas posée – mais qui, vu l’accélération de la pollution de la terre, de l’air et même de l’eau, et les altérations qu’elle entraine dans les éco-systèmes, devient maintenant un impératif catégorique ; il nous faut impérativement surmonter les égoïsmes individuels et nationaux.
Compte tenu de la complexité de ces problèmes nous ferons seulement deux remarques, qui expriment notre conviction en la matière :
il ne faut pas que les considérations écologiques (dont la base scientifique est souvent contestable, mais moins souvent contestée par crainte d’être taxé d’hérésie) nous conduisent à faire n’importe quoi. Prenons l’exemple des agro-carburants : en dehors du fait que leur production, pour la plupart d’entre eux, n’est économiquement concevable que lorsque le prix du pétrole est élevé, très élevé, cette production présente de nombreux et graves inconvénients. Le recours aux agro-carburants vise à réduire la pollution résultant de l’utilisation des moteurs à explosion ; rien ne permet d’affirmer que ce résultat serait acquis si, au lieu de la réduction du seul CO2 on prenait en compte tous les autres facteurs de pollution. De plus les végétaux utilisés pour cette production sont en général gros consommateurs d’eau, dont on sait maintenant que c’est une ressource rare, et viennent prendre la place des forêts, dont le rôle dans l’équilibre de la nature n’est pas contesté. Enfin ils viennent consommer des terres cultivables, dont il n’y a pas d’excédents.
Or, et c’est la deuxième remarque, une des menaces les plus graves et les plus immédiates qui pèsent sur le monde est la faim, la faim à laquelle sont exposées plus d’un tiers des populations du monde. Dans ces conditions, réduire les surfaces cultivables en produits alimentaires au profit de carburants de substitution nous paraît un crime, un crime contre l’humanité. Au contraire, consacrons toutes les surfaces disponibles du monde développé, utilisons les techniques évoluées de production agricole pour nourrir autant que faire se peut le monde sous développé. Que les moyens financiers de la PAC, dans l’espace de l’UE, soient consacrées à cela plutôt qu’a payer les agriculteurs pour garder des terres en jachère. Apprenons aussi aux pays sous développés les moyens de tirer le meilleur parti des terres insuffisantes dont ils disposent, et de leurs ressources en eau ; nous avons des techniciens pour cela ; l’objectif étant de les mener, si possible, à la suffisance alimentaire.
Accessoirement – mais est ce vraiment accessoire ? – nous trouvons fondamentalement contraire à l’éthique que les pays développés puissent, en payant les pays sous développés et en compromettant ainsi leurs chances de développement , acquérir le droit de continuer à émettre des gaz à effet de serre en excédent de leurs quotas.

5)–En France, une réorganisation territoriale est souhaitable sinon même nécessaire.

Comment peut –on, à l’heure où l’efficacité est une valeur quasi religieuse, voire se multiplier dans notre pays les instances régionales : commune, département, région (vous direz que cela n’est pas fondamentalement nouveau ; certes, mais à l’heure de la mondialisation est ce une situation qui peut durer ?), sans compter les communautés urbaines, communautés d’agglomérations, syndicats intercommunaux en tous genres, et on en oublie sans doute. Certaines sont sans doute un progrès – nous pensons en particulier aux syndicats intercommunaux qui permettent aux communes de mettre en commun leurs moyens pour l’accomplissement de tâches de service public de plus en plus lourdes – d’autres beaucoup moins : comment justifier l’existence dans notre pays de quelque 36 000 communes, certaines si peu peuplés qu’elles n’ont pas les moyens matériels ni financiers d’assurer ces tâches ?
Comment admettre que l’Etat ait voulu et pu favoriser cette dispersion en déléguant aux instances régionales l’exécution d’un nombre toujours croissant de tâches d’intérêt collectif, sans leur remettre parallèlement les moyens de financement correspondants ? Cela a eu pour résultat un développement considérable des fonctions publiques locales ou régionales – sans que la fonction publique nationale en ait été pour autant réduite - et un alourdissement sensible des fiscalités locales et régionales, pour pouvoir couvrir ces nouveaux besoins.
Cela ne veut absolument pas dire, en formulant ce constat critique, que puisqu’il existe maintenant des instances supra-nationales on puisse, on doive supprimer l’Etat et avec lui les départements qui furent une création plus que valable de notre république. Non, l’objectif doit être d’arriver à constituer des unités opérationnelles par leur dimension et répondant aux besoins des populations, à éviter les doubles emplois et les rivalités de compétences, qui sont ou stérilisantes ou créatrices de coûts inutiles. Il faut bien reconnaître que les temps ont changé, et que les critères qui ont conduit au découpage en départements et à la localisation des « chefs-lieux » (voilà un terme que nous n’avons pas entendu depuis longtemps !) devraient aujourd’hui être revus.
Il est vrai que le découpage actuel, la superposition des structures administratives, n’est pas sans avantages pour les élus (il faudrait reconnaître la catégorie professionnelle des « élus », qui sont, dit-on, quelque 200 000 en France !…) puisqu’ils peuvent être élus à plusieurs niveaux. L’actuel Président de la République a bien dit clairement qu’il s’élevait contre ces cumuls, et qu’il demandait à ses ministres de renoncer à cumuler ministère et mandat de maire par exemple ; il semble qu’il se soit adressé à une corporation de sourds ; rien n’est changé, et on n’en parle plus. Il est vrai qu’il y a d’autres soucis.
Au risque de vous paraître contradictoire, sinon incohérent, nous affirmons notre conviction qu’il faut, pour résoudre ces problèmes, et plus encore les problèmes économiques et sociaux auxquels nous sommes confrontés, plus d’Etat, un Etat plus fort, nécessaire pour résister aux pressions internes et externes.
Ce sera notre conclusion ; provisoire…

* Paul Krugman, prix Nobel d’économie, dit qu’il y a actuellement dans le monde deux grandes puissances : les Etats-Unis et l’Europe, l’Union Européenne ; que dans quinze ans il y en aura quatre : les mêmes plus la Chine et l’Inde. Il n’est pas certain que cette référence, entendue à la radio, exprime toute la pensée de P. Krugman, mais pour nous elle n’est valable qu’avec un correctif : L’UE est sans doute bien une des deux grandes zones de richesse économique, une zone de puissance dans le monde c’est plus douteux. Pour qu’elle le soit, il faudrait que l’union politique de l’Europe soit (enfin) réalisée. Si elle ne se fait pas, il ne paraît pas certain que l’Europe soit toujours dans quinze ans dans le peloton de tête. Les USA n’ont pas ce problème.
Par ailleurs notons que, pour Krugman, la Russie ne figure dans les « grands » ni maintenant – on s’en doutait – ni dans quinze ans. Cela nous conforte dans l’idée qu’il est de l’intérêt et de la Russie, et de l’UE, que les deux se rapprochent, fassent tous leurs efforts pour se rapprocher, au plan économique sûrement, au plan politique si possible. Ni l’un ni l’autre n’a intérêt à rester isolé dans ce monde qui se construit différemment ; leur incontestable proximité géographique et historique est un facteur positif pour un tel rapprochement.