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4 – pour une gouvernance économique mondiale

jeudi 10 décembre 2009, par Georges Messin, Jean-Claude Cusset

La crise a montré, sinon la faillite du capitalisme et du libéralisme, à tout le moins les risques d’un laissez-faire quasi général, et l’inexistence d’un mécanisme spontané d’équilibre qui fasse que le fonctionnement de l’économie assure toujours au mieux la satisfaction des intérêts collectifs et des besoins individuels.

Déséquilibres

Trop longtemps tolérés, de gigantesques déséquilibres commerciaux et financiers intercontinentaux ont créé une situation de risque extrême. Il a alors suffi d’une erreur financière mineure, comme des crédits trop généreusement accordés au sein de la première puissance économique mondiale, pour que s’enclenche une séquence désastreuse menant à une crise systémique de la finance mondiale. De la crise financière a ensuite découlé une crise économique dont nous ne sommes pas encore sortis… Le pire a été évité, et la santé des établissements financiers a été, heureusement, vite retrouvée dans notre pays grâce à des injections massives de capitaux publics. Le sujet de la « gouvernance mondiale » est alors heureusement venu, ou revenu, sur le devant de la scène quand les grandes puissances de notre monde (G8, G20 ?) ont réagi à la crise, mais se contentant dans un premier temps de poser quelques principes d’intervention, laissant à chacun le choix des modalités et du niveau d’intervention. Alors même que les économistes les plus libéraux en reconnaissaient depuis longtemps, et en reconnaissent encore la nécessité, les chantiers de la coordination des politiques économiques et de la régulation des marchés de biens ou de capitaux n’ont pas encore été ouverts, ce qui est choquant dans le cadre d’une économie mondialisée depuis l’émergence de l’Asie dans le club des acteurs majeurs.

Une question complexe

Même s’il s’agit d’une question complexe dont le financement n’est qu’une modalité, notons que le centième des sommes engagées dans le monde pour sauver le secteur financier aurait suffi, au moins sur le papier, pour résoudre le problème de la faim dans le monde. Conséquence malheureuse de la crise financière, les crédits accordés à ce titre aux PED, déjà insuffisants, ont été réduits de moitié. L’écart économique entre nord et sud, entre pays développés, riches, et pays émergents ou non encore à ce stade, pays pauvres, ne peut ainsi que s’accroître. Ceci aggrave les difficultés de l’équilibre et du devenir de la planète, et plus immédiatement celles des peuples menacés de famine. Les pays pauvres sont à l’évidence de plus en plus démunis devant la crise alimentaire dont ils sont victimes.
Celle-ci risque d’ailleurs de s’aggraver par la conjonction de l’évolution démographique de la planète et des conditions climatiques qui affectent des récoltes déjà insuffisantes.

Prévisions ?

Les prévisions en matière de population annoncent en effet comme probable le chiffre de 9,5 milliards d’habitants sur la planète en 2050, un tiers de cette augmentation se situant dans les pays pauvres où l’insuffisante quantité des terres cultivables (sans parler des cessions de ces terres à des pays tiers…) et où les conditions de leur exploitation ne permettent pas de répondre aux besoins actuels des populations. Un récent rapport de l’ONU affirmant d’autre part que la surabondance des naissances serait une des causes principales du réchauffement climatique, le besoin d’une gouvernance économique mondiale devient de plus en plus évident pour remédier à ces situations, qu’elles soient conjoncturelles comme la crise économique et financière, ou structurelles comme la crise alimentaire. Des institutions internationales qui puissent soit concevoir les « régulations » adaptées et les mettre en application, soit déterminer des politiques à plus ou moins long terme, sont non seulement souhaitables, mais impérativement nécessaires.

Dispersion des interventions

Certaines institutions existent certes : FMI, BIRD, OMC, FAO, etc…mais leurs interventions se font en ordre dispersé, sans coordination, et sans une politique bien claire provenant d’une impulsion unique venant du sommet. Quel est aujourd’hui ce sommet ? Le G8, ou le G20, dernière mouture des organismes de cette nature ? Il en sort pour le moment d’excellentes idées mais chacun, membre ou non membre, reste responsable d’en assurer la mise en œuvre, ce qu’ils font visiblement plus dans leur propre intérêt que dans celui de la collectivité. Le G20 n’est-il pas menacé de n’avoir qu’une très courte vie, puisqu’il est aujourd’hui question d’un G2, où les seuls acteurs sont la Chine et les Etats-Unis. Seraient-il bien décidés à se partager l’hégémonie dans le monde et à assurer la protection de leurs intérêts réciproques ou, laissons-leur le bénéfice du doute, à trouver un accord sur les moyens à mettre en œuvre pour corriger les déséquilibres qui ont été à la source de la crise actuelle.

Qui fait le poids ?

Face à ces deux grands et à leur volonté, qu’y a-t-il ? Fort peu de choses, même du côté européen car, si l’Union Européenne existe, il n’est pas évident qu’elle « fasse le poids » économiquement et financièrement ; elle le pourrait peut-être si elle parlait d’une seule voix, mais tel n’est pas le cas, même dans le cadre du traité de Lisbonne et de l’union politique amorcée. Et puis n’oublions pas le reste du monde ! Alors… ne reste-t-il qu’à baisser les bras et à renoncer à une « vraie » gouvernance économique mondiale ?
Non : il existe une organisation dont c’est implicitement la vocation, l’Organisation des Nations Unies. Ne peut-on y créer, en plus du Conseil de Sécurité existant, un Conseil Economique qui aurait autorité sur toutes les organisations internationales, leur définirait une politique, veillerait à ce qu’elles la mettent en œuvre, et en assurerait la coordination ? Il faudrait à ce Conseil un organe permanent, un Secrétariat général, soit rattaché au Secrétariat Général de l’ONU, soit indépendant. À lui incomberaient les tâches de coordination et de contrôle que la mise en œuvre des politiques définies par le Conseil.

Comment prendre les décisions ?

La vraie difficulté de fonctionnement d’une telle organisation (la première étant de parvenir à modifier la Charte des Nations Unies pour lui permettre d’exister) réside dans les modalités de la prise de décision. Étant admis qu’il ne saurait y avoir, comme dans l’autre Conseil, d’États membres détenant un pouvoir de veto, comment concevoir la ou les règles de majorité ? Un pays, une voix ? Ce beau principe démocratique n’est peut-être pas très réaliste en l’occurrence. Il n’est que de prendre l’exemple de l’Europe où nous avons dit qu’il fallait qu’elle soit unie pour parler d’une seule voix, et pour se faire entendre… Il n’est pas sûr que le but serait alors atteint ! Une pondération des voix en fonction du poids démographique et/ou économique ? Sans doute, mais à condition que les critères soient établis de façon telle que l’équité entre toutes les parties concernées puisse être garantie.
La tâche est difficile, mais s’impose pour remédier aux écarts
grandissants entre pays riches et pays pauvres, et nous protéger des crises dont pâtissent surtout les populations les plus pauvres.

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