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Comment le découvrir ?

A la recherche du temps perdu ou du bonheur ?

Comment savoir où il se niche, le découvrir et le conserver ?

lundi 21 juillet 2008, par Picospin

Quelles sont les conditions susceptibles de favoriser le bonheur - du point de vue scientifique, économique, psychologique, politique et géographique – qu’on le juge sur des critères objectifs ou subjectifs ? En d’autres termes, qu’est-ce qui nous rend heureux ?

Un plaisir prolongé ?

Pour les matérialistes du XVIII ème siècle, le bonheur est avant tout un plaisir dont nous souhaitons le prolongement ou la répétition. Le bonheur se mesure à deux caractères : la durée et l’intensité. Un bonheur très bref est appelé plaisir. Entre plaisir et bonheur il n’y a qu’une différence de durée, pas de nature. Le bonheur peut-il être le résultat d’une pratique ou d’un art de vivre ? Le libertinage part du principe que le bonheur consiste dans le plaisir, pour trouver le bonheur il faut savoir trouver le plaisir, le saisir avec adresse et le conserver. L’homme qui veut être "heureux", doit savoir user des plaisirs avec habileté, art et modération, savoir repousser à temps un plaisir qui risque de virer à la peine. Il faut savoir capturer le plaisir du moment et le porter à la plus haute intensité. Jouer le jeu de la séduction tant qu’il y a du plaisir, conquérir la proie du désir et passer à une autre, dès que l’ennui survient, c’est jouer le jeu de l’hédonisme d’un égocentrisme du plaisir conséquent, qui vise à la recherche de sa propre satisfaction. Vivre en séducteur, c’est renouveler constamment le plaisir en vivant la vie comme un jeu et en ne lui accordant aucun sérieux qui se transformerait en l’ennui. S’il n’y avait pas d’action, il n’y aurait pas de divertissement. Alors apparaîtrait le sentiment horrible de l’ennui qui est une maladie de l’âme, sinon le premier symptôme du malheur et le mal le plus caractéristique de notre époque ? L’homme postmoderne n’est-il pas un être qui s’ennuie ?

L’ennui ?

L’individualisme de notre époque est axé sur la recherche du plaisir qui repose sur un hédonisme de la consommation. La surenchère dans l’illusion et la fuite dans le divertissement installent la vie dans le malaise et la frustration : la maladie de la vie, c’est une vie qui ne s’accomplit jamais, mais s’occupe en « profitant ».
Si les livres sur le développement personnel prétendent apporter des recettes miracles pour accéder au bonheur, il ne suffit pas de lire un manuel ou de suivre un stage « New Age » pour se sentir plus profondément heureux. Depuis une dizaine d’années, économistes, scientifiques et politologues se sont emparés du thème afin d’améliorer notre bien-être qui n’est pas nécessairement synonyme de bonheur. La félicité (état de sérénité et de joie durable) a été étudiée et même mesurée, car elle serait devenue un objectif politique majeur qui inspire des innovations sociales et économiques. Je suis tombé récemment sur un ancien supplément du Courrier International (n° 874-875-876) qui m’a donné envie d’écrire ce billet afin de tenter d’élucider les secrets du bonheur car il faut dire que le sujet est passionnant. L’édition du Courrier International avait pour titre évocateur « Alors, heureux ? Pourquoi nous sommes obsédés par le bonheur » et il a servi de point de départ dans une quête du véritable bonheur. « Qu’est ce qui nous rend heureux ? » est une vaste question à laquelle on peut tenter d’apporter quelques réponses, sans en avoir la certitude. Malgré toutes les tentatives qui visent à cerner le bonheur, il reste le plus souvent insaisissable. Il est quasiment impossible de savoir ce qui rend individuellement heureux. Plus d’argent, une meilleure santé, des enfants équilibrés ? Le premier élément qui mérite d’être mentionné est l’argent. La règle fondamentale en économie repose sur l’idée que le bonheur est fonction des revenus. Nombreux sont ceux – et le président Sarkozy semble convaincu par ce concept puisqu’il s’agite pour donner l’illusion aux Français qu’ils vont gagner plus d’argent – qui prônent cette solution. Cette hypothèse n’est vraie qu’en partie puisqu’il est démontré qu’à partir d’un certain niveau de richesse, l’augmentation des revenus ne contribue pas forcément au bonheur.

Illusion, allégresse ?

C’est ensuite la comparaison avec les biens matériels entre les siens propres et ceux des autres qui donne l’illusion d’une certaine allégresse. Ainsi, l’argent procure une certaine liberté et donne le choix, mais ne rend pas plus heureux. C’est le fameux « cycle hédoniste » que certains philosophes attribuent spécifiquement à la société moderne. Le secret de la félicité est plus complexe que les affirmations des manuels de microéconomie qui veulent nous persuader que le bonheur individuel s’associe à la satisfaction procurée par la quantité consommée de biens matériels et immatériels. Les décideurs politiques se sont aussi mis à étudier le bonheur. Il existe un nouvel indice, conjoint au PIB, qui s’appelle le Bonheur National Brut (BNB). Le BNB permet de mesurer le progrès de la société, même si on peut se demander si le bonheur est mesurable analytiquement. Dans un article de Libération sur les indices du bonheur, la France est classée 62e sur la carte mondiale du bonheur, tandis que le Danemark est numéro un et que le petit royaume himalayen du Bhoutan est 8e. La conclusion de ce classement est simple puisqu’elle suggère qu’il faut chercher ailleurs que dans le confort financier la recette du bonheur. Certains pays comme la Thaïlande et la Chine ont développé leurs propres méthodes de calcul qui permettent de déterminer un indice du bonheur national, mais il est évident que le système de mesure peut être manipulé à des fins politiques.

Indices du bonheur

Étant donné qu’un grand nombre de variables interviennent pour calculer les indices du bonheur,on peut se demander si ces calculs relèvent bien d’uns science exacte. Parmi les autres éléments contribuant à la félicité, les chercheurs notent que le climat, le mariage et les enfants sont bénéfiques. Cependant, il existe plusieurs formes de bonheur, dont le plaisir immédiat, la satisfaction et la plénitude. Du coup, je veux savoir à quelle sorte de bonheur les indices veulent répondre. Un grand nombre de personnes confondent bonheur et allégresse qui est un sentiment éphémère différent de la plénitude liée à la félicité qui devrait et pourrait satisfaire toute une vie. Faut-il se pencher sur la relation entre désir, bonheur, plaisir et félicité pour entrevoir les différences qui existent entre ces différents états moraux, émotionnels ou affectifs ? L’étude de la manière dont l’idée du bonheur a évolué au fil du temps est intéressante. Un ouvrage intitulé « The Pursuit of Happiness » (La Poursuite du Bonheur) par Darrin McMahon qui disserte sur l’histoire de la philosophie du bonheur explique que la perception du bonheur a évolué au fil du temps. Dans la Grèce Antique, le bonheur était un cadeau des dieux car il fallait être mort pour accéder au bonheur. La vie terrestre n’était que pénitence et souffrance en attendant une meilleure destinée dans l’Au-delà. Pour Socrate, comme nous savons que tout le monde veut être heureux, nous devons trouver les moyens de parvenir au bonheur. De cette idée, a germé la notion que les êtres humains pouvaient être heureux comme les dieux, mais que cet état demeure une récompense alors qu’aujourd’hui on considère qu’il relève d’un droit inné. Une évolution vers la félicité intervient au XVIIIème siècle, au moment des Lumières, lorsque a été émis le concept simple que le plaisir est bon et la douleur mauvaise. Pour John Locke l’homme n’est pas né pour vivre une destinée misérable ce que confirme l’Encyclopédie qui évoque l’idée que chacun a le droit d’être heureux. Cette notion du bonheur s’est étendue pour devenir universelle et pérenne.

Sommes-nous naturellement heureux ?

Nous sommes « naturellement » heureux et, si ce n’est pas le cas, il faut reconsidérer le problème sous l’angle d’une cause qui est avec le monde autour de nous ou à l’intérieur de soi. Est-ce que le bonheur tient uniquement à la satisfaction de nos désirs ce qui explique que nous exagérions notre perception de la satisfaction à l’occasion de plaisirs anticipés. L’aspect dominant de la pensée de McMahon est lié au concept de la félicité qui serait étroitement liée à l’environnement culturel. C’est une de raisons pour lesquelles les Grecs de l’époque antique ne pouvaient être heureux tant qu’ils étaient en vie. La poursuite du bonheur, selon cet auteur serait aussi liée à l’identité des Etats-Unis, raison pour laquelle Thomas Jefferson a insisté pour coucher dans la Constitution américaine que la recherche du bonheur est un droit inaliénable, après celui de la vie et celui de la liberté. Est-ce pour cette raison que les Américains ont interprété ce droit selon plusieurs perspectives comme la possession de la propriété et la poursuite de la vertu ? De nos jours, nos perceptions sont plus floues au moment où le droit au bonheur s’est déplacé vers celui du devoir. On a même glissé d’un bannissement du bonheur vers la jouissance sans entrave, idée qui a finalement tenté d’imposer un nouveau dogme du bonheur. Ne faut-il pas se demander si nos sociétés ne s’attachent pas trop au prix du bonheur ? Cette dérive peut-elle être due au fait que les hommes cherchent à vivre comme des dieux, abandonnant de ce fait une part de leur humanité.

Questionnement éthique :

1. Pensez-vous qu’il existe des recettes du bonheur et si oui lesquelles conseilleriez-vous ? Si l’on peut supposer qu’il n’y a pas de « pilules du bonheur », il existe sans doute des conseils pour atténuer ou éliminer la douleur et abaisser le seuil de la souffrance.

2. Est-ce qu’on ne confond pas trop souvent la prospérité matérielle avec le bonheur ?

3. Etes-vous d’accord sur une définition du bonheur qui consisterait en une joie d’exister pleine et entière ici et maintenant ?

4. Est-ce que cette définition est compatible ou incompatible sinon opposée à l’attente d’un bonheur, d’une béatitude, d’une joie mystique promise et attendue dans un monde à venir ?

Sources :

Agora Vox
19 juillet 2008