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A propos de la jeune Leonarda

Une autre histoire...

dimanche 20 octobre 2013, par Picospin

A cette époque aussi, un petit garçon de 7 ans s’était réfugié en France où il a été scolarisé très vite pour s’assimiler à la culture et surtout à la langue de son nouveau pays d’accueil au point qu’au bout de 5 mois il avait appris tous les rouages de la langue d’adoption, le Français, au point d’oublier sa langue maternelle, l’Allemand qu’il parlait à Vienne en Autriche avant son départ forcé de ce pays sous les instigations plus que persuasives des autorités nazies qui venaient d’entrer en triomphateurs dans son pays d’où elles s’étaient empressées de chasser tous les indésirables qui y habitaient, en premier lieu les Juifs, les Roms, les Tsiganes et autres « sous-hommes ».

La guerre

Le temps passait faisant place aux évènements de la guerre 39-45 pendant laquelle l’enfant grandissait, prenait la tête de sa classe sous les applaudissements de ses professeurs puis obliquait vers les études des Médecine dans les Universités et Facultés de Médecine de Marseille, Montpellier et Paris. A la fin de ces longues études, après l’obtention de son diplôme de médecin et de sa spécialité de cardiologie, il entreprit de solliciter auprès des autorités de son nouveau pays, la France, dont il parlait parfaitement la langue tout en ayant abandonné celle du pays qu’il avait fui, la naturalisation dans l’intention d’adopter la nationalité française, privilège qui lui fut refusé à deux reprises sans que cette décision eut reçue la moindre justification, s’adressant à un sujet qui avait suivi toutes les classes de l’enseignement primaire, secondaire et supérieur en France, en langue française après un séjour ininterrompu dans ce pays de plus de 15 ans. A noter que la conservation de la nationalité autrichienne qui l’avait jeté aux mains des Nazis l’empêchait d’exercer la médecine en France ce qui l’obligeait à choisir entre une autre profession en France, sous culture de la langue française et un retour en Autriche pour y adopter une langue qu’il ne parlait plus.

Un choix impossible

Quel pouvait être le choix de ce jeune étudiant devenu médecin ? Retourner dans un pays qui l’avait chassé avec sa famille, ses parents et dont il ne parlait plus une langue qu’il aurait du réapprendre à un niveau plus élevé que celui auquel il était parvenu à son départ en tant que réfugié ? Persister dans son désir de devenir Français dans l’espoir d’acquérir la nationalité de son pays d’accueil, mais sans certitude d’obtenir satisfaction ? C’est bien le pari qu’il fit et qui, sans avoir l’importance et l’originalité de celui de Pascal plusieurs siècles avant cet événement et qui fort heureusement - et grâce aux appuis que lui-même et ses parents cherchèrent désespérément - finit par être couronné de succès, non sans mal ni difficultés de tous ordres.

Un tapis déroulé qui n’était pas rouge

Ainsi se déroula le tapis de sa vie qui finit quelque part en Algérie où il accomplit son devoir de nouveau citoyen, fier de son statut et de l’expérience acquise au contact de la vie civile et militaire de ce département français qui finit par être abandonné après les aléas de la décolonisation que tout le monde connaît. Ce long épisode mérite comparaison avec celui - plus bref heureusement - de la petite expulsée récente du territoire français qui a été priée de regagner son Kosovo peut-être natal dont elle ne comprend plus la langue avec ou sans l’appui et l’accompagnement, la protection de ses parents dont le destin ressemble plus à un tableau non figuratif qu’aux œuvres plus connues des actuels maitres de la peinture contemporaine.