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Aurait-on pu éviter ce massacre ?

A qui le tour pour le tombeau de 14-18 ?

Quelle folie et quel courage !

mardi 11 novembre 2008, par Picospin

On nous les rappelle sur tous les tons, comme on écrit la musique de la gamme de do à celle de si pour habituer l’élève en solfège à jongler avec les tonalités, les modes, les rythmes à l’instar des bruits des canons des fusils et de mitrailleuses qui ne cessaient d’assourdir les oreilles des combattants emmurés dans leurs tranchées dégoulinant de rats, de cadavres, de boue, de chair et de sang.

Le bruit et la fureur

lls voulaient dormir et ne le pouvaient pas à cause de l’absence de tout silence, ils voulaient se reposer ou dormir et ils ne le pouvaient pas, maintenus en plein éveil par la perspective de devoir se dégager des tranchées, d’apparaître debout devant l’ennemi qui n’attendait que cette occasion pour dégager ses armes et arroser ce qui bougeait encore. Comment cette vision de l’horreur, une horreur toute différente de celle vécue dans les camps de la mort, a-t-elle été perçue par les témoins actuels, ceux qui ont reçu les récits à travers les déformations de l’histoire, les dérives de l’affectivité, les grossissements des acteurs proches du combat ou la miniaturisation due à l’éloignement des civières, des évacuations et le rapprochement des tentes signalées par les croix rouges ? A distance du temps, 50 ans après les tueries, les approches ont changé. Les ennemis d’hier sont devenus l’ennui que l’on ressent en lisant toutes ces commémorations surannées. A vivre trop dans le passé, on n’a que le désespoir à partager. Ceux qui désobéissent par nécessité ? C’est à ceux-là que le Président de la République a exprimé sa compréhension en déclarant qu’il « voulait dire au nom de notre nation que beaucoup de ceux qui furent exécutés alors ne s’étaient pas déshonorés ». Eux aussi étaient des « victimes ». Et ceux qui vont finir par tirer sur ceux qui ne respectent pas la loi nécessaire et la seule garantie pour faire respecter les individus, la laïcité, les droits de l’homme et des citoyens, vous les placez dans quel camp ? Le 11 novembre permet de mesurer et de rappeler l’incompétence, l’ignorance de certains responsables des armées qui allaient jusqu’à faire envoyer la chair à canon faire couper leur chair déjà entamée se faire couper en morceaux pour une gloire endossée par d’autres. Cette mise en scène macabre, trop programmée d’un côté, pas assez préparée de l’autre a décimé, haché, pilonné une génération pour arracher des morceaux de visage, brûler la muqueuse des bronches et des poumons au grand orgueil et à la satisfaction des ingénieurs chimistes de l’autre côté qui dans ce domaine avaient pris une avance substantielle sur les visions poétiques, romanesques de leurs adversaires. Le conditionnement psychologique bien préparé et largement répandu apparaît avec une lumineuse clarté dans les nébuleuses dégagées par les canons, les chenilles des chars, s’enfonçant dans la chair et les profondeurs des hommes et des crevasses, des sols labourés, des arbres abattus et écrasés.

Visions d’horreur

Bon public, les témoins tardifs des massacres et des destructions systématiques, écrivent encore maintenant, des dizaines d’années après cette horrible mascarade des membres arrachés, des visages laminés, des houes arrachées, des gueules cassées au profit desquels on continuait d’émettre des billets de la Loterie Nationale pour donner une certains chance même à ceux qui n’en avaient pas eu qu’il ne faut pas oublier que des millions d’hommes ont perdu la vie de l’autre côté aussi où il n’y avait pas de peuples colonisés à sacrifier dans l’abattoir du champ de bataille. Spectateur intransigeant, chronologiquement en différé par rapport, cet apprenti historien ajoute que « si ces bons Poilus voyaient à quoi ressemble la France aujourd’hui, nombreux se diraient qu’ils sont morts pour rien. ». Des années après cette terrible époque qu’on n’ose qualifier d’épopée, l’historien Marc Bloch, qui avait été mobilisé en août 1914, dès les premiers jours du conflit comme sergent d’infanterie et qui a terminé la guerre comme capitaine après avoir été cité 4 fois à l’ordre de l’armée et avoir reçu la croix de guerre, écrivait qu’il trouvait atroce que les guerres puissent ne pas épargner l’enfance, non seulement parce que sa tendre faiblesse et son irresponsabilité adressent à notre protection un si confiant appel. A Hérode, la légende chrétienne n’aurait sans doute pas été si sévère, si elle n’avait eu à lui reprocher que la mort du Précurseur. L’inexpiable crime fut le Massacre des innocents. Les adultes en revanche sont égaux devant les périls ce qui rend incompréhensible le fait de prétendre qu’aucun d’eux puisse prétendre à un privilège d’immunité. On ne comprend pas pour quelle raison le nombre des années passées sur notre terre confèrerait le droit de se soustraire au danger commun. En vieillissant, est-ce que la vie serait devenue plus précieuse que celle des plus jeunes alors qu’il vaudrait mieux que leur vie fût conservée aux dépens du vieil âge. La grande impiété de la guerre, c’est que les pères mettent les fils au tombeau.

Questionnement éthique :

1. Est-ce qu’une position éthique des autorités recommanderait de préparer correctement les officiers et l’état-major aux tâches qu’il aurait à affronter contre l’adversaire ?

2. Est-ce que le pantalon rouge de l’uniforme français était bien adapté aux combats à mener dans les plaines de l’est et les tranchées profondes creusées pour les dérober à la vision de l’ennemi ?

3. N’y a-t-il pas eu comme une prise d’otage des soldats auxquels on a expliqué qu’il fallait continuer les combats à tout prix et même à celui que serait le plus élevé car la guerre qu’ils menaient était la dernière ce qui méritait tous les sacrifices pour éviter les suivantes ?

4. Comment expliquer le revirement d’opinion de M. Sarkozy au sujet des mutins qui ont enclenché les fusillades alors que plusieurs années auparavant cette opinion avait été presque unanimement condamnée par l’opinion publique lorsqu’un discours semblable sur leur réhabilitation avait été tenu par le Premier Ministre à cette époque qui, socialiste, n’était autre que Jospin ?