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ARTICLE SPECIAL : Une condamnation à Paris fait écho en Corse.

vendredi 14 décembre 2007, par Picospin

Cinq explosions ont eu lieu à Bonifacio. Deux d’entre elles ont été localisées : elles visaient des villas qui ont été totalement détruites. A Calalonga, c’est la villa d’une amie d’enfance de Madame Erignac qui a été soufflée par l’explosion. Cette dernière y avait séjourné à plusieurs reprises avec son mari. A Zicavo, en Haute-Corse, la gendarmerie a été mitraillée vers 23 heures, jeudi soir. Six impacts de balles ont été relevés sur la façade du bâtiment où résident six gendarmes et leur famille.

« Actes indignes de la République »

A proximité du tribunal d’Ajaccio, un bâton de dynamite a par ailleurs été lancé en direction d’un fourgon de CRS sans faire de dégâts. A Bastia, des pneus et des conteneurs à ordure ont été brûlées près du palais de justice. Le calme est revenu vers 21 heures. La ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie a dénoncé ces attentats « contraires à l’éthique, et au sens de l’honneur des Corses ». « Ces actes sont indignes de la République », a-t-elle ajouté.

« Verdict inique »

Aucun de ces actes n’a été revendiqué. Impossible donc, d’établir un lien avec le verdict condamnant Yvan Colonna. Hier pourtant, Jean-Philippe Antolini, porte-parole du Comité anti-répression avait prévenu : « Ce verdict inique ne peut être que très mal accueilli en Corse. Il sera très mal vécu. Nous avons eu des justiciers qui ont rendu une vengeance d’Etat. C’est un véritable scandale d’Etat que nous ne tolérerons pas ». Le Comité anti-répression a appelé les nationalistes à se réunir lundi à Corte pour « apporter une réponse à la hauteur de la provocation ». « Je pense que nous allons vers des tensions nouvelles », a pour sa part déclaré Jean-Christophe Angelini, élu autonomiste à l’Assemblée de Corse. Seul Cargèse, le petit village de la famille Colonna, était calme dans la soirée de jeudi. Les rues étaient désertes. A un journaliste qui s’étonnait de ce silence généralisé, un homme a expliqué : « Ceux qui le pensent coupable ne diront rien, les partisans de son innocence pas plus. La réalité, c’est probablement que tout le monde s’en fout. De toute façon, c’était plié depuis belle lurette ». Ces réactions ont été si violentes qu’elles ont pris comme cibles des maisons, elles-mêmes innocentes qui n’ont en rien été responsables ni de la mort du Préfet ni de la condamnation de l’accusé. Il s’agissait seulement de viser, pour les dénouer, des liens amicaux avec l’épouse de la victime. On peut penser qu’elle a été considérée comme représentante du pouvoir de la métropole, du continent, d’une administration concentrée à Paris qui veut venger la République attaquée en la personne de son pouvoir exécutif dressé pour porter aux quatre coins du pays les ordres de l’état.

Des citoyens actifs

On sait par ailleurs que les habitants de l’île de Beauté comptent parmi les délégués les plus actifs, les plus loyaux envers ce dernier. Y a-t-il contradiction entre le combat des uns et la fidélité des autres ? C’est l’état français qui a commandité les bombes "corses" d’il y a une dizaine de jours. Si vous partagez cet avis, ce que j’espère, alors il faut faire savoir cette vérité non seulement à tous les corses, mais aussi à tous les français. Vigi-Pirate n’est qu’un mini-coup d’état. Il me semble indispensable de lire Gianfranco Sanguinetti : "Du terrorisme et de l’état", et "véridique rapport sur les dernières chances de sauver le capitalisme en Italie". Le premier est publié en français par Jean François Martos, et le deuxième par Ivrea. Le but du terrorisme d’état est de faire mal voir les indépendentistes en prétendant que ce sont eux les coupables, de justifier les mesures répressives, et de faire en sorte que les gens se disent : "Soit avec l’état, soit avec les terroristes. Seul l’état peut nous défendre contre les terroristes. Ne mettons pas de bâtons dans les roues de l’état, cessons d’en dire du mal, cessons de faire grève, etc...". Ces propos sont très bien expliqués par Sanguinetti. Il me parait indispensable de faire comprendre à tout le monde, et pas seulement aux Corses, que quand une bombe est posée de façon à blesser ou à tuer, surtout de façon aveugle, ce ne peut être de la responsabilité des indépendentantistes corses. Le terrorisme aveugle n’est pas aveugle : il vise, et il vise le peuple. Il ne peut être commis que par l’ennemi du peuple : l’état. Une coïncidence curieuse vient apporter de l’eau au moulin de cette thèse. Simultanément aux bombes "corses" qui ont blessé des gens du peuple, l’ETA annonce la reprise de la lutte armée. C’est ce qui est annoncé pour faire comprendre que le terrorisme aveugle ou stupide menace de reprendre en Espagne. Le terrorisme en Corse et la menace de l’ETA arrivent simultanément. Ce n’est sans doute pas une coïncidence.

ETA et Nationalisme corse

L’état français aurait besoin du "terrorisme corse" pour gérer les problèmes de contestation en France. Et l’état espagnol a besoin du "terrorisme basque" pour amenuiser ses propres problèmes de contestations. Comme l’utilisation du terrorisme est un classique pour empêcher les révolutions, il est naturel que les divers états qui doivent utiliser cette arme contre leur propre population se concertent. Cela s’appelle, dans les médias, une entente internationale "contre " le terrorisme. Ces dernières servent à échanger les diverses techniques et à coordonner les terrorismes d’état. De même un organisme censé lutter contre le terrorisme n’est en fait là que pour étudier dans quelle mesure ce type de terrorisme peut ou non être utile, et comment le mettre en oeuvre. C’est ce genre d’entente qui explique la coïncidence expliquée plus haut. Pour revenir sur la menace de l’ETA de "reprendre le terrorisme", il faut se souvenir des bombes aveugles attribuées à l’ETA qui ont fait de nombreux morts en explosant dans des grands magasins. Il y eut aussi des exécutions de personnalités politiques. Tout cela faisait mal voir l’ETA et était dramatique pour cette organisation. Ses chefs s’étaient probablement rendus compte qu’il y avait beaucoup de manipulations de la part de l’état espagnol et que les bombes aveugles n’étaient pas posées par l’ETA, ou bien l’avaient été par des individus manipulés par l’état espagnol. Les exécutions de personnalités politiques étaient effectuées soit par des agents secrets qui se faisaient passer pour l’ETA soit par des groupes de l’ETA manipulés par les services secrets. C’est sûrement pour cela que certains de ses chefs ont décidé d’arrêter la lutte armée : Peu avant l’arrêt de la trêve, des chefs de l’ETA ont été arrêtés. Il est probable qu’ils n’acceptaient pas de "reprendre la lutte armée", estimant que les arguments précédents étaient toujours valables. Mais une fois en prison, ce n’est plus eux qui décident mais leurs remplaçants. Pourquoi ne comprennent-ils pas eux aussi l’argument développé ci-dessus ?

A propos d’ETA

Les nouveaux chefs de l’ETA sont-ils des agents secrets au service de l’état espagnol ? C’est peut-être parce que cet état avait un urgent besoin de terrorisme ou de menace terroriste sur son sol qu’il a fait arrêter quelques chefs de l’ETA afin qu’ils puissent être remplacés par des agents infiltrés dans cette organisation. A la suite d’une véritable fracture culturelle survenue au cours des années soixante, le corse a généralement cessé d’être la langue maternelle des jeunes générations ; en contrepartie, on assiste à une valorisation de la langue qui fait l’objet de nombreux travaux de recherche, et à son entrée dans des domaines d’où elle était autrefois exclue, à commencer par l’école. Cela signifie que la langue corse ne serait pas transmise de la part de la génération précédente, malgré son enseignement quasi généralisé. Bref, le corse ne serait plus aujourd’hui la langue maternelle de l’écrasante majorité des jeunes Corses. Certes, les générations les plus âgées comprennent le corse et le parlent parfaitement, même s’ils ne l’écrivent généralement pas (dans une proportion de 95 %). Pour la majorité de ces personnes, c’est réellement leur langue maternelle, mais cette pratique diminue nettement avec les groupes moins âgés. On assiste à cette situation paradoxale : le corse est de plus en plus enseigné aujourd’hui dans les établissements scolaires, mais la pratique privée de la langue et la transmission familiale sont quasiment éteintes.

Questions de langues

Beaucoup de jeunes Corses comprennent la langue, en connaissent quelques phrases, mais en ont très souvent une pratique assez sommaire, sinon aucune pratique du tout. Le chiffre de 60 % de locuteurs semble donc très au-dessus de la réalité. Dans leurs conversations quotidiennes, les corsophones peuvent passer constamment du corse au français, selon les circonstances du moment. Généralement, le français est réservé aux communications plus formelles, le corse en famille ou entre amis. Cette pratique diglossique a donné lieu à un système linguistique parfois hybride et appelé le « français régional de Corse ». Ce phénomène peut se traduire par l’emploi, entre autres, d’un mot ou de plusieurs mots corses dans une phrase. Les Corses parlaient entre eux la langue corse, mais pratiquaient une langue administrative (« officielle ») — le toscan — avec plus ou moins d’habileté dans des circonstances particulières (justice, textes officiels, rapports avec les autorités) et qui était en train de devenir progressivement l’italien que nous connaissons aujourd’hui. L’influence toscane fut déterminante pour la langue corse, car elle eut comme conséquence de rompre l’ancienne unité linguistico-culturelle avec le sarde, la Sardaigne ayant fonctionné dans le même cadre administratif byzantin que la Corse ; rappelons que, de son côté, la Sardaigne subit l’omniprésence catalano-aragonaise. Malgré une domination politique de quelque cinq siècles, les Génois n’ont, somme toute, laisser que peu de mots génois aux Corses, car ils utilisaient eux-mêmes le toscan comme langue écrite phrase française ou de mots français dans une phrase corse. La République française garantit à la communauté historique et culturelle vivante que constitue le peuple corse, composante du peuple français, les droits à la préservation de son identité culturelle et à la défense de ses intérêts économiques et sociaux spécifiques. Ces droits liés à l’insularité s’exercent dans le respect de l’unité nationale, dans le cadre de la Constitution, des lois de la République et du présent statut.

"Le peuple corse"

C’est le terme même de peuple corse qui mit le feu aux poudres. Pour certains, cette notion était contraire au principe d’une « République une et indivisible » ; pour d’autres, c’était susciter des revendications de la part des peuples bretons, alsacien, catalan, basque, etc. Le gouvernement français avait espéré donner une satisfaction symbolique au mouvement autonomiste corse en reconnaissant l’existence d’un « peuple corse ». La crainte de voir n’importe quel groupe minoritaire réclamer sa reconnaissance comme peuple à la République a suffi pour provoquer une levée de boucliers chez de nombreux Français. De son côté, le FLNC (Front de libération nationale de la Corse) a fait savoir que, faute de « peuple corse », il reprenait le sentier de la guerre. Tout était donc à recommencer puisque les leaders corses estimaient que, sans le reconnaissance du « peuple corse », leur statut est dénué de toute substance politique et qu’il fallait passer à autre chose. Beaucoup de Français redoutent que ce processus ne fasse tache d’huile dans d’autres régions de la France, notamment en Alsace, en Bretagne, au Pays basque, etc.). Les Français comprennent en général qu’on veuille promouvoir l’enseignement du corse, mais en autant que le français demeure la seule langue officielle. Rendre le corse obligatoire à l’école équivaudrait, selon certains, à la « corsification des emplois », ce qui serait inacceptable dans la fonction publique. il s’agit à peine d’une délégation de pouvoirs, alors que les Corses auraient espéré une « dévolution » un peu à l’exemple de celle des Gallois au Royaume-Uni. le terrorisme islamique a eu pour effet d’éclipser le terrorisme corse, irlandais et basque. cet enseignement représente certainement un acquis culturel, mais son utilité dans la vie réelle n’étant pas clairement apparue, la tendance actuelle est de le considérer comme un aboutissement institutionnel folklorique, plutôt que comme une étape dans l’apprentissage pédagogique. la place de la lingua corsa dans la vie sociale soit réduite. Ainsi, dans les médias écrits, de nombreux magazines traitent de la vie corse, mais peu sont rédigés entièrement en corse, puisque beaucoup de gens ont même du mal à lire le corse. d’utiliser leur langue maternelle pour l’usage privé, le français pour la vie officielle.

Mirage d’une autonomie ?

En attendant, les nationalistes corses peuvent bien rêver, car non seulement la France ne semble pas prête à aller dans le sens d’une plus grande autonomie, mais, si la tendance démographique se maintient au cours des prochaines décennies, les Corses seront grandement minorisés dans leur l’île. Si le diagnostic de l’Unesco est juste, l’existence du corse comme langue vivante est hautement menacée et, faute de locuteurs, les revendications autonomistes risquent alors de perdre leur légitimité. Dans ce contexte complexe, quid de la violence ? Pour certains sinon la plupart des sociologues qui se sont penchés sur cette question, il s’agit d’un mal absolu qui doit être combattu, expulsé, bridé, contrôlé dont on attend une analyse, une réflexion et des solutions de la part des sciences sociales sinon de la philosophie. La violence est fortement liée à une notion subjective en raison des opinions et de classifications qui lui sont offertes par les diverses sociétés en fonction de l’histoire et de l’expérience vécue par une culture ou une société particulière. Cette subjectivité conduit rapidement à la relativité. Cette dernière permet à son tour de considérer la violence tantôt comme un délinquance surtout dans ses manifestations urbaines puis comme un sentiment d’insécurité qui est partagé par les groupes politiques de la droite à la gauche. Sa conception dépasse même ce stade pour envahir celui de la définition objective ce qui lui enlève toute objectivité, minimise le rôle des médias et enferme ses protagonistes dans le non sens, la barbarie et l’absurdité. Dès lors ses acteurs sont disqualifiés, ne sont plus perçus que comme un danger et cessent e pouvoir être reconnus comme des opprimés, des minoritaires.

Foucault et Hobbes

Cette vision rend justice partiellement à Michel Foucault qui en cherchant à valoriser la paix civile, a fait de la violence un principe de déchiffrement ce qui ne veut nullement dire que par ce biais elle soit justifiée. L’autre hypothèse est celle d’une frustration qui mènerait toujours à une forme d’agression. Si on renverse les rôles dans cette pièce tragique et que l’on fasse du frustré, du minoritaire un acteur qui utilise délibérément la violence comme instrument de son action, de son objectif, dans le cadre d’une rationalité, de calculs et de stratégies, on débouche facilement et rapidement sur l’utilitarisme selon Hobbes qui voit dans les causes des querelles la rivalité, la méfiance et la fierté. Les causes de ces conduites peuvent alors se résumer en profit, sécurité et réputation. Certains penseurs comme Yves Michaud fait de la violence un instrument, une ressource au même titre que des fonds récoltés ou mis à la disposition des acteurs, des groupes dans le cadre d’un jeu politique ou social. Dan ce dernier, entre pour une part variable une certaine symétrie entre la violence émeutière et la violence légitimée par les forces de l’ordre qui, dans certaines circonstances peuvent être conduites à utiliser la force sinon la violence, telle qu’elle est approuvée par le souverain, l’état, dans notre cas, la République.

Questionnement :

Comment penser ces forces éparses mues par des objectifs synergiques ou contradictoires ?

1. Est-ce que la cruauté joue un rôle dans l’exercice de la violence ?

2. Est-ce qu-il existe une avidité du peuple pour un désir refoulé de violence comme cela aurait été constaté pendant les guerres civiles du Liban ?

3. Certains théoriciens de la révolution ont proposé l’idée que la violence est nécessaire à animer la vitalité d’une classe sociale pour obliger les acteurs du conflit à augmenter leur dynamisme au lieu de s’engourdir dans l’attente ou la passivité ?

4. Est-ce que l’apparition d’une nouvelle catégorie de questionnements comme la victimologie est susceptible de modifier le schéma de discussion sur la violence ou d’en améliorer le contenant pour mieux comprendre les enjeux du débat ?