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AU DELA DE LA CRISE, L’HUMANISME

mercredi 15 avril 2009, par Louis Renard, Picospin

C’est pourtant le moyen et le long terme qui constituent notre préoccupation afin d’éviter comme le dirait Brecht que le »ventre encore tiède » n’accouche d’un autre système aussi dévastateur.
Si la mise en place d’un système régulateur est absolument nécessaire, et il est souhaitable d’espérer que l’on y parviendra, il est capital de savoir que la vitalité du capitalisme lui permettra de rebondir et de « muter » pour s’adapter à tout système qui voudrait limiter son développement.

Les exemples sont nombreux. Citons la manière dont le Glass Stiegall Act, interdisant aux banques de cumuler les activités de dépôt et d’investissement a été tourné : les banques américaines ont créé des filiales à la City et de ce fait obligé l’état fédéral à renoncer à cette mesure par le qui permit, entre autre, la constitution de Citygroup dont on connaît le triste dénouement. Aussi, répétons le avec force, bien que la mise en place de plans de relance, d’une régulation internationale, d’une normalisation des rémunérations des managers plus drastique que les projets français,soient des impératifs absolus, l’élaboration d’une société à l’abri de la récurrence d’une telle crise ne pourra pas se faire d’une manière durable sans un changement profond de culture.
C’est cet aspect culturel que je souhaiterai aborder en rappelant d’abord, l’objectif poursuivi,en soulignant ses difficultés On s’attachera ensuite à voir quels changement s’imposent dans les modes de vie individuelles pour terminer en tentant d’appréhender ses implications dans la vie collective .

1. L’Objectif et ses difficultés

Tout en demeurant dans une économie de marche garante d’une certaine efficacité,il s’agit de limiter les effets d’une financiarisation sans limite au seul service de la cupidité de certains entraînant une inégale répartition des richesses produite aux dépens des classes moyennes ou pauvres et le recours inévitable au crédit pour assurer le fonctionnement de l’économie. Comment dans ce cadre assurer le plein emploi alors que toutes les structures actuelles du système font dépendre ce plein emploi d’un développement permanent de la croissance ? Y a-t-il un plein emploi possible avec une croissance limitée ou même une décroissance soutenable et cela ne passe-t-il pas par une organisation du partage du travail et des fruits de cette croissance limitée en garantissant la satisfaction des besoins humains principaux. Sans revenir sur les thèses du Club de Rome fustigeant les dangers d’une croissance galopante posons nous également de la question de savoir si le progrès peut se faire sans exacerbation de cette notion de croissance. N’est on pas la ,si l’on persiste a penser selon le système économique actuel, en plein utopie. Seule une étude poussée des interactions entre l’évolution des divers composants de la croissance, investissements,exportations,consommation avec le plein emploi pourrait nous aider a comprendre le phénomène.
L’étude de ce problème dans le cadre d’une globalisation générale est un travail considérable ou l’économie, la sociologie et bien d’autres disciplines seraient nécessaires. On tentera ici d’aborder modestement quelques aspects culturels pour tenter de donner un peu de substance a un reve que l’on souhaiterai réalisable pour un meilleur épanouissement humain

2/ De l’homo economicus à l’homo sapiens

Il s’agit en fait au plan individuel de faire en sorte que l’homme, considéré comme simple agent économique devienne enfin une personne .En un mot est-il indispensable pour être plus d’avoir toujours plus ou est -il possible et bien sur souhaitable d’avoir moins pour être plus ? La question, bien entendu ne peut se poser que si les besoins vitaux sont comblés .Or nous sommes très loin de cette situation ; alors pourquoi poser une question qui elle aussi participe de l’utopie ?
Il semble malgré ces réserves que cette problématique doive être envisagée si l’on veut progresser dans la voie qui permettra a l’homme de n’être pas seulement un agent économique, limité a la production et a la consommation, mais une véritable personne dans sa composante ontologique .
Cela suppose d’abord un changement de regard sur notre conception de la vie et si possible, par la suite, une évolution vers de nouveaux styles de vie .Essayons d’être lucide en nous même et avant d’analyser notre regard vers l’autre, commençons par analyser notre rapport avec les choses. Poussés par notre propre nature et stimulés par la publicité , nous sommes entraînés vers une compétition exacerbée qui transforme notre moindre envie non satisfaite, en souffrance et nous conduit a vouloir toujours plus .
Il ne s’agit pas de fustiger toute jouissance des biens de ce monde estimable mais d’attirer notre attention sur l’aliénation qui est la notre dans notre rapport a la possession et a la consommation.
Cette crise n’est elle pas l’occasion de nous poser la question fondamentale de savoir si je domine mon rapport avec l’argent et les choses ou si c’est l’argent qui me domine .Tout le problème de l’homme libre réside dans cette question .Il ne s’agit pas de se transformer en St François d’Assise mais d’éviter de se comporter comme un esclave de Mammon. Tout puissants qu’ils croient être les serviteurs du Capital sont plus esclaves que beaucoup d’autres au point d’en perdre le bon sens en face les exigences de leur cupidité.
C,est vers cet affranchissement que la crise devrait nous aider a cheminer et cette libération intérieure pourra alors nous conduire a faire évoluer nos styles de vie .
Il est ici délicat de donner des conseils concrets puisque l’application concernera des domaines différents pour chacun.
Tels ou tels prendront la décision de rouler dans une voiture moins prestigieuse, de moins utiliser la voiture dans ses déplacements, d’éviter de vivre dans un logement surchauffé ,de remplacer les viennoiseries du matin par des toasts.Tel autre ne mangera plus jamais de cerises en hiver etc...On mesure tout à fait les côtés insignifiants et parfois ridicules de telles acceptions mais n’est-on pas là sur le chemin d’une certaine frugalité qui, bien comprise, n’est pas ennemie d’un certain confort libéré des contraintes que lui impose la loi de la publicité .On objectera que de telles conduites induisent des effets pervers récessifs sur la crise .Cet argument est a prendre en cause a court terme mais n’est-il pas encore un alibi de blasés pour nous maintenir nous aussi dans l’espoir inavoué qu’il importe de tout faire pour ne rien changer ?

Rapport à l’autre

Posons nous également au cœur de cette crise la question de notre rapport à l’autre .
On ne reprendra pas ici, bien que ce ne soit pas inutile, les thèses des philosophes de l’altérité. Du grand Hegel en passant par Levinas ou Ricoeur, tous nous ont montré que nous n’existons vraiment que par rapport à l’autre. Les malheurs que génère la crise dans ses effets sociaux tels que le chômage sont-ils présents dans notre manière de regarder l’autre .Ne devrait-on pas considérer l’effets bénéfiques des stabilisateurs sociaux sans toujours mettre en avant les excès inévitables de telles mesures ? Dans ces circonstances le recours a des services domestiques procurant du travail a un chômeur peut être une façon de contribuer a l’aider. Au plan individuel également soyons plus attentif a l’action des associations caritatives et, s’il ne nous est pas possible de militer en tant que bénévoles, soyons plus généreux afin de leur permettre d’élargir leurs interventions vers un nombre croissant de nécessiteux . A-t-on remarqué qu’en raison de l’afflux des demandes les Restaurants du cœur et la Banque alimentaire renforcent leurs collectes ? Rien de bien nouveau dans tout cela mais au fond de nous-mêmes, si au lieu de considérer ces modestes pistes comme des aimables utopies mais comme de modestes petits pas vers une mentalité nouvelle nous aurons progressé vers une attitude intérieure permettant peut-être de construire à terme une société moins propice au retour d’une crise prochaine et sans aucun doute plus profonde .

Du consommateur insatisfait au citoyen solidaire

Nous l’avons vu précédemment, toute tentative de réformer la société par des réglementations contraignantes indispensables les plus drastiques soient -elles seront vaines à terme, si l’individu ne prend conscience de ses responsabilités en tant que citoyen, qui plus est en tant que citoyen solidaire .Le problème se pose a tous niveaux de la société et nous n’en évoquerons ici que quelques uns qui semblent importants .
Au niveau civique tout d’abord, il importe, quelle que soit l’apparence inutile, de voter a toutes les élections Le prochain scrutin européen, traditionnellement caractérisé par le taux elevé d’abstention, sera un test de notre volonté de changement. Posons nous également dans l’isoloir la question de savoir si nous exerçons notre vote librement sans être un peu tributaire de notre culture et de nos traditions familiales ou autres.
Au niveau économique, avons-nous conscience que les qualités inhérentes et irremplaçables du capitalisme pour créer des richesses comportent des lacunes entraînant des inégalités que ,contrairement l’idée de certains économistes, la « main invisible » du marché n’arrive pas a résoudre .L ‘objectif du capitalisme de générer du profit conduit inévitablement a la concentration du capital dans un nombre de mains de plus en plus réduit accroissant sans cesse les inégalités et les risques de monopole. .Pourquoi ne pas repenser et changer notre regard condescendant, a la création de mutuelles ou de coopératives dont les profits limités,sont intégralement repartis entre les membres ? Certains exemples sont la pour montrer que cela n’est pas qu’une utopie.
Au niveau de la gestion de notre patrimoine, ne sommes-nous pas encore séduits par les sirènes toujours vivaces des hedges funds, encouragés par nos conseillers banquiers ou autres, à la recherche de taux de rapport déconnectés d’une réalité financière raisonnable .
Avons nous jeté un œil à tous les nouveaux projets de microcredits encouragés par le récent prix Nobel Muhammad Yunus dans sa création de la Grameen Bank ?
D’autres projets de ce type de « social business » sont a notre disposition garantissant à notre épargne un rapport équivalent a celui du livret A et permettant le développement d’initiatives de solidarité durable car soumise a une exigence de rentabilité modeste mais réelle.
"Habitat et Humanisme" construit et gère des logements sociaux dans toute la France.
La Sicav Danone securities, sponsorisée par Danone, s’adresse à tous les investisseurs qui souhaitent donner un sens à leurs investissements. Le projet « 1001 fontaines pour le Cambodge » permettra d’améliorer la santé des populations rurales grâce a une eau de boisson saine. Le projet « La laiterie du berger » s’attache à valoriser la production de lait frais contrôlé pour la population sénégalaise en améliorent la situation des éleveurs Peuls traditionnels. Tous ces projets sont contrôlés et soumis a une rentabilité garantissant leur pérennité. Toutes ces opportunités sont à notre disposition et méritent notre attention si nous acceptons d’être sourds a toutes les sirènes des hedges funds qui ne rêvent qu’a nous ramener a la situation précédente.

Utopie ?

Utopie me direz vous. Probablement peut être, pour les blasés que nous sommes, beaucoup plus à la recherche d’alibis que d’idées nouvelles pour envisager l’avenir.
Signes d’espoir cependant lorsque l’on observait lors de la dernière Assemblée Générale de la Sicav Danone securities, que les places étaient majoritairement occupées par des étudiants d’HEC,de l’ESSEC,et de l’ ESCP enthousiastes et associes a la mise en œuvre de ces projets.
Pessimistes si nous ne sommes capables que de regarder en arrière, optimistes si comme les rescapés de Gomorrhe nous voulons inlassablement envisager le futur sans arrières pensées, la société future ne sera solidaire que si nous voulons qu’elle soit solidaire

Il est réconfortant malgré tout de voir que certains jeunes, futurs responsables de notre économie, découragés par les gesticulations incantatoires inutiles de certains de nos dirigeants devant la crise,refusent la société telle que nous leur proposons et veulent envisager un avenir non plus orienté vers « un AVOIR TOUJOURS PLUS » mais prometteur comme le souhaitait le philosophe, d’un « SUPPLEMENT d’AME »

Louis Renard
29 mars 2009