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Possédés du démon ?

Acharnement thérapeutique

Comment juger les criminels considérés comme incurables et de ce fait potentiellement dangereux ?

dimanche 24 février 2008, par Picospin

Pour ce qui est de ces criminels, ils présenteraient la propriété de ne pouvoir guérir comme s’ils étaient possédés du démon. Cette étiquette permet de les rejeter dans la catégorie des exclus de la vie, de ceux que l’on doit extraire définitivement de la société des vivants normaux pour les loger dans celle des fous comme ceux qui avaient été placés dans la fameuse nef du même nom.

Acharnement thérapeutique en soins palliatifs

En médecine, on appelle acharnement thérapeutique une conduite médicale d’un certain type qui se caractérise par la propension à dépasser le seuil du raisonnable, plus exactement à utiliser des moyens déraisonnables, disproportionnés avec la gravité de la maladie pour traiter des patients dont l’état est si grave qu’il ne justifie plus des soins des haute technologie en raison des risques encourus par le patient lors d’essais thérapeutiques innovants par des médicaments qui n’ont pas encore fait la preuve de leur innocuité. Dans un système de solidarité où le budget de la santé est réparti entre les membres d’une collectivité, le coût du traitement risque aussi d’être trop élevé pour les résultats que l’on peut en attendre. Dans le problème qui nous préoccupe, l’acharnement n’est plus dirigé en faveur d’une guérison impossible mais à l’égard d’une société qui cherche à se protéger contre les agressions éventuelles d’un criminel considéré comme dangereux même après son passage devant le tribunal qui l’a condamné. On suppose qu’il est irrécupérable, sinon dangereux pour lui-même et les autres. C’est pour toutes ces raisons que l’on cherche par tous les moyens à le mettre à l’abri et à faire de même pour les autres, ceux qui sont susceptibles de devenir ses victimes. Comme il s’agit d’un risque potentiel mais nullement d’une certitude, l’équipe du Président de la République a souhaité réagir à l’angoisse des cibles éventuelles des meurtriers potentiels.

Pessimisme ou optimisme

Cette vision pessimiste n’est pas partagée par tout le monde en particulier par les personnes qui ont une expérience, un savoir et les institutions de la République qui sont habilités dans l’état démocratique à émettre un avis serein, objectif, au service de la nation. Il semble que les décisions soient déjà prises. Le Conseil Constitutionnel a jugé que « l’application immédiate de la rétention de sûreté aux criminels déjà condamnés reste un objectif légitime pour la protection des victimes ». Il s’agit en l’occurrence de celles qui ne le sont pas encore, qui pourraient le devenir, mais qui ont de bonnes chances de ne jamais l’être. Présomption d’innocence ? …Qu’en faire dans ces cas alors que déjà les autorités sollicitent le Premier Président de la Cœur de Cassation d’examiner la question et de faire toutes les propositions nécessaires pour atteindre cet objectif. A la suite de ces demandes, les interventions des juristes hautement compétents dans ces problématiques sont nombreuses et s’expriment avec vigueur. On parle de « moyens de contourner une décision du Conseil Constitutionnel » de « l’impossibilité de passer outre à l’autorité de la chose jugée », « d’atteinte à l’Etat de droit », d’incongruité constitutionnelle totale, d’inquiétude pour notre démocratie.

Un emprisonnement légitime ?

La loi qui est relative à la rétention de sûreté, consiste à rendre légitime l’emprisonnement pour raisons de dangerosité qui serait, d’après les experts un concept éminemment flou. Devant cette situation, les spectateurs actifs ou passifs de ces manœuvres prennent des positions conformes à leur orientation psychologique : la optimistes pensent que cette lois est inapplicable et qu’elle finira par être abrogée, les pessimistes sont atterrés devant cette situation qu’ils considèrent comme dangereuse pour la démocratie en général, pour la République française en particulier. Et pendant ce temps, le secrétaire d’Etats à l’Outre Mer estime que « nous pourrions prendre une décision exceptionnelle qui fasse que tout enfant né de parents en situation irrégulière ne puisse lus réclamer son appartenance à la nationalité française ». En dehors du fait que cette phrase est rédigée dans une langue privée d’élégance, si l’on veut se rapporter aux nouvelles mesures prise pour améliorer l’enseignement du Français à l’école, son contenu traite d’une question que certains ont considéré comme résolue depuis longtemps : le droit du sol.

Questionnement éthique :

1. Peut-on enfermer un être humain à vie à titre préventif ?

2. Que faire des personnes considérées comme « irrécupérables » ?

3. Est-ce qu’on peut les considérer comme « incurables » et le traiter comme atteints d’une maladie mortelle justiciable des seuls soins palliatifs ?

4. Est-ce qu’il appartient au Président de la République de remettre en question les avis et jugements de la Cour de Cassation ?

5. Si oui, dans quelles conditions ?

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