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Affaire Lambert : les méandres d’une difficile décision

dimanche 16 février 2014, par Picospin

Tout le monde est dans l’embarras dans de ce fait ce qui ne facilite guère la prise d’une décision claire à l’égard du patient qui fit dans son lit rémois sans avoir nécessairement la conscience pleine et entière des raisons pour lesquelles il est là, ce qu’il y fait et dans quelles relations il se trouve avec les diverses fractions de sa famille et avec les corps constitués qui s’occupent de son destin.

Tergiverser ou décider

C’est pour toutes ces raisons que les tergiversations l’emportent sur les prises de position claires, que les discussions, débats et procédures sont interminables. Cette situation est d’autant plus dramatique pour les observateurs de ce scénario qu’aucune jurisprudence n’est encore intervenue dans une affaire de ce genre pour guider les pas des individus et pouvoirs décisionnaires en charge de régler un conflit qui implique les éléments épars d’une famille éclatée en autant d’opinions, de convictions, d’intérêts et de croyances qu’il y a de familles politiques, philosophiques et religieuses en France. D’où le désarroi de ce groupe familial qui cherche désespérément à s’en remettre aux autorités officielles pour ne pas avoir à prendre une décision à l’attention de leur plus ou moins lointain parent laissé dans l’affliction et une conscience au plus amoindrie dont on ne connaît pas le contenu faute d’avoir connaissance du moindre document susceptible d’éclairer tout le monde sur les véritables intentions du moribond.

Quelle situation ?

Même si on la connaissait dans toute sa profondeur et sa sincérité, la situation n’en serait guère éclaircie pour autant. A cette aune, répondent plusieurs arguments difficiles à démêler dont le premier et le plus important consiste à avancer l’hypothèse selon laquelle les directives anticipées telles que conçues actuellement ne servent qu’à donner bonne conscience aux divers exécuteurs testamentaires. Elles leur permettent de sortir d’une problématique posée comme celle qui est devant nous avec une certaine sérénité et à être en mesure de formuler par la suite de nouvelles propositions en s’appuyant sur un cas exemplaire qui sert davantage à alimenter des débats qu’à résoudre un type de situation nanti d’une difficulté de jugement extrême. Ses suites risquent d’entrainer des décisions arbitraires, la mobilisation de partisans ayant des avis opposés sans compter l’enchainement fatal dans des conflits politiques, religieux, voire civils et juridiques.

Un transfert

Nous venons d’assister au transfert de responsabilité de l’ordre médical, celui des soignants et des médecins à celui du droit dont les juristes ont profité pour s’emparer d’un pouvoir sur la personne humaine encore jamais reconnu jusqu’ici par les instances légales. Est-ce que cette situation peut conduire à une universalisation des problèmes éthiques concernant la fin de vie comme en aurait rêvé Kant dans ses nuits les plus agitées ? Du moins peut-on s’attendre à un élargissement des débats éthiques de l’univers restreint des nations à celui plus ample des pays européens, ne serait-ce que pour accorder leurs violons au-delà des frontières pour tenter de résoudre en commun les questions toujours en suspens de la fin de vie moins que celle, plus particulière et critique, de l’euthanasie. Dans ce dernier débat, philosophes et religieux sont peu armés devant le tabou justement revendiqué de l’interdiction de tuer considérée comme un absolu que peu d’individus et de groupes sont prêts à transgresser devant le caractère sacré de maintenir la vie, de la respecter et de ne priver personne de sa jouissance.

Des horizons : conflit entre droit et médecine

Le cas Lambert ouvre plus d’horizons réflexifs qu’il n’y paraît. Sans insister sur le conflit engagé entre le droit et la médecine, voire la société civile, il est question aussi de se saisir du problème de l’obstination déraisonnable qui, d’après le présent avis pourrait s’étendre aussi, peut-être trop largement, à la simple alimentation et à l’hydratation. Dans ces dernières, il est difficile, sinon impossible de voire un excès de soins alors qu’il s’agit simplement de conserver les conditions minimales du vivre sans recourir pour autant à des manœuvres acrobatiques pour ramener la vie, la conscience ou la prolonger indéfiniment comme on commence à avoir tendance à le faire par les moyens de la cryologie censée prolonger la vie en en prolongeant les fonctions grâce au froid.

Une éthique rajeunie ?

Ce temps gagné servira-t-il à réfléchir sur l’éthique ou à continuer de se poser des questions sur sa propre vie, les conditions de son confort et du plaisir à prendre aux dépens des autres ?