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La bataille pour les soignants à domicile

Aider les "aidants"

Suel statut, quel règlements, quels salaires ?

mercredi 28 janvier 2009, par Picospin

Cette proposition avait déjà été faite à plusieurs reprises lors de la rédaction de l’ouvrage rédigé en Aout 2003, à l’occasion de la vague de chaleur qui a sévi en Europe et qui s’est soldée pour la France en général et pour Paris en particulier par plus de 15.000 décès.

Hôpitaux bondés

A cette époque, les hôpitaux étaient remplis à ras bord, les maisons de retraite débordées d’autant plus qu’elles étaient le plus souvent mal équipées, en tout cas peu ou pas climatisées ce qui ne permettait pas de lutter efficacement contre l’’hyperthermie dont étaient victimes les personnes les pus âgées qui, ne sentant pas la soif et encore moins la chaleur ne pouvaient être « refroidies » ou « climatisées » comme il le fallait. Pour avoir une chance d’équilibrer cette situation, il suffisait de peu de choses : rafraichir le corps qui se consume par des aspersions d’eau fraiche toutes les heures pour lui permettre de faire redescendre sa température d’un ou deux petits degrés. Pendant que les soignants tentaient de faire face à cette situation de catastrophe d’autant plus pénible que les vieillards avaient été abandonnés en grande partie par des parents qui s’empressaient de voguer à toute allure vers les sites de vacances, les tâches habituelles des infirmiers, infirmières, aide-soignantes devaient être assurées dans ces conditions souvent difficiles, parfois impossibles à assumer.

Les oubliés

Dans un éditorial consacré à ce sujet, celui du corps soignant, qui devait être soutenu par les pouvoirs publics, encouragé, aidé par une augmentation du recrutement de collègues et de groupes de paroles, appelés les "aidants des aidants", l’éditorialiste du quotidien new yorkais se préoccupe de la situation de ces catégories de personnels surtout en temps de crise où il convient de veiller à leur sort pour que l’oubli de la société ne les couvre pas de la nébuleuse de la désaffection, de la négligence, de l’omission sinon de la légèreté. Comme l’attention est attirée en ce moment en Amérique sur le nombre impressionnant de licenciements, il était urgent de prévenir l’ hémorragie par la stabilisation des effectifs, le recrutement de remplaçants plutôt que leur mise à pied. Ce qui apparemment a été réalisé par l’addition immédiate de près de 30.000 postes dédiés à cette activité dont la part professionnellement la plus dure est celle des soins consacrés aux personnes âgées à domicile. Aux Etats-Unis, les difficultés salariales avaient été tournées depuis de nombreuses années par une méthode sémantique qui consiste à baptiser du nom de compagnons les aides qui prennent en charge ces personnes et qui de ce fait, échappent à la loi commune des employeurs requis d’assurer un salaire minimum décent et des heures de travail régulières.

Agences privées

Cette activité est actuellement prise en main par des agences privées et dépasse de loin celle que l’on a observée du temps du « compagnonnage ». Elle échappe aussi au cadre des activités considérées comme normales dans la mesure où, aux tâches habituellement comprises dans les prestations, des obligations, des occupations, ont été ajoutées celles, moins nobles de la mobilisation de personnes alitées, de leur nourriture, de leur habillement, de la surveillance concernant leur prise de médicaments et plus généralement de l’organisation de leur vie enfouie dans le statut de la maladie. Dans les derniers jours de son mandat à la Maison Blanche, le Président Clinton avait tenté de remédier à la situation navrante des aidants en révisant les lois du travail les concernant mais l’administration Bush s’est empressée de les annuler dès son accession au pouvoir. Malgré la pression de la Chambre des Représentants et du Sénat, toute proposition de loi en faveur du rétablissement d’une situation digne pour ces travailleurs fut éconduite. Pourtant, le Ministère du Travail, on s’attend à ce que cette catégorie de travailleurs devienne celle qui verra l’augmentation la plus forte de tous les emplois, tout juste derrière celle des analystes des systèmes de communication. La plupart des aides sont des femmes, souvent issues de l’immigration et qui se contentent habituellement d’un maigre salaire.

Se syndiquer ?

Pour améliorer leur conditions de vie, des tentatives ont été amorcées pour créer une syndicalisation. Il n’est pas concevable que des travailleurs auxquels on confie le soin et le traitement des citoyens les plus vulnérables de la nation soient eux même socialement si mal protégés. Cette situation est inacceptable et dangereuse car des revenus trop bas en compensation d’une surcharge permanente de tâches risque de compromettre la qualité du travail et des soins. Cet circuit infernal conduit à faire intervenir dans cette affaire les fonds publics qui sont en définitive dans l’obligation d’avancer des compensations non négligeables pour équilibrer les maigres ressources de ces agents du soin. Cette situation devra finalement être réparée par l’administration Obama dès 2009 qui devra inciter les autorités à réévaluer les lois concernant ce personnel et à proposer un autre code du travail capable d’assurer les protections sociales que requiert cette profession. Quelle que soit l’issue de ces négociations, il faut être sur que cette activité principale du 21è siècle sera apte à promouvoir un travail et une excellente carrière.

January 28, 2009

Sources :

The New York Times
Editorial
Caring for the Caregivers

Geschwind H. Les soins Palliatifs. Paris, 2004, L’Harmattan

Questionnement éthique :

1. Est-ce que la situation des soignants est semblable aux Etats-Unis et en France ?

2. L’administration Obama a-t-elle raison ou tort de recruter davantage de soignants pour prendre en charge les personnes âgées à leur domicile ?

3. Doit-on modifier le salaire des soignants de la médecine palliative de façon à ce qu’il atteigne un niveau compatible avec la dureté des tâches qui les attendent et les responsabilités qu’ils prennent ?

4. Est-ce que les opinions exprimées dans cet éditorial sont en accord avec les nécessités d’assurer la dignité de la personne âgée arrivée au terme de sa vie ?