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Une tâche impossible ?

Aider, protéger, sauver nos ainés

Un élan de solidarité inefficace ?

mardi 4 janvier 2011, par Picospin

C’était en été 2003 pendant les mois les plus chauds de l’année lorsque les vieillards étaient, comme souvent, abandonnés par leur famille partie chercher un peu d’air frais et de vacances sur les routes encombrées et les plages du midi débordant de vacanciers désireux à tout prix de profiter de leur temps libre de l’année pour s’égayer sur les plages de sable, enfoncer leurs têtes bronzées dans les flots de l’Atlantique et de la Méditerranée afin de les rafraichir, de leur fournir une nouvelle vigueur et faire baisser la température de leurs corps engourdis par la mollesse, la paralysie et l’immobilité, sources de maladies, d’indolence ressenties comme bien-êtres.

Des mansardes surchauffées

Pendant ce temps, les ainés, restés ou enfermés chez eux, dans leurs mansardes haut situées étaient soumis à la chaleur des tropiques, l’air immobile resté stagnant et les odeurs viciées tenant lieu des senteurs d’un printemps finissant et d’un été s’avançant à grands vers l’automne des vendanges, la moiteur de l’environnement et le début des récoltes pour la conservation des aliments propres à nourrir un bétail qui s’apprêtait mollement à rejoindre ses quartiers d’hiver. Là-haut, aux derniers étages des immeubles de Paris et de sa banlieue, les plus âgés étaient parqués pour un séjour éternel dans l’isolement qu’aucun parent ni ami n’allait rompre ne serait-ce que pour une visite capable d’égayer l’atmosphère, de détendre les esprits et les nerfs, pour écourter l’illusion de la pérennité d’un été qui avait du mal à s’enfuir pour enfin laisser respirer à pleins poumons les ancêtres sur le départ, abandonné de toutes parts par des jeunes en mal de jouissance, culpabilisés par leur comportement égocentrique. A Paris, il y eut pendant cette courte période plus de 15.000 morts par abandon, solitude, déshydratation stagnation dans une atmosphère confinée, lourde et trop chaude pour des corps incapables d’être refroidis par le moindre bain frais pour faire descendre une température décidément trop élevée pour les homéothermes que sont les hommes surchauffés par des températures trop élevées.

Paris et Marseille : quelle différence ?

Marseille, il n’y en eut point car, disait-on, ces gens là n’ont que trop l’habitude de supporter chaleur et sécheresse et rester dans l’attente des équipes entrainées à équilibrer leur température et à les faire boire abondamment même quand ils n’ont pas soif. C’est pour toutes ces imperfections, ce manque de réaction, cette fuite en avant sur les routes des départs que ? La ministre des Solidarités, Roselyne Bachelot, lance aujourd’hui la grande consultation nationale sur la dépendance des personnes âgées. L’enjeu : trouver le financement pour faire face à ce nouveau risque. Le chantier de 2011 peut-il vraiment aboutir avant 2012 ? La situation n’est guère encourageante en raison des énormes difficultés de financement pour une prise en charge durable et efficace de l’autonomie des personnes âgées, dépendantes, en perte d’autonomie dont le nombre risque fort d’approcher le million et demi d’ici une génération. Le besoin de financement pour la prise en charge de la dépendance des personnes âgées va donc passer de 20 milliards par an aujourd’hui à 30 milliards à partir de 2025. Or le système d’aide publique est déjà au bord du précipice. Ce sont les départements qui ont en charge le versement de l’allocation d’autonomie mais ils ne parviennent plus à boucler leur budget.

Public ou privé ?

Comme on s’achemine joyeusement vers une privatisation des prises en charge dans ce secteur d’activité et d’aide indispensable à la survie de générations, le financement des prestations ne saurait être assuré que par les familles et proches dans des conditions difficiles sinon impossibles. Le séjour en maison de repos avoisine 3.000 € par mois lors que le montant moyen de l’aide versée est de 500 euros par mois. La gravité de la situation est arrivée à un point où personne parmi les autorités ne songe, ne serait-ce qu’une seule seconde, à laisser la situation en l’état dans la crainte, sinon l’angoisse de voire l’état sanitaire physique et mental de la population des plus âgés se détériorer de façon irréversible ce qu’aucune société actuelle, fut-elle d’essence monothéiste ou païenne, ne saurait tolérer, ni même accepter. D’où la nécessité impérieuse d’ouvrir un débat sur les moyens de subvenir aux risques au sein du secteur public gardé jusqu’ici jalousement par la sécurité sociale, garante d’une couverture raisonnable des frais. On évoque, pour les retraités, une hausse de la CSG et, pour tous, une nouvelle journée de solidarité, un jour de travail en plus comme ce fut déjà le cas pour le lundi de Pentecôte. Mais gratter quelques ressources ne suffira pas à régler le problème. Dans la situation actuelle des déficits de l’État et de la sécu, il apparaît de plus en plus qu’une protection publique et universelle ne saurait être réalisée sans le risque d’un endettement encore plus important menant au risque de dérive économique irréversible. Peut-on, dans ces conditions fermer la voie à un financement de la dépendance par les assurances privées, ce qui représenterait une révolution ?

Risques à assumer ?

Le risque d’une telle dérive c’est que si cette assurance dépendance est facultative, le système protégera les plus favorisés en excluant ceux qui ont de faibles moyens et qui ne souscriront pas. Si elle est obligatoire, comme l’assurance auto, elle va peser sur le pouvoir d’achat. L’Etat ne pourra pas garantir à lui seul la couverture des Français face à ce nouveau risque. La dépendance, c’est un dossier test d’une nouvelle approche de la protection sociale. Où il faudra combiner public et privé, solidarité collective et effort individuel. Décidément cette solution suivie de la délivrance d’un message difficile aussi pessimiste risque de devenir difficile sinon impossible à faire passer à une période sensible en raison de l’approche des élections et de la sensation d’une démission des autorités vaincues par des circonstances contraires ou impossibles à maitriser dans l’état actuel de la situation économique et financière mondiale.

Questionnement :

1. Est-il plus important de s’occuper des processus du vieillissement que de la manière d’aider les personnes âgées à vieillir ?

2. Est-ce que l’éthique peut se placer au service de la résistance aux processus du vieillissement ?

3. Est-ce que le dénominateur commun de la vieillesse et de la maladie peut être le soin pour soulager la souffrance, la prise en compte de la vulnérabilité, des valeurs de la personne malade puis vieillissante ?

4. L’acte de soigner, d’assister, d’accompagner la personne âgée est-il lié plus à une relation de compassion, de fusion ou de délibération, que de connaissance, décision, justification qui seraient les véritables éléments constitutifs de la relation de soin ?