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Quel est le bon chemin ?

Angoisses de l’éducation

En existe-t-il de meilleurs ?

vendredi 9 mars 2012, par Picospin

l ne se passe de jours ou de semaine, parfois de mois sans que dans les sections spécialisées des quotidiens à la mode, on veut dire des journaux bénéficiant des plus forts tirages, on ne consacre des pages entières aux orientations conseillées sinon proposées aux élèves et encore plus à leurs parents concernant plus leur avenir à court qu’à long terme.

Angoisses

Pour aider les familles dans l’angoisse et la détresse à se sortir d’affaire, à élaborer les projets de vie capables de conduire au paradis les enfants les moins doués, mais aussi les plus fragiles et les plus démunis, on leur conseille maintenant de s’adresser à l’APB, terme mystérieux et magique, sigle étrange et inquiétant signifiant tout simplement admission post-bac. C’est une gigantesque machine à répartir les 80% d’une classe d’âge dans les établissements de l’enseignement supérieur. Est-ce en vertu du principe de précaution, si populaire et décrié à la fois, que ces mesures doivent être prises le plus tôt et le plus rapidement possible pour éviter toute fausse route ? On ne connait que trop la dangerosité des accidents imputables à cette mauvaise façon d’avaler la nourriture et l’eau capable en une fraction de seconde de conduire à l’asphyxie et à la mort subite. La journaliste du Monde, pour exhiber sa culture littéraire et philosophique ne se prive pas dans cet exposé sur l’avenir de nos enfants de citer Nietzsche qui conseille du haut de sa profonde connaissance de l’homme et de la philosophie de se mettre en position pour conquérir le monde de « devenir ce qu’on est. » Et cela le plus tôt possible dans les cursus français qui, comme chacun sait sont définitifs, tracés plus dans le marbre qu’à la craie et sculptent irrévocablement le destin vital, intellectuel, affectif des enfants, frais émoulus des examens ou concours, épreuves diverses jetées en pâture à leur sort comme on le fait du saut d’obstacle pour un cheval de concours hippique.

Rencontres

Il y a dans la rencontre tragique, moins à un sommet politique que personnel sur l’avenir un jeu dramatique qui se joue entre professionnels de l’enseignement et de l’éducation, parents et jeunes loups décidés ou formatés pour conquérir le monde afin d’apprécier, d’évaluer, de parier sur les meilleures chances pour les petits en formation, à peine sortis de l’oeuf, à prendre les orientations, choix offerts ou fermés susceptibles de les conduire à la fois vers les positions professionnelles les plus assurées et les plus aventureuses à la plus grande satisfaction et sérénité de parents dévastés depuis l’arrivée au monde des fragiles oisillons, par les risques imputables à la difficulté de la tâche, aux obstacles semés sur chemins chaotique, sentiers étroits ou larges avenues avant l’atteinte des objectifs fixés. Comble de malchance, le nombre des conseillers d’éducation, rouages possibles mais non certains dans l’élaboration du futur, ont considérablement diminué depuis l’instauration de la fameuse crise, excellent prétexte à réduire des dépenses moins somptuaires que nécessaires sinon indispensables. On appelle dorénavant ces magiciens du futur, ces voyants de l’avenir et prophètes du lendemain des « coaches privés d’orientation » sans doute pour leur imprimer une estampille sportive qui rappelle et symbolise le pouvoir accordé aux entraineurs et managers de faire monter aux cieux de la gloire les rejetons encore à peine taillés par la vie mais déjà voués à l’enfer pour peu que leurs moyens aient été considérés comme limités, leur prédestination scellée par quelque dieu vengeur ou méchant et leur caste rangée dans les sillons tracés pour le malheur, la tristesse, la médiocrité sinon la pauvreté.

Une famille infectée

On sait par ailleurs que cette dernière devient mère de tous les vices pour peu qu’elle dure et se fige en statuaire du martyre. Pour dédramatiser une situation qui infecte toute la famille pendue aux basques de l’éducation puis de la réussite ou de l’échec de l’enfant, on souhaite sortir de son isolement pour s’entourer de compétences rassurantes sur le bon choix de la route à suivre jusqu’à son terminus ou sa voie sans issue, le « dead end » comme disent les Américains. Dans ce jeu, les enfants sont aussi concernés que les adultes qui jouent leur réputation de bons parents, de bons éducateurs et de guides clairvoyants dans un bon obscur, parfois obscurantiste sinon opaque. Comment peut-on décider en trois minutes du meilleur choix possible pour son avenir puisqu’en France il est décidé une fois pour toutes sans possibilité de retour, d’erreur à corriger ou de chemin à abandonner au bénéfice d’un autre plus large, mieux carrossé, bordé de platanes, éclairé par le soleil, et protégé de ce dernier par ses feuilles. Submergés par l’angoisse de mauvais résultats familles et éducateurs sont obsédés par les résultats, l’évaluation dont ils sont responsables devant le peuple, les autorités et les corps enseignants. Plaçant cette dernière devant celle de l’enseignement, du transfert des connaissances, ils en oublient leur mission de véhicule d’information, de passeurs du savoir, d’incitateurs à la curiosité. Ils héritent de ce sacerdoce sacralisé dans un monde qui exige toujours plus de performance, de compétition, de victoires, de production.

Sacralisation

La tâche ainsi sacrée ouvre les portails magiques et mystérieux, effrayants de l’irrationnel, du mysticisme aveugle, de l’arbitraire pour bafouer les valeurs éthiques et inciter à courber un peu plus l’échine en vue de déposer l’autonomie. Au lieu de délivrer des peurs inexplicables, incomprises, de la crédulité aveugle, l’éducation déviée ne fait qu’aveugler au lieu d’éclairer, de purifier et d’élever au lieu de débarrasser des écailles et des écorces. En même temps, lorsque le fruit nettoyé s’offre au gout, les futures prises en charge de la conscience se doivent de privilégier la raison contre la profanation, la vérité contre le mensonge, la part rationnelle du sacré contre sont côté archaïque, irrationnel, voire amoral. Dans cette quête de la compréhension du monde, il n’est jamais trop tard de dévoiler le sens des symboles, eux-mêmes porteurs de valeurs à condition de respecter la distance nécessaire entre les premiers et leurs équivalents signifiants dans toute leur richesse polysémique. Est-ce ainsi que l’enfant pourra accéder à la culture, à sa culture tout en entrant dans le champ des autres et à éveiller sa conscience jusqu’à l’approfondir jusqu’aux confins de l’inconscience ? C’est tout le défi d’une éducation entreprise et réussie sous réserve des responsabilités et des risques assumés.