Ethique Info

Accueil > Société > Appellation contrôlée : la crise !!!

Des devins aux chamans

Appellation contrôlée : la crise !!!

Confidences et prophéties pour un capitalisme défunt

dimanche 1er mars 2009, par Picospin

Des gourous, des médecins, des prestidigitateurs se pressent au chevet du grand malade qui a deux particularités. La première est celle de ne pas connaître exactement la nature du mal qui le ronge et du collapsus qu’il a subi avant son hospitalisation, la deuxième, plus grave encore, est que l’on n’est même pas sur de son identité.

Une fin prévue

D’aucuns prétendent qu’ils avaient prévu depuis longtemps une fin aussi rapide et aussi tragique d’après les résultats de laboratoire qui parvenaient par courrier confidentiel aux différents soignants qui avaient eu l’honneur et la malchance de s’occuper d’un malade aussi pusillanime. Il est facile d’affirmer a posteriori que le pronostic d’un cancéreux est mauvais à court et moyen terme. Encore faut-il l’avoir connu, interrogé, reconstitué son anamnèse et avoir dument interrogé ses amis les plus intimes, les membres les plus influents de sa famille pour comprendre le naufrage dans lequel il était embarqué. Pouvait-il avoir attrapé une maladie contagieuse quelque part dans un pays endémique, avoir commis des erreurs dans la prévention, la protection contre l’infectiologie et de là vis à vis des mesures d’hygiène élémentaire à observer devant un grand malade fragilisé par des déficits immunitaires chroniques dont la sévérité n’apparaissait clairement à personne et qui pourtant continuait imperturbablement à exercer son effet devant des visiteurs médusés par la rapidité et la gravité de l’évolution. Alors, on convoque les grands professeurs au chevet du mourant, des questions se posent quant à son transfert dans un service de soins palliatifs où l’on récite plus de prières qu’on n’administre des soins pour calmer la douleur. Des voix s’élèvent pour fustiger les coupables, les jouisseurs, les inassouvis des richesses, les éternels emprunteurs vivant à crédit au détriment des pauvres, des humbles, des esclaves d’une société qui espérait, contre toute logique de continuer à vivre ainsi, sans jamais être en mesure de rembourser les dettes contractées depuis si longtemps qu’on en avait presque oublié le montant.

Pigeons voyageurs

Des ambassadeurs, des envoyés spéciaux, des missionnaires étaient envoyés aux quatre coins de la terre qui pour quémander un délai de remboursement, qui une petite faveur pour sortir d’affaire une population expulsée de ses logements, abandonnée par une médecine exsangue, chassée de ses repères et fuyant sur les routes de l’empire du Dragon, seul havre d’où l’on espérait encore retirer quelques subsides pour survivre à la famine, au froid et à l’indigence. Sur ce arrivent comme corbeaux en goguette, prédateurs au chômage, charognards de passage les augures ravis d’avoir joué un bon tour à leurs proies habituelles et ricanant de joie à l’idée qu’ils se vengeraient bientôt des misères que les nantis n’avaient pas manqué de leur prodiguer. Et c’est ainsi que se présente un devin, un peu chaman qui du haut de sa clairvoyance chante à qui veut l’entendre que toute mesure ne conduit pas à la guérison, loin de là car naturellement, « il ne s’agit pas de nationaliser toutes les banques, mais seulement celles qui sont insolvables. La nationalisation temporaire, autorisant les pouvoir publics à faire le tri entre les bons et les mauvais actifs pour les revendre ensuite, est la meilleure solution. Le Japon, qui n’a pas procédé ainsi a dû subir un crédit crunch pendant toute une décennie, alors que la Suède qui a nationalisé a pu assainir la situation bien plus vite. Entre les garanties, les apports de liquidités et les recapitalisations, le gouvernement américain a déjà consacré presque 9 000 milliards de dollars au soutien des banques dont il contrôle de facto une bonne part.

Un sacré soutien

Procéder à une nationalisation de jure, à 100 % du capital, permet d’agir mieux, de changer le management, de découper des institutions qui sont trop grandes pour faire faillite (« too big to fail »). Alors que les consolidations faites jusqu’à présent ont accru les risques systémiques en créant des établissements encore plus difficiles à sauver. Et excellent dans le rôle si difficile à tenir avec sérieux de Cassandre, il continue de prédire un malheur encore plus grand en Europe qu’aux Etats-Unis car si la situation initiale n’était pas aussi mauvaise, qu’il s’agisse de la bulle immobilière, de l’épargne des ménages ou des comptes extérieurs, le recul du PIB au quatrième trimestre 2008 est comparable et la récession aussi sévère qui s’expliquent par la transmission des chocs, à travers le commerce, le crédit, la monnaie, et par la réponse de la politique économique qui est insuffisante en Europe. En matière budgétaire, les pays qui ont le plus de possibilités, comme l’Allemagne, n’en font pas assez, et ceux qui en ont le plus besoin, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, n’en ont pas les moyens. Enfin les écarts de taux à l’intérieur de la zone euro sont très élevés, même si je ne crois pas à un risque de défaut d’État souverain. Certaines banques, qui ont pratiqué des effets de levier de 50 ou 60 fois leurs fonds propres, sont en grande difficulté, et se trouvent exposées sur les marchés émergents d’Europe de l’est.

Toujours pire ?

Nous traversons la pire récession depuis des décennies. La croissance sera si faible que le chômage va continuer à augmenter. Si les Etats agissent trop peu et trop tard, nous risquons de voir venir un scénario à la japonaise avec une récession plus longue et plus sévère. Il ne s’agit pas d’une crise du capitalisme mais celle du modèle spécifique anglo-saxon qui est celle du laisser faire ce qui s’oppose à l’intervention pour réguler le marché sans tomber dans le travers du modèle social européen qui est trop sclérosé avec trop d’assistance sociale. En contrepartie de ces prophéties, gardons les recettes proposées : 1. Réduire le cout du crédit, 2. Augmenter les baisses d’impôts, 3. Assainir le bilan des banques et aider les ménages surendettés et les entreprises en faillite. Et de terminer par où nous avons commence : « Nous avons un malade, il faut d’abord le soigner ». Merci Docteur, combien vous devons-nous ? C’est à ce moment qu’un psycnalyste s’est présenté dans la chambre du patient et a proposé de l’aider à entrer en psychanalyse pendant une durée pour l’instant imprévisible mais dont le minimum pourrait bien se situer à 4 à 5 ans...Réjouissante perspective si ce traitement est payant à plein tarif...Quelle sécurité sociale consentira à le prendre en charge ?

Questionnement :

1. Est-il vrai que nombreux furent spécialistes qui ont venu venir la crise depuis longtemps mais qui n’ont rien fait pour la juguler ?

2. Est-ce que cette attitude est à rapprocer à celle de l’autruche qui cache sa tête dans ses plumes pour ne pas voir le danger ?

3. Pascal dit que l’homme sait que la mort va à sa rencontre mais qu’il préfère éluder cette question en oubliant son immanence et en la repoussant en s’amusant. Banquiers et entrepreneurs font-ils de même ?

4. Est-ce que cette crise marque la fin du capitalisme tel que nous l’avons connu et constitue-t-il un prélude à la naissance d’une autre forme de société dont la voie reste à trouver entre une répartition plus égalitaire des richesses, une couverture par la société des biens essentiels à l’homme comme le travail, la santé et la nourriture ?