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Laisser l’orgueil national à la maison

Apprentissage des langues et modestie

Imiter, écouter, s’intéresser

mercredi 26 août 2009, par Picospin

Il appartient aux spécialistes des langues de disséquer ce problème pour en tirer les éléments significatifs permettant d’en analyser les causes. Ces dernières peuvent être multiples et requérir une étude particulière pour chacun des systèmes linguistiques utilisés dans le monde.

Apprentissage avant la connaissance, puis la maitrise

La connaissance et l’apprentissage d’une langue étrangère ne sont pas liés exclusivement à un don particulier pour une langue comme on pense souvent que cette propriété joue pour la musique. Nombre d’enseignants dans cette catégorie d’apprentissage et de pratique vous diront que si le don peut jouer un certain rôle dans la pratique et l’expression musicale, ce dernier reste plus que discret eu que l’élément prédominant en cette matière est le travail régulier, quotidien, discipliné, intelligemment conduit plus qu’une relation directe et miraculeuse, quasi magique avec on ne sait quel groupe de sœurs siégeant, se promenant ou dansant au sommet de l’Olympe, triple incarnation de la grâce et de la beauté, capables de ravir les dieux quand elles dansent au son de la lyre d’Apollon et de rendre heureux les mortels auxquels elles rendent visite.

Les Muses

Destinées aussi à fleurir la vie, avec leurs compagnes, les Muses, reines du Chant, s’invitent au banquet pour y laisser entendre leur chant et éclater les charmes de leur esprit dégagé de tout souci. A la table des ébats et des cérémonies, elles se font aimer de l’Histoire, de la Poésie amoureuse, de la Danse comme Terpsichore, des mélodies sacrées comme Polymnie, de la Poésie lyrique comme Euterpe qui s’occupait aussi d’animer la Musique. Est-ce que le Ministère de l’Education Nationale sous la conduite habile, ingénieuse, sinon expérimentée d’un Ministre, autrefois chargé de rendre à la chevelure féminine son éclat, ses couleurs et ses boucles et ondulations, ses arabesques d’antan saura insuffler aux apprentis du langage récalcitrants les frémissements de l’exhalation nécessaires et suffisants, mais aussi indispensables à une communication directe avec Shakespeare ou Goethe.

Désir ou nécessité

Désir, plaisir ou nécessité sont les catalyseurs d’une conversion ou d’une transformation capables de transformer en sons, en une nouvelle musique, une autre syntaxe les agencements des mots qui font passer d’une minute à l’autre les expressions, intonations, accentuations d’un discours à un autre pour peu que le chanteur, le « cantor » se charge de vouloir imiter, reproduire, exprimer ses sentiments, ses propres enregistrements dans un coin de la mémoire, là où, comme ailleurs, dans d’autres zones, la formation de nouvelles cellules nerveuses est relativement peu importante dans la vie. En revanche, l’apprentissage entraine les cellules nerveuses à renforcer leurs connexions avec d’autres éléments du même type afin de communiquer plus facilement avec elles par des connexions renforcées. Mais un bruit répété agit sur ces dernières en les affaiblissant ce qui diminue de beaucoup l’incitation à nous faire sursauter. Le rêve du précédent Ministre de l’éducation nationale était de faire des élèves issus de l’enseignement, des individus capables de devenir bilingues.

Bilinguisme

Est-on certain qu’il a bien réfléchi à ce problème quand on sait d’expérience que le véritable bilinguisme ne saurait provenir ou n’être incubé que dans un milieu familial où les deux parents utilisent pour s’exprimer et parler à leurs enfants leurs deux langues maternelles ? Toute autre solution est vouée à l’échec car la condition d’une réussite du bilinguisme est liée à l’expression permanente et aux intonations et sonorités des deux éléments fondamentaux de la famille. Il faut donc s’y baigner en permanence afin d’être éclaboussé par le ruissellement et les projections des deux langues. Qui baigne dans ces eaux sinon les parents déplacés dans un milieu qui oblige pour être compris à se servir de la langue prédominante dans le pays d’accueil. C’est le cas aussi des pays placés aux carrefours comme les Juifs ayant vécu dans des pays aussi maudits que la Galicie, l’Ukraine où les langues entendues et parlées passaient rapidement, instantanément ou successivement du Russe au polonais, à l’Ukrainien sinon au yiddish dont la ressemblance avec l’allemand est frappante et qui lui offre dès lors une entrée aisée et fracassante.

Des langues orphelines

En revanche les malheureux Cypriotes, Monégasques ou Italiens, par leur contact raréfié avec le monde sont confinés aux dernières places. C’était ou c’est encore le cas des Anglophones et des Français qui n’ont guère besoin de parler des langues étrangères en raison de la domination mondiale de la leur. Plutôt que de faire appel à un mystérieux ADN, ne vaut-il pas mieux faire comprendre aux candidats aux expatriations brèves ou prolongées de s’intéresser aux langues d’autrui en les imitant, en adoptant leurs tournures ce qui est déjà un signe d’humilité et le début de la sagesse, condition indispensable à tous les apprentissages. C’est aussi le respect de ces dernières qui a permis aux petits états d’Europe et sans doute aussi d’Amérique centrale et du sud d’adopter une langue commune pour éviter de se disperser dans une multitude de variantes régionales comme ce fut le cas de l’Inde unifiée linguistiquement seulement depuis l’arrivée des Anglais qui ont donné – peut-être malgré eux ou avec leur assentiment, sinon sous leur pression – une langue unique à cet énorme sous-continent.

S’apparenter

Ni les Danois, ni les Norvégiens, ni les Hollandais, les habitants des pays baltes ne purent garder une langue autonome sur le plan mondial sans se soumettre à l’Allemand, proche voisin d’abord, plus tard à l’Anglais. Ces petites communautés ont rapidement compris qu’elles devaient enseigner cette langue au même titre que la leur si elles voulaient avoir une chance de participer aux grandes décisions de la planète. Se réfugier dans un orgueil inapproprié ne saurait conduire qu’à l’isolement et à l’accumulation d’un retard considérable si elles prétendaient à continuer de jouer un rôle international sur l’échiquier mondial. Il se trouve que pour des raisons d’opportunité, le processus unificateur de ces mécanismes politiques, financiers, diplomatiques se trouve dans la langue de Shakespeare, toutefois fortement modifiée et modernisée sous l’influence de la mondialisation, des immigrations américaines, canadiennes pour transformer ce mode d’expression originellement littéraire en un outil d’échange international.