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Vive la crise ou à mort la crise ?

Approches et lendemains d’une crise

Les chances et les risques d’une récession

jeudi 25 décembre 2008, par Picospin

Nombreux sont les dispositifs qui permettent de donner du sens à son épargne, d’investir dans le développement local, de faire participer les « clients-sociétaires » aux décisions de la banque grâce à une structure décentralisée, de ne pas être soumis aux fluctuations du marché grâce à la non-cotation des établissements, etc. Une démarche revendiquée depuis la fin du XIXe siècle par les banques coopératives, telles que le Crédit agricole, le Crédit mutuel ou les Banques populaires et, dans une autre mesure, les Caisses d’épargne. Mais à cause de l’économie très concurrentielle dans laquelle elles s’inscrivaient, « l’équilibre entre les valeurs coopératives et l’équilibre financier a fait que, parfois, on est allé là où on n’aurait pas dû ».

Contestation

Cette analyse est contestée par le président de la Fédération nationale de la Caisse d’épargne qui ajoute : « Sur notre activité banque d’investissement, nous nous sommes engagés sur des marchés internationaux avec des produits plus sophistiqués, par nature plus risqués. Mais sur la banque de détail, nous sommes restés fidèles à nos valeurs ! » Une tension entre deux activités qui rend délicate la combinaison de la démarche coopérative avec la taille importante de la banque la poussant à être présente sur les marchés financiers (parfois sous la contrainte de Bruxelles). D’où la remise en cause de ces modèles, taxés de schizophrènes par certains : ce ne sont pas les statuts qui font l’éthique. A côté de cette évolution du secteur bancaire, des modèles alternatifs se sont créés en Europe, développant le concept de « finance solidaire ». En France, c’est la coopérative, « la Nef »qui a lancé l’expérimentation en 1988 pour, au bout de vingt ans réunir plus de 21 000 sociétaires. Elle affiche une croissance annuelle de 25 % depuis trois ans. L’établissement revendique la transparence des opérations contre l’opacité des marchés, le financement de projets à fort impact social ou environnemental plutôt que l’économie virtuelle, la recherche de l’intérêt général aux dépens du profit, l’équilibre plutôt que l’utilisation abusive du crédit. « Grâce à cette démarche, nous n’avons ressenti aucun impact direct de la crise sur notre activité, si ce n’est l’augmentation du nombre de personnes souhaitant venir chez nous ! » constate le responsable de projets avec la prudence de celui qui voit dans cette poussée de la demande une opportunité autant qu’un risque. Le Président de la Fédération européenne des finances et banques éthiques et alternatives et responsable de la mission Finances éthiques et alternatives au Crédit coopératif, le confirme : « Le mois dernier, toutes les banques éthiques d’Europe allaient bien. Aucune ne va mettre la clé sous la porte ! » Il semble donc que la démarche coopérative des banques qui la revendiquent - même les plus grandes d’entre elles - les ait rendues moins vulnérables à la crise : « La partie que l’on pourrait appeler capitalistique ne représente que 10 % de notre activité.

Banques éthiques

Quant à la partie coopérative, celle de la banque de détail, elle n’est pas directement concernée par les dérives qui ont conduit à la crise », remarque le président du Crédit mutuel. Grâce aux banques coopératives ou éthiques, l’encours de l’épargne solidaire a augmenté de 33 % par rapport à l’année précédente. Le prochain baromètre des finances solidaires révélera peut-être que ces banques et leurs produits seront devenus encore plus éthiques… et bien moins alternatifs. Et si on parlait de finance autrement ? Au moment où le système bancaire mondial au bord du gouffre est en accusation, où le crédit se fait rare et où les arnaques géantes font la une de l’actualité, ne faut-il pas rappeler que d’autres voies sont possibles comme les voies locales qui sont généreuses, solidaires, « micro » plutôt que « macro » et qui permettent le financement de projets différents. Elles prennent le risque de l’innovation sans forcément rechercher le profit maximum. Elles sont moins spectaculaires que les plans de relance libellés en milliards, mais elles jouent la proximité, la coopération, le réseau. Surtout, ces voies sont fondées sur l’éthique dont nous avons plus que jamais besoin car, sortant de plus de vingt ans de course au fric, de profit roi, de cynisme, il était temps de remettre un peu de morale dans un circuit financier devenu fou. N’a-t-on pas vu certaines banques fleurons de l’économie sociale jouer elles aussi à des jeux dangereux ? Les citoyens dont certains sont des clients demandent désormais des placements simples, sûrs et qui ont du sens. La finance solidaire et les placements éthiques sont encore marginaux dans l’ensemble des mécanismes d’investissement. Mais nous croyons qu’ils en représentent la pointe la plus intéressante, la plus moderne.

Transparence

Leur grande force consiste en une transparence sans défauts et une modestie exemplaire. Nous n’avons que trop vu ce que donnait un système fondé sur la complexité, l’opacité et l’arrogance… D’où notre soif d’une finance pure, claire, limpide et translucide, facile à comprendre, cohérente et accessible à tous, exempte de dissimulations, en un mot, celle qui serait capable de redonner confiance. Dans une communauté nombreuse, on ne doit pas s’attendre à ce que la confiance mutuelle dans l’intégrité des uns et des autres atteigne un degré tel qu’elle rende inutile la coercition. Le marché joue un rôle fondamental dans les décisions à prendre pour fixer le taux d’épargne, l’orientation de l’investissement et la fraction de la richesse nationale consacrée aux mesures de protection et de lutte contre les dommages irrémédiables causés au bien être des générations futures. Laisser les enfants à l’abandon, sans aucune protection contre l’ignorance par une insuffisance d’éducation est une chose ; les dépouiller de tout moyen d’existence en est une autre qu’au nom de la morale, il convient de maîtriser et d’équilibrer pour laisser les générations du futur libres de décider de leur avenir et des moyens qu’elles pourront consentir à vivre dans la joie et l’autonomie.