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Attention !!! Entraîneurs, Directeurs sportifs, Managers de football...La mort subite du joueur !

jeudi 10 janvier 2008, par Picospin

A un moment où se multiplient les nouvelles annonçant la mort subite sur des terrains de sports de compétition d’athlètes de haut niveau très entraînés, il n’est pas inutile de signaler à l’attention du public, des entraîneurs sportifs, des managers et des recruteurs, des responsables de clubs les dangers que peuvent représenter pour la vie de leurs joueurs les anomalies de l’Electrocardiogramme (ECG) susceptibles de diagnostiquer la présence d’une cause favorable liée à l’existence d’une "cardiomyopathie".

Le muscle cardiaque malade

Cette dernière est, comme son nom l’indique, une maladie du muscle cardiaque susceptible à tout moment d’aboutir à une mort subite. C’est dans ces circonstances que l’on a eu à déplorer récemment le décès sur les terrains de football de joueurs professionnels parfaitement entraînés aux efforts répétés et prolongés comme ceux que doit fournir un des 22 acteurs d’un match de ce jeu si populaire. On se souvient du dernier cas recensé récemment sur un stade de Dublin en Irlande à l’occasion de la mort subite d’un joueur chevronné déjà âgé de 35 ans et qui s’est effondré brusquement sur le terrain. Il faut rendre hommage à l’équipe italo-américaine de Padoue, de la Sapienza à Rome, de Modène et à la Minneapolis Heart Foundation aux Etats-Unis d’avoir entrepris ce travail de recherche pour déterminer si des signes particuliers de l’examen cardiologique étaient susceptibles de révéler l’existence d’un facteur pathologique d’ordre cardiaque pouvant faire prédire la survenue d’une mort subite autrement inexpliquée.

Destin des athlètes de haut niveau

On sait que des athlètes de haut niveau peuvent présenter sur leur ECG des anomalies dont l’interprétation n’est pas toujours aisée car peu marquées et peu caractéristiques. En revanche d’autres bizzareries sont plus prononcées et doivent faire penser à l’existence possible d’une maladie du myocarde (muscle cardiaque) qui rend dangereux tout effort excessif. La détection d’une telle anomalie doit immédiatement faire penser à l’existence possible d’une pathologie de ce type ce qui fait recommander d’urgence l’arrêt de tout poursuite d’un entraînement intensif comparable à celui auquel se soumettent les athlètes de haut niveau. La révélation des anomalies décrites ci-dessus impose la poursuite d’investigations plus complètes faute de quoi, la responsabilité du personnel médical et sportif impliqué dans la santé de l’athlète pourrait être engagée. Les atypies dont on vient de parler peuvent avoir parfois une expression très discrète au point qu’elle reste dans la zone de l’indétectable.

Urgence

Pourtant, leur existence impose d’emblée des mesures d’urgence pour prévenir la survenue d’accidents gravissimes surtout pour des sujets jeunes, en pleine forme et qui par ailleurs ne donnent aucun signe de défaillance organique. C’est pour toutes ces raisons, que les équipes citées dans cet article ont entrepris une vaste étude destinée à éclaircir le débat et à déceler les moindres signes d’une maladie cardiaque sous jacente, potentiellement dangereuse. Dans la série des jeunes gens ainsi examinés, on a recensé la survenue d’un arrêt cardiaque auquel le patient a eu le bonheur de survivre et celle d’une mort subite sans aucun symptôme prémonitoire. Dans le groupe témoin où ne se trouvait aucun de ces patients, on n’a détecté aucune anomalie de l’ECG susceptible d’évoquer l’existence d’une cardiomyopathie susceptible de dégénérer en arrêt cardiaque ou mort subite. L’étude présentée indique nettement que toute anomalie de l’ECG dont la cause n’apparaît pas clairement justifie des investigations complémentaires et ne saurait se contenter du simple diagnostic d’atypies sans cause définie.

Investigations nécessaires

Pour les cardiologues, se pose un autre problème, celui de différencier une cardiomyopathie d’une maladie arythmogène du ventricule droit dont l’identification est encore plus ardue que celle de la première maladie. Son diagnostic est d’autant plus difficile qu’il ne s’accompagne d’aucune autre anomalie aux autres examens comme l’échocardiogramme. Les résultats présentés ici incitent à porter la plus grande attention aux anomalies isolées de l’ECG chez les athlètes de haut niveau, à les compléter par un échocardiogramme, à exercer une surveillance étroite sur ces sportifs. En revanche, un ECG normal incite à rendre sa liberté aux sportifs qui présentent un ECG normal et à rassurer les athlètes, leurs responsables et leur famille. Toute anomalie ainsi détectée doit toujours et impérativement attirer l’attention de l’équipe médicale en raison des risques excessifs de survenue d’accidents cardiaques gravissimes.

Questionnement éthique :

1. Doit-on prévenir les responsables administratifs, sportifs, médicaux, de la découverte de toute anomalie de l’ECG qui pourrait à tout moment s’avérer comme signe infaillible d’un risque mortel à plus ou moins brève échéance ?

2. Est-ce qu’un bilan clinique simple suffit à autoriser un sportif à s’adonner de façon intensive à son sport, sinon à son métier favori ?

3. Est-ce que la responsabilité des recruteurs est fortement engagée lors de la signature d’un contrat chez un amateur ou professionnel de football ?

4. Pourquoi compte-t-on un nombre relativement élevé d’accidents cardiaques chez les footballeurs professionnels ?

Source :

Pelliccia A, et al. Outcomes in Athletes with Marked ECG Repolarization Abnormalities
New England Journal of Medicine : 358 : 152-161. January 10, 2008 (N°2)