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Marche forcée sur la réforme

Autonomie ou hétéronomie des Universités ?

Quels changements ?

jeudi 1er janvier 2009, par Picospin

Cependant, elle est à construire dans l’éducation : aucun humain ne saurait être autonome "naturellement". La première forme d’autonomie consiste, pour un enfant, à devenir capable de se conduire en tenant compte des règles fixées par l’environnement social que, dans un premier temps il a intérêt à imiter sans critiquer.

De l’hétéronomie à l’autonomie

Dans la suite des champs disciplinaires, cette idée se comprendrait mieux au sein de la relation entre autonomie et hétéronomie. En effet, ce sont des formes de relation dans les sciences sociales, de la psychologie à la sociologie. D’aucuns abordent la question de l’autonomie à travers les notions d’outils conviviaux et de simplicité volontaire dans "La convivialité" : l’autonomie pourrait être une façon de vivre qui cherche à être moins dépendante de l’argent, de la vitesse et du système industriel, et moins gourmande des ressources de la planète. Pour un appareil ou une machine autonome, l’autonomie est sa durée d’utilisation, en exploitant ses sources d’énergie internes ou une énergie tirée de l’environnement naturel (énergie solaire), sans recours à des sources d’énergie externes (recharge sur le réseau électrique ou ravitaillement en carburant). Cette conception est d’actualité à un moment où les réserves en énergie disponible s’épuisant, des recherches de plus en plus poussées sont entreprises pour découvrir les sources capables d’alimenter les appareils de demain tout en gardant l’espoir fallacieux sinon réel que certains machines seront capables de consommer si peu qu’elles pourraient se rapprocher de la virtualité d’une autonomie. Il existe un courant théorique connu pour avoir élaboré et promu une démarche autonome visant à rompre avec l’imaginaire social construit sur la croyance en des autorités extra-sociales comme Dieu ou l’État.

Valeur d’usage

La valeur d’usage représente un ensemble de satisfactions matérielles et immatérielles dont la fonction est non seulement de pourvoir aux besoins biophysiques des individus, mais aussi et en même temps d’apporter à l’utilisateur et au producteur un supplément de sens, un supplément d’être par rapport aux relations qu’ils entretiennent avec leurs semblables et leurs environnements biophysiques. La valeur ne se réduit pas à... et ne se déduit pas d’une... simple fonctionnalité comme le prix du bois de la forêt, la valeur marchande d’une peinture, le coût monétaire d’une donation mais aussi la part d’enrichissement symbolique qu’elle apporte à l’univers humain comme le plaisir d’une promenade dans la nature, la joie de partager, la satisfaction de "faire", le sentiment d’auto réalisation lié à un acte productif ou de solidarité. La valeur d’usage procure la satisfaction de l’acte symbolique et relationnel de soi à l’environnement et aux proches pour la nécessité de se relier au monde dans le jeu, la jouissance, la gratuité marchande et la convivialité. Si l’on apprend en observant, en agissant personnellement, en s’ouvrant aux autres et à son environnement biophysique : nous sommes dans le domaine du mode autonome. On peut être "éduqué", c’est-à-dire recevoir une information, une formation unilatérale et obligatoire de la part des enseignants et autres professionnels de l’éducation par le mode hétéronome, par le recours à une médiation externe qui se substitue à l’expérience personnelle de l’exploration et de la découverte.

Guérir ?

On peut guérir de façon intransitive comme sujet actif de ses propres soins avec l’aide et la coopération des gens d’expérience : c’est le mode autonome. On peut guérir de façon transitive comme objet des soins distribués par les "professionnels" comme les médecins ou chirurgiens c’est-à-dire comme consommateur passif de soins et médicaments. L’enseignant et le médecin sont des gens dont la profession est d’enseigner et de guérir. La caractéristique des actions du type autonome est de produire à la fois des valeurs d’échange et des valeurs d’usage que le secteur hétéronome ne peut pas produire. Tout besoin humain (en dehors des besoins physiologiques de base) peut être indifféremment satisfait. Ce mode d’action autonome apporte à l’individu ou aux individus en cause un supplément d’être et de transcendance par rapport aux relations qu’ils entretiennent avec leurs semblables et leur environnement biophysique. Ce, concept rejoint la signification ancienne ou originelle de l’économie qui est l’organisation (Nomos ) de la maisonnée (Oikos ) ou l’art d’administrer un domaine et de vivre en harmonie avec ses semblables et son environnement. A une étape de plus on rejoint le domaine de l’hétéronomie et de l’autonomie dans les rapports de l’homme avec Dieu ou son créateur ou ses substituts que sont le grand architecte de l’Univers, le grand horloger, toutes dénominations qui placent au-dessus de l’homme un créateur virtuel ou imaginaire responsable de l’ordre du monde sinon de sa création. La difficulté pour l’homme de passer du premier au deuxième stade est le sentiment de solitude, d’abandon et la prise de responsabilité de l’être humain dont la seule référence serait désormais lui-même.

Dédramatiser ?

S’agissant des universités, la situation n’est pas aussi dramatique car le projet se veut progressif, plus ou moins expérimental et se situe dans un cadre où la réforme reste partielle et ne semble pas pour le moment du moins parvenir à des extrémités dans lesquelles les programmes d’enseignement seraient totalement différents les uns des autres, avec leur propre spécificité. Dans une telle éventualité et faute de précisions ultérieures, des évaluations seraient nécessaires par rapport non seulement aux modes d’acquisition des connaissances sur le mode national français mais aussi sur ceux qui ont cours dans les autres pays du monde, à commencer par ceux de l’Union Européenne. C’est avec impatience, curiosité et avidité que nous serions heureux de connaître les véritables propositions de réforme, non seulement dans leur enveloppe mystérieuse déguisée sous l’habit vert de l’académicien mais dans la réalité des méthodes d’apprentissage qu’on compte mettre à la disposition de tous ceux qui désirent s’embarquer dans la voie difficile, parfois insurmontable de l’acquisition des diplômes.

Questionnement éthique :

1. Est-il opportun pour l’éducation et sain pour l’étudiant d’enfermer ce dernier dans une salle de classe de Prépa, à l’écart de toute vie digne de ce nom pendant une ou deux années de sa jeunesse dans le seul but d’exprimer par cette opération un esprit de justice sinon d’équité ?

2. Qu’attend-on réellement de l’autonomie ?

3. Est-ce que les traditions françaises peuvent être prêtes à soutenir financièrement à travers les entreprises privées une grande partie de l’éducation de la nation ?

4. Est-il nécessaire de s’engouffrer dans l’exécution des réformes de l’enseignement avec autant de précipitation alors que rien ne presse dans ce domaine et qu’une réflexion soigneuse et rationnelle vaut mieux que la prise de décisions hâtives ?

Très bonne année. Meilleurs Voeux de réflexion sereine pour 2009 !