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Grandes Ecoles vs Universités ?

Aux âmes bien nées…

Sélection Guillotine...

vendredi 17 février 2012, par Picospin

Les problèmes qui taraudent l’intelligentsia des élites françaises est moins la façon d’enseigner, de faciliter l’accès aux connaissances et de développer un savoir que de produire un classement juste et efficace des concurrents aux postes les plus importants du pays.

Justice plus que savoir

Pour cette raison, ils travaillent d’arrachepied pour chercher et découvrir les éléments capables de fournir pour chaque étudiant les rangs les plus justes de manière à ne pas léser leurs condisciples et d’accéder en toute justice aux postes mérités sans tricherie ni passe-droit. Cette attitude n’est pas absurde quand on connaît le gout pour la justice d’un peuple qui supporte très mal l’injustice même si courent dans le pays de trop nombreux exemples concernant les avantages pour les uns d’être bien nés, pour les autres d’être issus de grandes familles pleines d’influences sur la société et les pouvoirs, pour les derniers d’avoir reçu dans leur berceau une fortune suffisante pour leur permettre de partir dans la vie avec le maximum d’atouts et de chances de succès, voire de triomphes. On se demande bien pour quelle raison, les responsables de l’Education Nationale attachent une si grande importance aux classements de fin d’études et une si petite à la manière de présenter et de contribuer à faire acquérir les connaissances aux jeunes générations qui seront très vite celles destinées à prendre les responsabilités de la gouvernance du futur.

Acharnement de justice plus que de soins

Cet acharnement à s’occuper de la justice s’agissant de réaliser les classements les plus justes en négligeant les acquis des sciences, de la philosophie, des arts ressortit à un domaine culturel qui aura le plus grand mal à disparaître de l’horizon pédagogique français dont le maitre mot est depuis longtemps l’égalité plus que la liberté d’apprendre, d’aimer et de comprendre et la justice plus que la fraternité, ferment de la soudure et de la solidarité d’un groupe humain destiné, sinon parfois condamné à vivre ensemble. C’est à ce terme qu’il n’est pas inutile de consulter John Rawls, encore peu connu en France et qui s’efforce pourtant de réfléchir sur les aspects de la justice sous tous ses angles, toutes ses perspectives, tous ses ressorts pour offrir aux sociétés les moyens de construire un avenir plus riche de promesses que de traditions et de rêves plus féconds que d’illusions. Ce penseur écrit qu’il faut chercher à donner aux plus défavorisés l’assurance de leur propre valeur, et que l’enracinement de cette plantation au sein de la personnalité humaine, surtout si elle est affaiblie limite les formes de hiérarchie et les degrés d’inégalité que la justice autorise. Le premier exemple proposé est celui de la distribution des ressources éducatives en totalité ou en partie en fonction de leur résultat selon des critères de productivité moins que de leur valeur d’enrichissement de la vie sociale et personnelle, y compris pour les citoyens les plus défavorisés.

La différence exaltée

L’acceptation des différences garantit le recours aux talents supérieurs comme atout pour la société et pour un bénéfice pour tous. Les sociétés prévoyantes, justes et intelligentes se doivent de préserver le niveau général des capacités naturelles et d’empêcher la diffusion des défauts les plus graves, en faveur du bien de leurs descendants. L’excellence ne se limite ni ne s’adresse électivement aux résultats obtenus par les élèves les plus brillants mais s’adresse à tous ceux qui sont capables de les enrichir par leur propre apport, leur renouvellement et leur transmission. Il importe de penser plus à Pascal et aux multiples applications de son pari, à Platon et à sa circulation des idées, à Aristote et à sa conception de la nature que de réfléchir aux coefficients à appliquer aux épreuves de concours pour que Paul ne passe pas devant Pierre et que ce dernier ne garde pas éternellement la morgue et le mépris qu’il est tenté de transférer au premier.

Une magie sociale :

Au sujet des concours, Pierre Bourdieu écrit que la magie sociale parvient toujours à produire du discontinu avec le continu. Entre le dernier reçu et le premier collé, le concours crée des différences du tout au rien et ceci pour aussi longtemps que dure la vie, si ce n’est au-delà d’elle lorsque le récipiendaire est l’objet de son annonce de décès et que le cérémonial des obsèques lui offre plus que des fleurs, les discours des proches. L’un sera donc polytechnicien, avec tous les avantages afférents, l’autre ne sera rien. Il n’en sera pas de même du modèle de l’escrimeur selon que son origine est noble ou roturière. L’institution d’une identité, d’une essence sociale est imposer un droit d’être qui est un devoir être ou d’être, signifier à quelqu’un qu’il doit se conduire en conséquence, faire ce qu’il est de son essence de faire, tenir son rang.