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Les raisons profondes d’un conservatisme

Avantages et inconvénients des Grandes Ecoles

Les liens étroits entre élèves des "Grandes Ecoles"

mardi 12 janvier 2010, par Picospin

On pense sans doute à juste titre sinon pour de bonnes raisons que la conservation d’une organisation archaïque répond à un certains nombre de causes qui en favorisent peu si elles en désavantagent beaucoup.

Un sillon à creuser

C’est à nous tous de creuser le sillon qui mène à ces avantages et profits pour rechercher dans ses profondeurs les racines qui poussent et repoussent perpétuellement pour alimenter les plus nantis et déshabiller les plus démunis comme on se plait à appeler actuellement cette frange sacrifiée de la population. Il suffit de regarder attentivement le panorama sociologique des heureux diplômés des dites Grandes Ecoles. Si elles sont grandes, elles offrent aussi de grands avantages aux heureux élus qui proviennent pour la plupart des castes dirigeantes dont on explique à juste titre qu’elles ne sont nullement héréditaires mais où tout se passe comme si les couches sociales privilégiées avaient su conserver en leur sein les avantages transmis héréditairement de l’éducation, de la parole échangée, des conversations de diners, des comportements appréciés et d’une éducation copiée et collée dans le ventre de la mère avant de se diffuser dans les milieux environnants comme par une osmose sélective par des récepteurs solidement accrochés aux aspérités des récepteurs spécifiques.

La sélection du "ventre"

Cette sélection du « ventre » ou de l’utérus va si loin que des leaders d’opinions n’hésitent pas à parler d’une discrimination de fait et non de droit. Dans ce système de sélection très particulier et élitiste, le capital culturel de la famille d’origine compte davantage que ses ressources économiques et témoigne de la forte représentation des enfants d’enseignants dans le microcosme de ces grandes écoles. Les enquêteurs sociologiques parlent d’un parcours du jeune combattant qui commence à la Maternelle pour n’être plus jamais compensé dans l’itinéraire scolaire en raison de la prime accordée à la sélection précoce ce qui revient à privilégier les atouts culturels du milieu familial ambiant, encore renforcé par les relations et amitiés qui se nouent entre les membres des familles et la camaraderie des collègues issus du même sein éducatif. Il parait que le France, patrie de la République à l’effigie de laquelle circule l’idéal hautement et solennellement proclamé de la justice, de la fraternité et surtout de l’égalité se distingue des autres pays par une incidence très forte du milieu social d’origine sur les scores obtenus dans les domaines de la compréhension, de l’écriture, des mathématiques et de la culture scientifique.

Ressources extra scolaires

La France est l’un des pays où l’enseignement dispensé à l’école implique, pour être valorisé ou assimilé, la plus grande part de ressources extra scolaires privées, dispensées dans les familles à haut niveau d’instruction. Autrement dit, une partie importante du travail scolaire se passe à la maison. Quelles décisions prendre, quelle liberté adopter, quel choix proposer quand le chemin est éclairé des mille lumières de l’éducation, de l’enseignement, du capital enfermé et verrouillé au sein des familles comme cela se faisait pour le stockage alimentaire dans les profondeurs des baignoires mal lavées au temps de la guerre et de l’occupation, d’où l’on pouvait toujours extraire le paquet de beurre rance, la « bonne bouteille » conservée à la dégustation de laquelle aucun étranger n’était invité pour éviter de lui révéler la sale réalité. Puis viennent les conseils et schémas opérationnels indispensables à suivre pour atteindre les sommets désirés et choisis de père en fils comme ceux de sauter une classe ; d’apprendre l’allemand ou maintenant le russe ou le chinois ou l’allemand d’opter pour une session d’été aux États-Unis même si ces "rustres d’Américains" restent le modèle à suivre dans les filières économiques ou commerciales.

Les Lumières qui éclairent la voie royale des privilégiés

Le chemin à suivre est balisé par des siècles de lumière et non par le siècle des lumières, pour éclairer une trajectoire et un profil de carrière qui a toutes les chances de mener au succès, aux bureaux des chefs, des décideurs. Fréquentez un bon établissement, situé dans les grands centres urbains. Sautez une classe pour susciter un regard bienveillant sur votre précocité. Distinguez-vous du vulgum pecus. Prenez une option facultative, genre grec, latin ou chinois. Profitez de l’environnement culturel offert en termes d’apprentissage de débat argumentaire lors des repas familiaux, des loisirs culturels, des voyages. Profitez aussi du soutien scolaire à domicile rémunéré. Dans la compétition scolaire, ne négligez aucune arme et soyez stratège. On arrive au cœur du sujet. Grimpez sûrement et subtilement vers la filière S, cartonnez en maths ou en physique sans toutefois négliger les matières non scientifiques. Faites du sport ou des activités artistiques, outils de la petite différence qui permet de grappiller quelques points au bac. Le principal obstacle à franchir, ce n’est pas d’avoir le bac mais d’avoir le bac S avec mention bien ou très bien qui ouvre aux écoles d’ingénieur et de commerce post-bac ou aux classes préparatoires, antichambres des super grandes écoles. A l’issue d’une analyse aussi pertinente qui ne laisse que peu de voiles et de recoins sombres, est-il permis de se demander pourquoi la France conserve un système aussi vétuste et aussi archaïque.

Cumul des mandats : une bonne raison ?

La raison du maintien de ce dispositif est à rechercher dans le cumul des mandats qui demeure une pratique régulière. Une petite centaine de personnes soit 22 % des administrateurs, détient 43 % des droits de vote des sociétés du CAC 40. Ces conseils comptent en moyenne 14 membres, n’accueillent que 21 % d’étrangers quand ceux-ci détiennent 40 % du capital des groupes du CAC 40 dont l’activité à l’international assure l’essentiel de la croissance de leur chiffre d’affaires. Les femmes occupent moins de 10 % des sièges d’administrateurs. La banque BNP Paribas illustre cette concentration des pouvoirs au coeur de la gouvernance des entreprises du CAC 40 puisque 4 personnes, 3 dirigeants de la banque et un ex-dirigeant encore influent dans le groupe - sont répartis dans les conseils de douze sociétés de l’indice phare de la Bourse de Paris. Il s’agit de Total, d’ EADS, d’Axa, de Saint-Gobain, de Lafarge, pour le président de la banque, Michel Pébereau ; du spécialiste des services aux collectivités Veolia et du groupe de distribution et de luxe PPR, du groupe de services aux collectivités Suez Environnement et du distributeur Carrefour, du groupe de BTP et de télécommunications Bouygues, du fabricant de turbines et matériaux ferroviaires Alstom et du Groupe Lagardère, du holding de la famille Peugeot, détentrice de 22 % de PSA Peugeot-Citroën.

Croisements dangereux

Les nominations croisées témoignent de la consanguinité dénoncée quand M. Pébereau siège chez Saint-Gobain, société dont le président, Jean-Louis Beffa, est au conseil de BNP Paribas. La consanguinité a toujours cours au sein des conseils, au détriment de leur indépendance. Une autre spécificité française est que les conseils d’administration des sociétés du CAC 40 ne se sont alignés ni sur le modèle anglais, où les actionnaires ont des pouvoirs étendus, ni sur le modèle des Etats-Unis, ni sur le modèle allemand, où conseils d’administration et de surveillance sont indépendants et conçus comme arbitres des intérêts divergents des parties prenantes. 60 % des sociétés du CAC 40 ont un conseil aux mains des dirigeants et 40 % aux mains des actionnaires, qu’il s’agisse de fonds d’investissement, d’investisseurs industriels ou de familles. Dans 4 groupes seulement, les salariés ont les moyens de faire entendre leur voix. La vulnérabilité des sociétés françaises provient de l’absence d’un choix politique clair en termes de pouvoir actionnarial. Est-ce que les Grandes Écoles entretiennent à dessein ces habitudes et traditions ce qui expliquerait mieux l’attachement viscéral de certains pour les structures et le fonctionnement de la société française de « l’élite » ?

Questionnement éthique :

1. Est-ce que les termes d’éthique et de morale ont bien une origine commune c’est à dire une façon d’agir déterminée par les moeurs, les coutumes d’un pays ?

2. Est-il vrai que l’éthique d’Aristote a pour objet le domaine de l’activité humaine en tant qu’action reposant sur une décision ?

3. Est-ce que dans le domaine particulier de l’éthique des affaires, on peut appliquer la formule de A. Comte-Sponville : "La morale commande, l’éthique recommande" ?

4. Est-ce que les termes proposés par P. Ricoeur pour définir l’éthique des entreprises suffisent à circonvenir cette dernière : "Justice, Responsabilité sociale, exemplarité, confiance mutuelle, respect des autres" ?

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