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Le retard s’accumule

Avec la " classe à l’envers ", l’école garde les pieds sur terre

Critique et compréhension vs mémoire

jeudi 15 novembre 2012, par Picospin

Presque partout, les responsables de la pédagogie s’interrogent sur les façons optimales d’envisager le renouveau de la formation des jeunes moins pour éviter qu’ils ne soient happés par la douloureuse question du chômage que pour leur permettre un épanouissement susceptible d’en faire des êtres humains à part entière en évacuant les problèmes de la compétition sauvage pour favoriser l’étude en commun et assurer la compréhension et la critique plus que l’imprégnation des cerveaux par la répétition, l’accumulation des connaissances et l’exhibition du savoir. C’est pour tenter de nouvelles expériences en matière de pédagogie que ces écrits ont été repris à partir d’une série de rapports provenant de divers pays conscients de l’impérative nécessité de réformer l’instruction et le passage harmonieux de l’enfance à l’adolescence puis à l’âge adulte.

Pendant que partout ailleurs on cherche la meilleure voie pour atteindre les sommets sans heurts ni violence, ici on s’occupe plus des réductions d’heures de travail, de l’augmentation de celles consacrées aux loisirs et de la façon la plus habile de promouvoir le tourisme. Il n’est pas certain que cette stratégie conduise au succès. Au Burkina Faso, la classe est un laboratoire où les ingénieurs travaillent sur la production d’huiles d’origine végétale, utilisées comme biocarburant. Les élèves visionnent des cours enregistrés à la maison, font leurs devoirs avec l’enseignant à l’école... Derrière la " classe inversée ", ou " classe à l’envers ", se cache une nouvelle stratégie d’enseignement. Au Maroc, une association promeut une pédagogie de la motivation. Pour la deuxième édition du " Wise Book " on a sillonné les cinq continents en quête de projets éducatifs innovants. En 2004, Jonathan Bergmann et Aaron Sams, deux enseignants de sciences, débarquent à Woodland Park High School, lycée du Colorado, où ces deux nouveaux enseignants se trouvent démunis face à l’absentéisme des élèves qui passaient un temps fou en transport et couraient toujours après un cours raté. Aaron Sams tombe par hasard sur un logiciel capable d’enregistrer un document Powerpoint, de plaquer dessus une voix off, des annotations et de transformer le tout en un produit vidéo. En lançant la formule, les deux enseignants ne mesuraient pas la révolution qu’ils étaient en train de mener. Le fait que les jeunes visionnent le cours et puissent intégrer la théorie avant la leçon libère le cours pour un temps d’échange, avec un enseignant disponible. De ce fait, leurs classes changent d’orientation, d’objectifs et de méthodologie parce qu’une véritable interaction s’installe entre les profs et les élèves devenus ainsi une petite communauté d’apprentissage. Nous sommes devenus les coaches d’une communauté d’étudiants. Nous ne débitons plus notre cours à un bloc d’élèves, mais nous nous intéressons de près aux besoins individuels de chacun.

Classe inversée

Avec la classe inversée, l’enseignant aide directement à l’acquisition de connaissances et les élèves changent d’état d’esprit car ils ne viennent plus en cours pour prendre des notes et donner le change, mais pour se faire expliquer ce qu’ils n’ont pas compris lors de leur travail en isolement sans aucune aide ni directive ni plan de travail. Cette nouvelle méthode de « cours inversé » est devenue la norme dans nombre de sites d’enseignement qui ont abandonné la méthode standard de dispenser les cours au profit d’une nouvelle pratique, qui a l’avantage de faire entrer Internet dans le sein de l’enseignement sans transformer les enseignants en techniciens à chaque cours. Ce mouvement inverse a été testé sur 140 étudiants en réduisant l’échec de 33 % en anglais, de 31 % en mathématiques, de 22 % en sciences et de 19 % en sciences sociales dès la fin du premier trimestre. On a très vite converti toute l’école à cette nouvelle technique d’enseignement puisque, outre les résultats, cette innovation permettait d’introduire les nouvelles technologies de l’information et de répondre aux absences des enseignants et étudiants. A l’heure où en France on se gausse du terme de changement en précisant que c’était maintenant, on établit que cette révolution pédagogique réside dans le fait qu’elle développe chez les élèves une vraie culture de ce qu’est l’apprentissage et en quoi il consiste. On ne vient plus en cours pour recopier une leçon qu’on peut trouver n’importe où, sur n’importe quel document mais pour progresser dans le maniement d’un savoir nouveau. Peu à peu, « la classe inversée » s’installe sans qu’on considère cette méthode comme un remède miracle. Celui qui ne fait pas ses devoirs chez lui n’aura pas plus envie d’écouter un cours. En classe, il ne profitera pas de la disponibilité de son enseignant puisqu’il devra commencer par « visionner » le cours.

Cours à disposition

L’enseignant peut mettre son cours à disposition, pour ceux qui voudraient l’étudier avant qu’il ne soit présenté devant les élèves, mais autorise aussi ceux qui ne l’auraient pas visionné à le faire en classe. Est-ce que l’incitation créera un cercle vertueux ? Si ce mouvement est aussi suivi dans son école que sur Internet, tous les espoirs sont permis. En 2007, 15 % des internautes avaient déjà regardé une vidéo éducative - une conférence TED (technology, entertainment and design) ou un cours de la Khan Academy -, ils étaient deux fois plus nombreux à le faire trois ans après. Déjà les meilleures universités sont à portée de clic aux quatre coins du monde, comme Stanford, le MIT, puis University of the People, aux Etats-Unis ou l’Ecole polytechnique de Lausanne.en Europe. Les grands établissements sont de plus en plus nombreux à proposer des cours gratuits sur la Toile. Le prochain Einstein pourrait-il venir du Soudan du Sud, d’Haïti, du Bangladesh ? demande avec une certaine malice Shai Reshef, président de University of the People, une université en ligne entièrement gratuite fondée en 2009. Depuis sa création, plus de 1 500 élèves de 132 pays différents y ont suivi des enseignements de gestion et d’informatique, avec à la clé pour les meilleurs une bourse de scolarité à la New York University.

D’Einstein à Hawking

Combien d’Albert Einstein, de Marie Curie, de Stephen Hawking attendent d’être découverts dans d’autres pays en développement ? se demandent avec curiosité mais sans angoisse les promoteurs de cette nouvelle façon d’enseigner et de fabriquer des cerveaux destinés plus à la réflexion et à la critique qu’à l’apprentissage par cœur et sans participation des circuits et connexions cérébrales. L’unique façon de le savoir est de donner à chacun la possibilité d’être le prochain Einstein, en le transformant en personne plus qu’en perroquet et en lui offrant la chance de changer sa vie et sans doute celle du monde si cette expérience se multiplie. En démocratisant l’accès aux études supérieures, les promoteurs de ces nouvelles méthodes pédagogiques sont convaincus qu’ils peuvent révolutionner l’institution multiséculaire qu’est l’université et ouvrir la porte à un monde meilleur où les formations d’élite ne seront plus réservées qu’aux plus aisés. Et il se pourrait bien qu’il ait raison, d’autant que University of the People n’est qu’un des nombreux projets à avoir éclos récemment sur le même principe.

Cours gratuits interactifs

Stanford, Harvard, Berkeley, Princeton, les plus prestigieuses universités américaines mènent la danse depuis 2011 en proposant certains de leurs cours gratuitement sur Internet. La mise à disposition de cours magistraux filmés s’est largement répandue au début des années 2000, avec des initiatives comme Canal-U en France, la vidéothèque numérique de l’enseignement supérieur. Mais le manque d’interactivité du format n’a jamais permis un réel décollage de ce nouvel engin éducatif. Le tournant date de l’automne 2011, lorsqu’un professeur à l’université Stanford, en Californie, ouvre le premier MOOC (Massive Open Online Course) - un cours en ligne gratuit, interactif, ouvert à tous et à valider par étapes -, sur l’intelligence artificielle.

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