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Banalisation des répondants aux suppliques d’euthanasie

Habitude : une seconde nature ?

mardi 28 octobre 2014, par Picospin

L’auteure du commentaire sur un livre traitant de ce dernier sujet y expose son opinion et son sentiment sur le sens de la souffrance et celui de l’euthanasie qui constitue parfois la réponse à l’échec des soins palliatifs. Parmi ces derniers, le fait de proposer la mort au malade souffrant reste pour certains l’ultime solution quand tous les autres moyens de lutte contre la douleur ont été voués à l’échec.

Une offre de confort ?

Cette offre n’est pas une manière de juguler l’inconfort et la perte de conscience définitive procurée par la mort. Elle constitue en effet une sorte de transgression dont le danger consiste à embarquer les responsables de la médecine palliative dans une banalisation dans le fait de procurer la mort. De la banalisation à l’habitude, il n’y a qu’un pas dont Hannah Arendt a dit justement qu’il était facile à franchir. La répétition des transgressions produit un soulagement de la conscience morale. Cette action incite à la reproduire. La répétition facilite la mise en oeuvre des procédures pour constituer une sorte d’entrainement au faire, au savoir-faire comme le font les entrainements physiques pour la pratique du sport, des gestes quotidiens, de la professionnalisation des travailleurs aussi bien ceux impliqués dans les activités physiques que ceux qui le sont dans les efforts intellectuels.

Entrainements

Entrainement et exercices diminuent l’impact symbolique et la puissance d’évocation des allusions à une thématique. Cet effet aplanit les difficultés pour en faire surgir les capacités d’évocation, les action mémorielles et le signifié contenu dans ses messages. La répétition d’un motif en modifie la puissance et la richesse de la représentation. L’impact sur le fonctionnement du cerveau et de l’enrichissement subi à partir de la complexité des réseaux neuronaux subit une atténuation proportionnelle à la fréquence de la cadence des répétitions mais aussi, à l’inverse un approfondissement dont la structure et la dimension sont liés positivement au nombre des incitations soutenues. Décider de l’application de 3 euthanasies par jour ne produit pas le même effet et n’entraine pas les mêmes conséquences que si trois par an seulement sont prescrites.

Les habitudes

C’est dans ce sens que la répétition entraine une habitude, cette seconde nature créée par une disposition acquise sous réserve qu’elle devienne permanente et stable. Nul ne réfléchit l’habitude, a dit Mirabeau dans « Conseils à un jeune prince ». Rien de plus vrai ni de mieux exprimé que cette courte sentence. La réflexion, au physique comme au moral, demande un point d’appui, une résistance : or l’effet le plus général de l’habitude est d’enlever toute résistance, de détruire tout frottement ; c’est comme une pente où l’on glisse sans s’en apercevoir, sans y songer. Comment soupçonner quelque mystère dans ce que l’on a toujours vu, fait ou senti ? De quoi s’enquérir, douter, s’étonner ? Les graves tombent, le mouvement se communique ; les astres roulent sur nos têtes ; la nature étale à nos yeux ses plus grands phénomènes : quel sujet d’admiration, quel objet de connaissance peut-il y avoir dans des choses aussi familières que les phénomènes de la sensibilité, de la pensée ? Cette foule de modifications qui se succèdent, d’opérations qui se répètent et se cumulent depuis l’origine ? Ce moi, qui s’échappe à lui-même dans la prétendue simplicité et la facilité extrême de ses propres actes, qui se fuit sans cesse et se porte partout ?... Comment réfléchir ses habitudes les plus intimes et les plus profondes ?

Maine de Biran

L’individu ne peut percevoir cette différence sans reconnaître la sensation comme étant la même que celle qui l’a déjà affecté et, réciproquement, il ne peut la reconnaître sans percevoir quelque différence. Saurions-nous jamais dire, si telle douleur interne, tel degré de froid ou de chaud est le même que celui que nous avons déjà éprouvé, ou s’il en diffère ? Que la détermination sensitive s’effectue par l’action répétée de l’objet, ou spontanément en son absence, le résultat ne sera jamais qu’une modification plus ou moins affaiblie, mais sans relation d’existence, de cause ni de temps ; car on ne saurait évidemment admettre ces rapports sans une personnalité distincte, antérieure ; pour que l’être sentant pût distinguer le souvenir de la sensation, ou pour qu’il y eût en lui l’équivalent de ce que nous appelons souvenir, il faudrait que le moi modifié actuellement, se comparât au même moi modifié dans un autre instant ; il faudrait, comme l’a dit Condillac, « qu’il sentît faiblement ce qu’il a été, en même temps qu’il sent vivement ce qu’il est » ; mais est-ce donc la même chose que de sentir faiblement, et de sentir qu’on a été ?

Acquisitions

C’est ainsi, par l’acquisition de ce processus que le bourreau s’apprend et s’entraine à couper des têtes, que les mineurs sont descendus dans les mines sujettes aux coups de grisou et que les soldats sortent des tranchées au risque de recevoir les balles des fusils mitrailleurs, d’être déchiquetés par les obus des mortiers et lacérés par les bombes explosives lancées des bombardiers. Si la détermination motrice s’effectue spontanément en l’absence de la cause première, l’individu veut la même action ; il se remet, autant qu’il est en lui, dans le même état où il était en l’exerçant au dehors ; il a conscience de l’effort qu’il fait encore ; mais comme il distingue avec la plus grande clarté le mouvement libre du mouvement contraint par un obstacle, il lui sera impossible de confondre le souvenir avec l’impression, la représentation qui se fait dans son cerveau, par exemple, de la forme d’un solide qu’il a touché, avec la résistance que lui opposait ce solide présent.

Effets contraires ?

Si l’habitude entraine et facilite la répétition, il peut tout aussi bien sensibiliser à la sensation exacerbée d’une nouvelle expérience faisant suit à une expérience inaugurale ayant laissé des traces mnémoniques profondes et indélébiles capables de provoquer des réactions à retardement de grande intensité, riches en contenu émotionnel. C’est le cas des sauts en parachute dont le premier induit plus la surprise que la terreur mais dont les suivants sont affectés d’un fort coefficient d’angoisse, sinon d’affolement.