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Bien se nourrir : de l’homme à l’animal ou l’inverse ?

lundi 3 septembre 2007, par Picospin

On raconte une histoire étrange. Celle d’un laboratoire situé quelque part dans un état d’Amérique du Nord appelé l’Illinois, au milieu duquel se trouve un extraordinaire laboratoire. Ce dernier se consacre à l’élevage d’une race curieuse de chiens. En plus de leur caractère bizarre, ils ont la particularité d’avoir été opérés de l’intestin dont on a excisé une partie pour la remplacer par un tube de couleur claire à travers lequel un mystérieux docteur peut chaque jour examiner de près ce que ce toutou a bien pu digérer. Le tube se termine à l’endroit exact de l’intestin où s’arrête l’absorption et commence la fermentation des aliments du fait de l’action de la flore intestinale et des bactéries qui commencent à accomplir leur travail de digestion.

Un tube ?

Ce dispositif original permet à notre bon docteur de mesurer la quantité de vitamines, de sels minéraux, de graisse ou de sucre qui est absorbée par le courant sanguin et celle qui est irrémédiablement perdue. Dans ce laboratoire, on peut faire l’inventaire des nutriments qui sont offerts chaque jour aux divers habitants de cette demeure et comptabiliser le bilan des ingesta et des excreta qui n’on pas été digérés par les divers organismes de cette colonie. Comme on nous a autorisé à visiter cet emplacement consacré à la vie des habitants de ces lieux, nous n’avons pas hésité à nous rendre d’une chambre à une autre, de visiter le salon, la cuisine, la salle à manger pour nous apercevoir que, pareillement à l’homme avec lequel il vit, l’animal ami de l’homme qu’est le chien est capable de faire varier ses besoins, ses désirs, ses goûts selon qu’il vit seul en célibataire, au sein d’un couple et qu’il est ou n’est pas l’objet des attentions de son propriétaire et de son amour pour l’animal qu’il s’est choisi comme compagnon et comme ami.

Un être civilisé ?

Une telle créature, objet de l’amour d’un être humain ne saurait être qu’un individu civilisé capable d’indiquer ses préférences, d’abord alimentaires et ses besoins réels en hydrates de carbone, de protéines, ou de minéraux. Les raisons de ces investigations tiennent à l’intérêt qu’éprouve notre ami à pour les mouvements de l’intestin et pour les caractéristiques des excréments. Ce que notre collègue vétérinaire et physiologiste cherche en réalité, c’est la composition exacte de l’alimentation donnée au chien et qui est constituée de 30% de protéines et de 20% de graisses. « A-t-on vraiment besoin de nourrir le chien de la sorte ? » se demandait notre chercheur. « Assurément pas » se dit-il. « Mais n’oublions pas que de cette façon, vous disposez d’une grande quantité d’aliments promis à la digestion ce qui n’est pas une mauvaise solution pour peu que vous souhaitiez que votre chien passe sa journée hors de chez lui quand vous n’y êtes pas ». Revenons à notre chien et non à nos moutons. La variété des aliments pour chiens ne cesse d’augmenter chaque jour ce qui en fait une affaire commerciale de premier ordre si l’on songe aux énormes frais consacrés à la publicité.

Une course ?

Les dépenses entraînées par cette course à la recherche deviennent énormes si l’on tient compte des investissements effectués pour les recherches en biologie comme la biologie moléculaire, l’immunologie ou la chimie. De l’autre côté, les fabricants de produits pour animaux cherchent tous les jours à innover en lançant de nouvelles présentations, l’adjonction de nouveaux ingrédients et en enveloppant ces productions d’une philosophie révolutionnaire qui tient compte du regard porté sur l’esprit et le comportement animal par l’homme nouveau, issu de la révolution scientifique et du scientisme. La course vers la sécurité a obligé récemment les autorités chargées de l’hygiène de rappeler des millions de paquets d’aliments pour animaux pollués par de la melamine en provenance de Chine. Non seulement la tendance actuelle est de contrôler rigoureusement les offres faites par les fabricants de produits diététiques hypolipidiques, mais aussi de promouvoir des recettes culinaires capables d’imiter celles disponibles pour les hommes comme les pâtes, les côtes d’agneau, et même les gâteaux de mariage. En quelques années, la nourriture humaine a contracté avec celle des animaux des liens très étroits, surtout depuis la domestication du chien depuis 12.000 ans. Elle a donné naissance à l’utopie d’un projet culinaire commun avec les animaux en vue de construire une image du corps de l’animal qui ressemblerait à la nôtre.

Calmer la faim

Au début du 20è siècle, des industriels n’ont pas hésité à livrer de la viande de cheval aux populations affamées d’Europe et à exporter les restes sous forme de déchets vers les Etats-Unis. Sans oublier les descriptions pénibles de crises d’hystérie chez le chien qui se manifestèrent par des tentatives de suicide, il ne faut pas oublier les tentatives de rapprochement accomplies par les négociants en alimentation animale qui n’hésitèrent pas à présenter côte à côte de la nourriture pour animaux à côté de celle destinée aux hommes pour les rapprocher symboliquement et en augmenter la consommation. La majorité des Américains continuent de nourrir leurs animaux domestiques avec les restes laissés par l’homme. L’expérimentation animale amorcée à côté de celle des aliments pour la consommation humaine a apporté des progrès indiscutables dans ces deux domaines. Des centres de recherche et des hôpitaux ont été ouverts pour les animaux qui ont contribué à établir un classement parmi les diverses qualités et caractéristiques de la nourriture donnée aux animaux.

Riches et pauvres

C’est ainsi que si les plus riches propriétaires d’animaux resteront en mesure de nourrir leurs chiens avec les produite les plus frais, les moins toxiques et les plus goûteux, les autres devront se contenter d’acheter une nourriture plus banale, de moindre qualité, contenue dans des conserves. Un nouveau mouvement se dessine. Il est étroitement dépendant de celui qui se structure pour l’alimentation de l’homme : consommation d’herbes, de racines, produits locaux, directement venus du sol, possibilité de traçage. La révolution dans le traitement de l’alimentation humaine et animale a commencé. On voit maintenant de véritables cuisines faites par des cuisiniers professionnels pour animaux. Leur fabrication et leur mise à disposition sont calquées sur celles présentées pour les clients humains et garde des attaches constantes avec le mode de vie, la culture, la spiritualité, la religion des propriétaires d’animaux domestiques.

En guise de conclusion ?

Dans la préface consacrée au livre de Derek Denton, spécialiste australien des neurosciences « L’émergence de la conscience : de l’animal à l’homme », Michel Jouvet, mondialement connu pour ses travaux sur le sommeil écrit « Derek Denton a le grand mérite de d’avoir remis la conscience dans la perspective de la physiologie comparée et de l’avoir à nouveau sortie du domaine de la biologie moléculaire, des quanta, de l’intelligence artificielle et de la bêtise naturelle ». Cette réflexion, peut-elle servir de questionnement éthique ou de conclusion à cet article ?

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