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Vive le cancer de la prostate !!!

Bienvenue à un nouveau venu à saluer sur l’autel des insecticides.

Sol et santé contre entousiasme et déception

jeudi 24 juin 2010, par Picospin

Cette information n’aurait pas d’importance si on la compare à l’immense désolation qui a saisi le pays depuis son élimination de la coupe du monde de football. La principale intéressée dans cette affaire a été requise par la Présidence pour veiller sur le bien-être des joueurs en général et de certains particulièrement touchés par la défaite.

Des chouchous

Ces derniers devaient être protégés, affectueusement entourés jusqu’à l’avion qui devait les ramener dans leur pays non d’origine mais d’exercice de leur profession, le temple du sport et le centre du monde des jeux, en particulier du football où les salaires son mirifiques, les palaces accueillants et les récompenses mirifiques. Ceci valant bien cela, il a été décidé en haut lieu d’escorter mentalement et affectivement nos pauvres hères déchirées par le malheur, la culpabilité et la tristesse jusqu’en 1ère classe des avions qui relient Johannesburg à Londres. On ne saurait laisser seuls, sans escorte et sans figure féminine de pauvres employés de sociétés sises en Russie ou dans des émirats dorés sous les sables car leur malheur deviendrait insupportable et leur tristesse proche du suicide. Les voilà donc embarqués dans de somptueux jets après avoir reçu leurs épouses et compagnes dans les luxueux établissements du Cap pour qu’ils ne versent pas dans la dépression, la mélancolie, l’accablement et le bourdon.

On rentre à la maison

Mission accomplie, on rentre à la maison ou ce qui en tient lieu, en troquant le vin pour le stout, et le café pour les "english teas", qui sait-on jamais pourraient fournir aux jambes fatiguées l’énergie indispensable à propulser les ballons au fond des filets de la Première Ligue. Les absents on souvent tort. N’est-ce pas ce qui risque d’arriver à notre Ministre des Sports, accessoirement aussi Ministre de la Santé qui pouvait avoir d’autres soucis en tête. Ne serait-ce que celui récemment annoncé en toute discrétion sur la présence dans les sols de nos territoires d’outre mer d’un pesticide baptisé du nom de chordécone, utilisé en Martinique et en Guadeloupe pour lutter contre le charançon de la banane, entraînant durablement une pollution des sols et une exposition d’une partie de la population. Une étude, publiée lundi 21 juin en Guadeloupe et dans le "Journal of Clinical Oncology" révèle un accroissement significatif du risque de cancer de la prostate qui représente 50% de l’ensemble des cancers dépistés en Guadeloupe et à la Martinique. L’étude valide donc les signaux d’alerte que les autorités ont longtemps ignorés. Pendant qu’on ne cessait de s’acharner en France et dans les milieux intellectuels de la gauche et de la droite sur les méfaits consécutifs aux agissements des "pollueurs américains" de Monsanto, que les leaders politiques en renom détruisaient systématiquement les moyens de recherche pour mettre en lumière les avantages et inconvénients des OGM, ici, tranquillement, on laissait la Martinique et la Guadeloupe confrontée à une contamination massive des sols, des eaux de rivière et des sédiments par un produit toxique possédant une durée de vie très longue.

De nombreux habitants

Près de 80.000 personnes habitent dans des zones où le sol est contaminé et où 13.000 individus absorbent chaque jour, en mangeant des légumes qu’ils cultivent, une quantité de chlordécone dépassant la valeur toxicologique de référence. Il faut aider la population à se préparer à vivre avec un problème qui n’est pas près de disparaître étant donné que la demi-vie du chlordécone dans le sol est de six siècles. La combinaison d’antécédents familiaux et d’une résidence dans un pays occidental augmente le risque de développer la maladie d’un facteur 4, chiffre qui monte à 5,2 chez les sujets ayant pour des raisons génétiques une faible activité de l’enzyme hépatique intervenant dans l’élimination du chlordécone. Son étude montre une augmentation du risque de cancer de la prostate chez les hommes exposés au chlordécone. Ce résultat tient beaucoup plus à la consommation de produits alimentaires contaminés qu’à la manipulation de la molécule par les ouvriers agricoles.

Footballeurs indigènes

Peut-être pourrait-on avoir une pensée plus directe, plus intelligente et plus rationnelle pour les nombreux footballeurs nés dans ces régions et qui nécessitent davantage une attention et des soins de prévention, dépistage et traitement que l’assurance de voyager en classe de luxe, de fréquenter le Ritz ou le Bristol. Au fait, que s’est-il passé pour le footballeur international Lassana Diarra dont on découvre en haute altitude l’existence d’une maladie génétique qui n’avait jamais été décelée ? Le président de la FIFA pourrait troquer ses diners en ville et rencontres luxueuses pour une attention plus soutenue à la santé des « sportifs » dont sa fédération a charge et responsabilité et qui lui apportent gloire et biens.

Questionnement éthique :

1. Quel type d’expérience morale est nécessaire pour soigner dans le cadre des relations humaines ?

2. Comment traiter le rapport à l’autre vulnérable dans une relation de soins ?

3. Quels seraient les types de liens humains à mettre en oeuvre dans cette relation asymétrique ? Contrat, confiance, volontarisme du bien, paternalisme ?

4. L’acte de soigner sinon de prévenir constitue-t-il une relation d’action, de compassion, de fusion ou de connaissance ?