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Un défi au bienêtre de l’homme ?

Bonheur

Comment l’améliorer ?

lundi 19 mai 2014, par Picospin

Ce prédicat a été énoncé par William James au début du 20è siècle. La motivation qui se profile derrière ce terme consiste à changer une personne en son mieux ce qui ne signifie pas que la morale pourra être évaluée à l’occasion de toute intervention où ne sera pas tenue compte des résultats d’une intervention éthique.

Lutte contre le mal et la maladie

Les hommes se sont toujours battus avec tous les moyens à leur disposition contre la maladie, la douleur, le malheur et généralement en faveur de tout ce qui peut contribuer à augmenter la qualité de leur vie. Les interventions en faveur de l’amélioration comportent de nombreuses méthodes, des objectifs différents, comme le sont les désirs, les idéaux et les valeurs qui font l’objet de tous les débats. Les thèmes de ces discussions portent sur les concepts de la dignité et vont jusqu’à l’obligation morale de l’amélioration. Cette variété d’interprétations est liée à des manières différentes de comprendre le sens du terme. Beaucoup d’auteurs entendent par ce terme une définition du bien être social qui comporte toute modification dans la biologie, la psychologie d’une personne susceptible d’augmenter les chances de mener une vie bonne dans le cadre des circonstances se rapportant à ce thème. Il peut s’agir aussi d’une approche du bien être socialement parlant ‘welfare » sous la forme d’une définition fonctionnelle qui peut aller jusqu’à une diminution de niveau du bien être.

S’améliorer

D’autres élaborent des théories selon lesquelles cette amélioration touche notre manière de devenir meilleurs en accomplissant les choses que nous désirons faire en assimilant mieux les processus de de notre pensée, en ayant une conception plus forte, plus compétente, de tout ce que nous désirons et voudrions faire et être. C’est en tout cas une amélioration par rapport à tout ce qui nous a précédé, pour le meilleur de tous mais pas pour le meilleur d’un seul. C’est l’amélioration d’un état donné, un accomplissement, une capacité, une expérience, un sentiment, une évaluation de soi.
Motivation ne signifie pas toujours évaluation dans laquelle le meilleur n’est pas toujours le bien. L’amélioration n’est pas toujours conduite par le meilleur possible comme c’est le cas de l’augmentation d’une capacité à changer par rapport à la stabilité du passé pour obtenir le meilleur résultat ou être meilleur ou le meilleur.

Amélioration : une addition ?

On pourrait comprendre ces améliorations comme l’addition de capacités, ou l’obtention d’une qualité excellente supérieure à la normale ou encore au-delà de l’état naturel. Les variations entre les opinions proviennent du fait que ce qui importe le plus pour ceux qui les émettent c’est le degré d’engagement ressenti par les gens, la quantité, l’intensité de leurs implications dans les objectifs à atteindre dans la vie. Ce qui n’évite pas la nécessité de poser les questions concernant l’obtention, le gain du bonheur, la meilleure manière de le conserver et d’en retrouver la jouissance, l’usage et les sensations. Les améliorations en soi sont bonnes et vont dans le bon sens de l’éthique. L’évaluation morale des interventions dans des domaines spécifiques. Les exemples suivants devraient clarifier les notions d’améliorations et montrer dans quelle mesure elles conduisent à constituer des défis moraux complexes.

Défis

1. C’est le cas de certains produits prescrits aux enfants dans le but d’améliorer leurs fonctions cognitives. Dans cette perspective, on peut admettre que, malgré l’existence d’effets secondaires sévères, les parents agissent avec les meilleures intentions du monde pour leurs enfants qui se trouvent au risque de compromettre leur bienêtre présent et à venir.
2. Les techniques modernes de psycho pharmacologie et de neuro technologies destinées à stimuler la plasticité comme les stimulations électriques transcraniales ont été recommandées pour provoquer une augmentation de l’excitabilité corticale et d’intervenir dans les bruits de fond. C’est le ca aussi de produits comme le Valproat capable de rouvrir des périodes favorables à l’apprentissage. Pour faire la part des choses dans un contexte de respect scrupuleux de l’éthique, il faut faire attention à tenir compte des défis que réclament les raisonnements éthiques les plus équilibrés.
3. Effacer et modifier la mémoire est devenu un objectif primordial car des troubles mémoriels sont capables de modifier la qualité de la vie comme c’est le cas des patients qui souffrent de terribles déviations des souvenirs dont certains hantent les patients potentiels candidats à cette pathologie. Manipuler de tels souvenirs ou l’intensité émotionnelle qu’ils déclenchent peut dans certains cas augmenter la qualité du bienêtre même si de telles manœuvres sont considérées par la plupart comme hautement délétères et susceptibles de provoquer des interférences avec les souvenirs des survivants aux traumatismes et à leurs témoins. Ce qui ne devrait pas empêcher certaines personnes saines de rechercher des effets destinés à émousser la mémoire comme c’est le cas des Beta bloquants susceptibles d’augmenter le bienêtre ce qui ne dispense pas de se livrer à une réflexion éthique approfondie avant d’en recommander l’usage.
4. L’amputation d’un membre peut être désirée par un individu qui souffre de sa présence dans un désordre appelé Désordre d’intégrité du corps et d’identité. Il peut prendre des formes si aiguës et si désagréables que le patient qui en est atteint peut vouloir se débarrasser de cette sensation capable d’améliorer son bienêtre tout en portant atteinte à son intégrité physique.

Améliorer : quelle signification, quelles applications ?

Le fait que certaines situations soient susceptibles de conduire à une plus grande prospérité et à une amélioration du bienêtre ne signifie pas qu’il faille mettre un terme définitif à tout débat éthique sur leurs applications. C’est la raison pour laquelle d’aucuns proposent que le terme d’amélioration soit retiré de la discussion car il est trop chargé d’affirmations erronées et trop mûr pour provoquer des abus. Pour toutes ces raisons il est temps de poursuivre nos enquêtes sur ce thème dans le sens de la signification à donner au terme d’amélioration et de la manière dont peut être mise en oeuvre. Il faut également recueillir l’opinion du grand public sur les manières de définir une règlementation sur ce sujet en lui conférant un sens politique susceptible de se placer en dehors de positions binaires telles que pour ou contre l’amélioration en général pour les glisser entre soucis et idiosyncrasies pour chaque cas particulier.


D’après Saskia K. Nagel,
Institut des sciences cognitives de l’Université de Osnabruek, Allemagne