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Cinéma : De géniaux Frères Coen ?

"Burn after reading"

Une réussite ou un échec

mardi 6 janvier 2009, par Picospin

Quand la réputation est bonne, l’ancrage dans notre cerveau du jugement des oeuvres précédentes des créateurs est si profond et solide que rien ensuite ne saurait dissiper un certain malaise qu’on ne veut plus extirper sous peine de se déjuger, de perdre la face envers nous-mêmes et de ne plus faire confiance en notre jugement.

Jugements

Ce n’est pas ce dernier qui est coupable au moment où nous l’avons émis mais notre erreur, notre emballement ou notre enthousiasme. Or l’on sait que ce dernier est souvent considéré comme coupable car nous nous sommes laissé embarquer dans une opinion favorable qui s’est révélée erronée par la suite. On pense beaucoup moins à l’éventualité d’une inconstance de la part des créateurs. Cette dernière, on la met rarement en doute tellement est forte la certitude que ce que l’on a admiré est une constante et que ce qui nous déçoit c’est notre versatilité, notre propre instabilité, notre inconstance sinon notre perplexité, toutes propriétés qui nous fragilisent et nous font perdre notre solidité vis à vis des personnes et des évènements qui ne cessent de faire notre siège. Pourtant, quelle n’est pas le plus noble des caractères et des comportements de l’homme que celui de s’interroger en permanence, de se poser des questions, en un mot de douter ? Les plus grands l’ont fait, assaillis par une espèce de culpabilité devant la faiblesse de leurs croyances et de leurs convictions. Descartes, Pascal y ont fait allusion dans des circonstances dramatiques puisqu’il s’agissait des fondements de leur philosophie, de leurs pensées ou de leur foi.

Eloignement

Voilà que nous nous éloignons un peu trop sans doute des frères Coen qui n’en demandaient pas tant puisque eux sont là, derrière l’écran ou devant lui par leur projection pour raconter une histoire, critiquer, ridiculiser la bêtise humaine où qu’elle se trouve, y compris tout près de chez eux, dans cette Amérique qui leur a apporté les moyens de leur expression et le culte de leur succès, sinon de leur gloire. Ils n’ont pas eu besoin de se cacher dans les studios souterrains du cinéma Underground pour s’exprimer. C’est au grand jour qu’ils ont affronté les nominations, les récompenses, les distinctions, les nominations même si c’est au prix d’un réquisitoire contre une certains forme de culture, celle qu’ils ont adoptée comme immigrants, venus d’ailleurs pour éreinter, étriller, pourfendre jusqu’au plus profonde des institutions de leur pays d’accueil. En l’occurrence il s’agit d’une charge contre la CIA qui, en l’occurrence n’en sera pas à sa première défloration. On se demande seulement, si une telle frasque est possible dans un autre pays où l’autodérision est acceptée sinon encouragée. Au-delà de cette farce, c’est la peinture d’une société qui est présentée avec tous ses pleins et ses déliés, ses à-plats, ses couleurs vives d’une modernité criarde mais d’un goût douteux.

Regards

Ce regard acerbe sur un pays donné ici sans autre culture que celle du corps, sans autre protection ou idéologie que le contre-espionnage américain, sans autre acquis civilisationnel que la mastication du chewing gum, la musculation ou une recherche désespérée de l’autre en tant que partenaire de jeu, non de vie. Il n’y a dans cette histoire de quelques protagonistes de la vie américaine où l’on rencontre encore de grosses voitures, comme avant la fameuse « crise » ni réflexion sur les autres ou soi-même, ni recherche d’un sens de la vie, ni retour une idéologie à trouver, une quête de connaissances. C’est la vacuité de l’existence sans autre vision du futur que de l’âme sans conscience, en quelque sorte amputée de ses caractéristiques, de ses propriétés élémentaires. Tout cela les fantastiques acteurs du film l’ont parfaitement compris. S’ils avaient été incapables de le faire, jamais ils n’auraient pu se glisser dans la peau de leurs personnages avec autant de plasticité, d’intelligence, de nuances pour ajuster leur prestation à celle qu’ils ont sans doute maintes fois observée non seulement à Hollywood mais dans les rues de New York, de San Francisco ou de Washington.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que des oeuvres satiriques comme celle-ci ont un rôle à jouer pour faire infléchir le peuple vers plus de compréhension, de sagesse, de raisonnement, de justice dans les jugements et d’équilibre dans l’objectivité nécessaire à l’éthique ?

2. Est-ce que le fait de présenter une image négative de la société permet d’en modifier le comportement moral ?

3. Est-ce qu’une aide intellectuelle pour le décryptage des situations est nécessaire à la compréhension de ce film ?

4. Toutes les situations exposées dans ce film ne sont pas claires. Est-il judicieux de cacher certains thèmes pour les soustraire à la sagacité des spectateurs ?