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Cacher ?

Burqa : une loi pour dérober le visage ? ou démasquer des responsabilités ?

Comment se déguiser ?

dimanche 27 décembre 2009, par Picospin

Par cette clef, on entre déjà dans la phénoménologie c’est-à-dire un essai de description de ce qui apparaît dans et par le visage puisque aussi bien par son visage et par sa parole qu’apparaît l’humain.

Exhaustivité

Est-ce suffisant et suffisamment exhaustif ? Il est des muets qui disent infiniment plus de choses que de grands tribuns, il est des mimes qui bouleversent des salles et en font pleurer d’autres. Le regard d’un éléphant au seuil de sa mort reconnue et devinée par lui en dit plus que n’importe quel député sur les bancs de l’Assemblée. Si l’humain a un sens, il le trouve dans l’appel que me lance le visage de l’Autre. Si le visage a un rapport à la vision, il est pourtant ce qui toujours déborde la représentation, la “chosification” comme dit Sartre, qu’opère le regard. « C’est lorsque vous voyez un nez, des yeux un front, un menton, et que vous pouvez les décrire, que vous tournez vers autrui comme vers un objet. La meilleur façon de rencontrer autrui, c’est de ne pas même remarquer la couleur de ses yeux ! » écrit Lévinas.

Cacher le visage ?

Cacher le visage, c’est déjà le faire taire, le rendre muet dans sa communication avec autrui et même masquer l’expression du caractère, du comportement, rendre imprévisible la parole annoncée. Tristan Bernard avait dit dans un de ses mots dont il avait le secret que son origine « ethnique » valait bien un cache-nez aux yeux de ceux qui cherchaient à identifier par cet appendice tout son passé qui se cachait derrière lui. C’est ainsi que l’on veut et que l’on se rend capable de "catégoriser" l’autre et que les esprits malins et les Big Brothers de toutes sortes jouent les détectives au service des causes les moins nobles mais aussi se déguisent en interventionnistes au service des communautés pour les protéger des voleurs de personnes sans que ces derniers découvrent constamment la qualité et la valeur du butin. Quand j’étais petit, j’admirais les exploits de Zorro sur son cheval et sous son masque, ses prouesses pour délivrer du mal les jeunes filles captives.

Zorro et les douaniers

Maintenant, douaniers et policiers aux frontières enregistrent mes deux pupilles, numérisent les lignes de mes doigts et prélèvent des échantillons de ma salive. Est-ce pour dévoiler des déguisements ? Est-ce que l’existant se présentant avant l’étant joue à se déguiser comme le font avec joie les enfants qui montent pour la première fois sur scène pour « interpréter » un rôle. Souvent, il leur va comme un gant, disent les mères orgueilleuses, fières de leur progéniture. Le visage à lui seul serait signification de son rapport à l’autre surtout si les mots et les choses s’allient dans une symbiose significative pour présenter de soi, du personnage interprété, un aspect, une image, une représentation du caractère, sans négliger l’aspect prédictif de ce qui est encore à venir. Lévinas écrit encore que « pour un homme, la présence d’un autre homme met implicitement son être en question : et si « ma place au soleil », comme l’écrit Pascal, était « le commencement et l’image de l’usurpation de toute la terre » ?

Quid des femmes ?

Et s’il s’agissait d’une femme oserai-je ajouter avec une facilité coupable ? « Les soupçons engendrés par la psychanalyse, la sociologie et la politique, écrit Lévinas, pèsent sur l’identité humaine de sorte que l’on ne sait jamais à qui on a affaire quand on bâtit ses idées à partir du fait humain. » C’est bien ce que j’avais en tête lorsque j’ai fait allusion au théâtre de la vie qui, par une perpétuelle métamorphose catégorielle, transforme ou fait apparaître aussi bien l’homme que la femme – dans la mesure où elle acquiert un statut universel – dans sa vie privée et publique sous ses déguisements professionnels, et parfois aussi émotionnels ou affectifs à condition que se présente le souvenir capable d’induire une telle réaction empathique.

Relation

A partir du moment où est privilégiée la relation à l’être, intervient la médiation de l’éthique par le savoir qui commande la relation du face à face qui serait bien première aux yeux de Lévinas. Que peut et que doit faire la burqa ou son absence dans cette affaire dont l’importance ne consiste que dans la mission qui lui est confiée par la tradition, la religion, le rôle dévolu à la femme qui s’en revêt. Une question de loi ? Ou bien la sélection des complexités qui risquent de la motiver et de l’instruire avant de l’appliquer universellement ?

Questionnement éthique :

1. Faut-il vraiment promulguer une loi pour savoir comment doivent s’habiller les gens et les citoyens et citoyennes ?

2. Quels sont les rôles respectifs de la tradition, de la pression sociale, des conventions, de la religion pour le respect des us et coutumes ?

3. Est-ce que l’on doit continuer à admettre que la femme n’est réduite qu’au rôle secondaire d’objet de désir de l’homme et qu’à ce titre elle mérite d’être entièrement habillée pour cacher certaines parties de son corps ?

4. Comment doit-on concevoir la coexistence de plusieurs cultures dans le cadre du vivre ensemble dans un univers respectant la liberté c’est à dire la laïcité ?