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Une maladie répandue : la psychose maniaco-dépressive

Calmer les démons ou donner une voix aux artistes

Que faire devant cette maladie psychiatrique grave qui peut mener au suicide ?

mercredi 30 avril 2008, par Picospin

Pour les chercheurs qui essaient de percer les mystères de son cerveau et de son esprit, elle constitue un lien de plus entre la maladie mentale et la création artistique. Avec toutes nos techniques d’imagerie et de neurotransmetteurs nous ne nous sommes guère plus rapprochés de la solution de l’énigme que ne le fit Lord Byron lorsqu’il se mit à annoncer que tous les poètes sont fous.

Un traitement efficace

Dans la mesure où les remèdes sont maintenant plus efficaces, la question devient plus urgente à résoudre qui fut posée en ces termes : est-ce que Virginia Woolf si elle avait eu un traitement adéquat, aurait survécu suffisamment longtemps pour écrire son dernier chef d’œuvre ou aurait-elle passé ses années gagnées grâce à la thérapeutique à faire des courses dans les grands magasins ? Marya Hornbacher verse au dossier de ce débat beaucoup plus d’éléments que ne le fait l’association d’un cerveau dérangé et d’un esprit talentueux. Son talent a engendré un troisième personnage, celui d’un narrateur attirant, séduisant capable de regarder son passé au cours de trois décennies de maladie maniacodépressive dont la plus grande partie est restée sans traitement et de créer une histoire qu’il est pratiquement impossible par ailleurs d’inscrire sur le papier. Les lecteurs de son célèbre livre « Gâchis » qui fut publié en 1998 à l’âge de 24 ans l’ont laissé dans un état de convalescence au décours d’un long combat avec l’anorexie. Elle a décrit cette bataille et montré comment sa guérison fut illusoire. Elle avait été traitée à cette époque par un antidépresseur qui est le traitement habituel de l’anorexie. C’est alors qu’elle fit le saut de l’ange au ralenti dans une angoisse avérée, une agitation et le désespoir provoqué par une maladie bipolaire qui avait été aggravée par le mauvais traitement qui lui a été prescrit.

Un mauvais diagnostic

Sa plongée dans la maladie n’a pas été détectée par l’équipe psychiatrique qui l’avait prise en charge parmi laquelle se trouvait un soignant qui n’avait rien trouvé de mieux que de lui prescrire un régime de bougies, de bains et de parfums. L’eau bouillante fut parfaitement inefficace de même que l’alcool et autres produits. C’est à ce moment que notre écrivain choisit au hasard sur l’annuaire téléphonique un psychiatre de la région de Minneapolis qui s’est trouvé être la bonne personne. Le diagnostic de sa maladie a été dès lors exact et son traitement correctement établi dans la foulée. A la télévision, cette rencontre aurait donné le signal d’une collaboration heureuse lors que c’est la livre qui a commencé à être rédigé. Ce qui a suivi est la saga impitoyable d’une maladie bipolaire au cours de laquelle le traitement a été rendu inopérant par la patiente elle-même. Des années après l’établissement du diagnostic j’ai continué à prendre la maladie à la légère en laissant son évolution ramper ce qui a abouti aux résultats que l’on connaît : une décennie de bonne santé et de travail productif alternant avec des rechutes, des hospitalisations à répétition, des traitements par électrochocs entrecoupés de lentes remontées vers une amélioration de la santé. L’auto guérison d’une maladie mentale peut être déroutante ou seulement complètement dépourvue d’intérêt. C’est un testament valable que le livre qu’a écrit notre héroïne ne relève ni de l’une ni de l’autre hypothèse. Elle écrit dans un style saccadé qui convient à merveille à la description de la réalité qu’elle vite sur le mode du bégaiement avec une oreille malicieuse pour le dialogue et un sens commun qui contraste avec l’absence de sensibilité qu’elle ressent au cours des épisodes les plus sombres des ces crises maniaques.

Créations ?

A la question posée de savoir si les traitements empêchent de créer, Mme H….prend fermement partie pour les médicaments, aussi imparfaits qu’ils puissent être. Pour moi, répond-elle, le premier signe de la survenue de ma folie est mon impossibilité à écrire. La dépression me réduite au silence. La manie peut toujours envahir mon cerveau par des mots scintillants toujours est-il qu’ils éclatent avant que j’ai le temps de les coucher sur la papier. C’est seulement après avoir avalé mes médicaments du matin (qui sont au nombre de 21 comprimés que je suis en état de coincer mes premiers mots sur la page. On peut trouver d’autres réflexions sur ce sujet dans « Poètes au Prozac » une collection d’essais édités d’après des écrits sollicités auprès de poètes atteints de maladies psychiatriques. Atteints de pathologies diverses depuis des états dépressifs mineurs laissés à des traitements originaux à base de vitamines, jusqu’à la véritable schizophrénie, ces auteurs insistent également sur la nécessité d’enfermer les mots et tous sont d’accord pour penser que les maladies mentales sont une catastrophe pour la créativité. Alors que ces dernières peuvent participer à la création, lorsqu’elles sont laissées sans traitement, les cycles se suivent invariablement avec une voix réduite au silence qui lui-même nourrit le silence. Même l’élixir fidèle de l’inspiration donné aux poètes est traité sans ménagements. Un des poètes les plus reconnus au Pays de Galles, Gwyneth Lewis, a écrit : « j’ai l’habitude de conserver des notes prises pendant les périodes où je suis placé sous l’influence de la boisson dans l’espoir qu’ils pourront m’offrir de nouvelles images scintillantes que je pourrai utiliser dans mes poèmes » Cet espoir a été vain car j’ai été ensuite incapable de déchiffrer ma propre écriture. Voilà qu’un autre mythe est en train de battre la poussière.

Questionnement :

1. Autrefois appelé maniaco-dépression, le trouble bipolaire fait partie des troubles de l’humeur, auxquels appartient également la dépression récurrente (ou trouble unipolaire). C’est pour éviter les préjugés associés au mot « maniaque » et de son emploi très souvent péjoratif que la maladie fut appelée trouble bipolaire. C’est une maladie qui comporte deux phases : la phase maniaque et la phase dépressive. Lors de l’accès maniaque, la personne est hyperactive. Elle peut engager des dépenses inconsidérées, avoir des propos et des attitudes farfelues et présenter d’autres troubles comportementaux ou plus simplement vivre de façon excessive. Lors de l’épisode dépressif, la personne au contraire, présente des signes de grande dépression appelée aussi mélancolie. Entre ces deux phases, le patient retrouve un état normal. Le danger de cette maladie est le risque de suicide lors des phases mélancoliques ainsi que les difficultés d’adaptation sociale dues à l’incompréhension de l’entourage.

2. la cyclicité tend à s’aggraver au cours du temps avec l’apparition de cycles courts. La cyclicité est rapide quand l’âge du début de la maladie est précoce, un trouble anxieux est concomitant, quand il y a abus de substances, des antécédents de tentatives de suicide, l’utilisation d’antidépresseurs et un antécédent familial de cycleur rapide. On parle de trouble bipolaire à cycles rapides quand il y a plus de 4 épisodes maniaques et/ou dépressifs durant au moins deux semaines par an. Les cycles rapides sont associés de préférence avec des troubles paniques ou des antécédents familiaux de troubles paniques.
3. la nature des épisodes peut se modifier lors de l’installation d’un mélange de symptômes maniaques et dépressifs qui deviennent des épisodes mixtes.

4. l’humeur moyenne tend à devenir de plus en plus dépressive et le patient présentera de moins en moins d’épisodes maniaques.

5. L’évolution est souvent marquée par une diminution des capacités cognitives.

6. D’autres troubles surviennent en même temps que le trouble bipolaire comme l’Agoraphobie, la claustrophobie, les symptômes maniaques en même temps que des symptômes dépressifs, des angoisses et la consommation excessive d’alcool et de cannabis. Le traitement peut être inadapté quand sont prescrits des neuroleptiques et des antidépresseurs. Le refus du traitement ou son observance irrégulière sont aussi des dérives fréquentes, encouragées souvent par la nostalgie des phases de manie.

7. Vaut-il mieux laisser se développer cette maladie dans la perspective de découvrir derrière la façade de la psychose un artiste sinon un génie ou faut-il laisser le patient sous traitement approprié afin de lui rendre une vision normale de l’existence ?


Sources :

April 29, 2008
Books
Quieting the Demons and Giving Art a Voice
By ABIGAIL ZUGER, M.D.