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Où sont les nouveaux réseaux ?

Camouflage du racisme

A qui et à quoi obéissent-ils ?

mercredi 21 mars 2012, par Picospin

Tout effet a une cause, rien ne nait de rien selon la formule de Leibniz qui précise que rien n’est sans raison. C’est la raison ou une des multiples raisons pour lesquelles il faut chercher la cause du massacre de Toulouse dans une antériorité proche ou lointaine avant de se résoudre à penser et à formuler que cette action est née spontanément du cerveau d’un fou qui aurait agi sans raison, sans logique, par hasard parce qu’un matin il s’est levé du mauvais pied qui aurait pu être le gauche par exemple en ces temps de campagne électorale où le conservatisme mènerait vers plus de calme confortable que les intentions révolutionnaires civiques de tel candidat se croyant déjà en train de prendre une autre Bastille.

Invention du racisme

L’époque contemporaine n’a pas inventé le racisme et ne s’est pas résolue à l’extirper des sociétés humaines. Le nazisme n’a cessé de faire du racisme et de l’antisémitisme l’alternative à une conception universaliste de l’humanité. Il précise que l’humanité peut être classée en trois espèces selon que l’on fait référence à celle qui a créé la civilisation, celle qui en a conservé le dépôt et celle qui l’a détruit. Le type de racisme incarné par le nazisme et qui a conduit à une série de génocides se présent comme une théorie des inégalités entre des races biologiquement définies, conçues comme des espèces dont certaines seraient inférieures, qui devraient être mises au service de l’espèce proclamée supérieure tandis qu’un d’entre elles devait être éliminée ou détruite en raison de la suspicion pesant sur elle qu’elle ferait peser sur l’existence même de l’humanité une menace irrémédiable. Une haine meurtrière défie désormais la France, sa République et sa campagne présidentielle. Précédée des meurtres de militaires à Toulouse et Montauban auxquels elle serait reliée, la tuerie antisémite de Toulouse est peut-être l’œuvre d’un fou. Mais, dans ce cas, sa folie est d’époque. D’une époque où l’on s’habitue à diviser l’humanité plutôt qu’à la rassembler, où l’on attise les violences plutôt que d’apaiser la société. Et c’est cette folie qu’il importe de conjurer d’urgence, en convoquant la raison contre la peur et la fraternité contre la haine. « Un dieu rôde derrière le fait divers », a un jour écrit Roland Barthes, pour souligner sa force énigmatique, ravageuse et irrationnelle, qui nous désarçonne tant nous nous sentons impuissants à le déchiffrer. Mais ce dieu du fait divers est aussi bien un diable, capable de faire basculer nos destins en nous plongeant dans l’aveuglement et l’effroi, rompant les amarres de la raison pour les flots d’une déraison apeurée.

Massacres d’enfants ou Shoah ?

Depuis les terrifiants assassinats ayant visé les enfants et les enseignants d’un établissement scolaire juif toulousain, ce diable s’est invité dans la campagne présidentielle sous l’apparence d’un tueur de sang-froid, casqué et motorisé. Sommes-nous bien en présence des actes d’un individu isolé, comme le laissent supposer les premières constatations ? A-t-il agi par antisémitisme d’un côté et, de l’autre, par détestation d’une armée française engagée en Afghanistan face à un peuple musulman ? Ou bien agit-il par racisme dans les deux cas, contre l’école juive et contre les militaires, comme le suggère l’évocation d’une piste néo-nazie ? Pour aller plus loin dans cette analyse métaphysique de la création et du fonctionnement du monde sous le pseudo dualisme judéo-chrétien, le racisme sous sa forme nazie défend une conception, une représentation de la nature qui constituerait un tout où l’homme serait un maillon dans la chaine de la nature vivante au même titre que n’importe quel autre organisme ce qui inciterait le néophilosophe Hitler, peu embarrassé par le contenu ténu de ses connaissance philosophiques à réinscrire l’homme dans la nature ce auquel le régime allemand a travaillé en appelant les êtres humains à vivre en harmonie avec l’environnement d’où sont sorties au début des années trente les étonnantes lois de protection de la nature à faire pâlir d’envie nos écologistes à commencer par Nicolas Hulot, Eva Joly ou Cohn-Bendit. Pour aller plus loin dans un délire dont aurait pu hériter l’assassin de Toulouse et de Montauban, le théoricien le plus pur du racisme nazi n’a pas craint de comparer le Juif à une bactérie nécessaire au corps humain, empoisonneuse des autres parties de l’organisme humain.

Métaphores

En vertu de l’outrecuidance de ces métaphores, le racisme pourrait, selon leurs thuriféraires, se structurer moins dans la peur de l’autre que dans celle du même, créant ainsi une hantise de voir ce qui nous distingue des autres disparaître dans un métissage culturel généralisé, d’où la terreur des mariages mixtes et l’obligation absolue de garder la race pure de toute invasion d’autrui. Ainsi le racisme aurait reconnu la pleine et entière humanité de l’autre, y compris quand il appartient au groupe ethnique stigmatisé par le propos avancé. Il reste un dernier pas à franchir avant que le raciste rejoigne l’humanité c’est qu’il reconnaisse les valeurs de la raison pour extirper du discours raciste l’ évidence de ses contradictions, là où se cache le véritable venin qu’il contient.

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