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Une statue ou un homme simplement ?

Camus était-il malheureux dans son temps ?

Un Nobel plus ou moins nobélisable ?

dimanche 7 février 2010, par Picospin

Qu’attendent-ils de cette investigation forcenée chez un être d’exception qui à l’image de ce que Nietzsche appelait sans doute dans son esprit l’homme, l’homme vrai, l’homme véritable, pour lui le surhomme capable de se dominer en même temps que les autres ?

Choix et décisions

Une explication de vie, de choix, de décisions de la part de quelqu’un qui ne suivait aucun dogme ou du moins s’il le suivait, le faisait-il à pas lents, avec plus de réticence et de réserve que d’enthousiasme. Suivons le dans « l’homme révolté » à propos du personnage de Chigalev à côté duquel il érige à grands traits le cynisme politique proche du nihilisme. Il y est question de dénonciations, d’exécutions de ministres et de grands-ducs, de socialisme individualiste puis scientifique dont l’héritage de Marx donnera naissance à la révolution totalitaire en Russie. Camus fait allusion au terrorisme individuel autant qu’au terrorisme d’état qui se prépare à détruire le droit divin à la racine même des sociétés. Ce qui domine, qui resplendit c’est la prise du pouvoir dans une conception majestueuse qui englobe le secret rigoureux, le choix minutieux des membres, la formation de révolutionnaires professionnels.

Jacobinisme à la russe

Ces caractéristiques se rapprocheraient de celles du jacobinisme qui emprunté à la France et importé en Russie devint une simple technique d’actions niant tout principe et toute vertu. Sur le court chemin révolutionnaire, on commence à parler d’égalité humaine par la prise du pouvoir étatique pour réaliser par des organisations secrètes le pouvoir dictatorial des chefs, thème qui contribue à définir la notion d’appareil. Cette dernière dépassera rapidement certaines bornes qu’on considérait jusque là comme intangibles et capables de stopper tous les élans quand sera proposé le projet de supprimer tous les Russes âgés de plus de 25 ans car ils seraient incapables d’accepter les idées nouvelles. Ce socialisme césarien sera digne de restituer la terreur au niveau de l’état pour justifier en priorité la construction de l’humanité enfin divisée. Ainsi la révolte infidèle à l’homme parce que soumise à l’histoire médite cette fois d’asservir l’univers avec l’appui du nihiliste, esprit implacable et malheureux qui choisit la volonté de puissance, seule à pouvoir régner sur une histoire sans autre signification qu’elle-même.

Fou d’amour...

A ce carrefour apparaît le personnage de Chigalev, philanthrope fou d’amour pour les hommes au point de vouloir les asservir et fou d’égalité mais aussi de liberté totale qui est négation de tout ce qui justifie de nouvelles valeurs identifiées à l’humanité entière. Où pouvait mener l’adhésion, même temporaire, provisoire, jamais définitive, jamais établie à une conception aussi révolutionnaire faisant le lit non seulement de la révolution mais plus encore des théocraties totalitaires du xxè siècle dans lesquelles ou au-dessus desquelles règnent seigneurs et grand inquisiteurs utilisant la révolte des opprimés dans un règne cruel qui finit par donner naissance à la race des martyrs, puis à la divinisation de l’homme par lui-même. Cette dernière finit par briser les limites des révolutions pour s’engager sur des chemins que Camus qualifie de boueux pour faire émerger la tactique de la terreur. Ces termes n’attirent guère les convoitises. Ils fixent une ligne de démarcation dont le franchissement sera d’autant plus restreint puis prohibé que Camus est suspect sinon accusé de ne pas disposer de la célèbre distinction de Max Weber, entre éthique de conviction et éthique de responsabilité.

Une vie algérienne

Il faudra revenir sur les inclinations de Camus en les mettant dans la perspective de sa vie en Algérie, de son temps sous peine de créer de dangereux anachronismes comme sa bataille contre le communisme dont il n’a pas vu la défaite, celle contre l’Algérie indépendante qu’il pressentait perdue. C’est le moment de le laisser reposer dans la paix des braves au moment où autour de lui émergent les utopies de l’anarcho-syndicalisme, de la fin des idéologies et de la moralisation de la politique et des partis. Comme de Gaulle ?

Questionnement éthique :

1. Est-ce que l’inconstance relative de Camus peut être mise sur le compte d’un comportement non éthique ?

2. Faut-il rester fidèle, c’est à dire immuable dans ces convictions pour garder une ligne éthique ?

3. Est-ce que le personnage de Camus qui navigue sur un océan particulièrement houleux pour traverser les évènements de son temps peut être accusé de manquer aux règles de base de l’éthique ?

4. Est-ce que cette caractéristique "flottante" entre l’amour de sa mère et de l’Algérie et ses attachements aux politiques de gauche et révolutionnaires ont nui à l’image qu’il a donné de lui-même, par rapport à la constance ou au dogmatisme pur et dur des idéologies en cours au 20è siècle ?