Ethique Info

Accueil > Société > Civilisation > Cannabis : terreur et culpabilité

Cannabis : terreur et culpabilité

mercredi 11 septembre 2013, par Picospin

On reproche à cette substance de générer des effets d’addiction ce qui a trop longtemps retardé son application à la médecine et fait fuir les plus raisonnables des médecins en raison du risque que comportent les substances dérivées de ce produit.

On peut se demander quel est le risque réel d’une substance devenue médication dont l’emploi est réservé aux maladies graves, aux pathologies neurologiques, voire au Sida ou autres atteintes aussi graves que celles survenant chez les personnes âgées, les candidats aux soins palliatifs ou aux algies rebelles survenant au cours de maladies d’une telle gravité que les risques encourus par l’absorption de cette drogue restent négligeables par rapport aux avantages qu’elle procure, au bien-être qu’elle installe et à la disparition des maux qu’elle assure par rapport aux dégâts psychomoteurs résultant de l’évolution des pathologies s’emparant des malades quand celle-ci font leur œuvre sur des corps fragilisés dont la résistance s’épuise à force d’être sollicitée. Le maniement de cette substance ne manque pas de poser problème quand on songe à la vulnérabilité potentielle des patients auxquels elle est soumise. N’oublions pas que la population française est caractérisée par l’étendue et l’intensité de ses états dépressifs, le aux de suicide incommensurablement plus élevé que dans celui de tout autre pays, toutes circonstances qui invitent à l’application du principe de précaution mais non à l’abstention thérapeutique et à une peur panique de l’action sous le regard ambigü de la peur de mal faire ou de détériorer une situation trop proche du déséquilibre. Ni l’autoculture de cannabis ni les produits artisanaux ne sont prévus par ce décret. L’une des premières mentions du cannabis se trouve dans un document médical chinois datant de 2 700 avant J.-C., qui décrit son usage dans le traitement de la goutte, de la malaria et des rhumatismes ". Le cannabis a été largement vendu comme antidouleur de 1845 jusqu’à 1885. Son profil était plus favorable que celui de l’opium, " car il engendrait moins d’effets secondaires, peu de signes de manque physique et coûtait moins cher " Pour les spécialistes de la sclérose en plaques (SEP), l’arrivée du Sativex est une bonne nouvelle. " Longtemps, la recherche s’est centrée sur la mise au point de traitements de fond, élégants et onéreux, visant à ralentir l’évolution de la maladie ; mais celle de médicaments symptomatiques, permettant de soulager les malades au quotidien était négligée. Beaucoup de patients nous confient qu’ils se procurent du cannabis pour lutter contre leurs contractures, et ce ne sont pas tous des fumeurs habituels de joints. " " Son efficacité est modeste mais significative sur la spasticité. Il semble aussi avoir des effets bénéfiques sur le sommeil, peut-être par la diminution des contractures. Le Sativex agit chez seulement 30 % à 50 % des malades, mais potentiellement dans toutes les formes de SEP " " Leur mode d’action étant non spécifique, il est probable qu’ils sont efficaces sur des contractures d’autres causes, lors d’une atteinte médullaire ou après un accident vasculaire cérébral par exemple, avance le professeur Moreau. Par ailleurs, il est possible qu’ils aient d’autres effets dans la sclérose en plaques, sur les tremblements et même sur la progression de la maladie. Ce rôle neuroprotecteur est à l’étude et commence à faire l’objet de publications. " Dans le domaine de la douleur, les effets les mieux documentés sont ceux sur les douleurs chroniques, notamment au cours des cancers, du sida ou de la fibromyalgie " Nous avons peu d’études en France, mais il semble que les médicaments cannabinoïdes soulagent les douleurs neuropathiques rebelles aux autres traitements et pourraient avoir une place. De nombreuses personnes n’auront pas accès à ces médicaments alors qu’ils peuvent agir sur les douleurs liées au cancer, à la dépression, à l’hyperactivité, et jouer le rôle de béquille pour l’alcool. Face à un risque et un danger largement sous-estimés comme ce fut le cas et c’est encore le cas envers le recours à la morphine contre les douleurs sévères et rebelles, il est sans doute temps de mobiliser le rationalité et la scientificité des éventuels candidats à l’utilisation des produits dérivés sans se réfugier dans une attitude qui relève plus de la superstition que de la rationalité et de la terreur devant des produits dont la réputation est d’autant plus catastrophique qu’ils portent avec eux les stigmates de la faute, de la culpabilité de l’homme, voire du thérapeute potentiellement accusé d’avoir utilisé de la drogue pour calmer, endormir, anesthésier un malade auquel on se doit de conserver la vigilance, la pleine conscience, quitte à endurer la souffrance.

Messages