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Catastrophisme énergétique

vendredi 17 décembre 2010, par Picospin

Tout le monde s’entendra à merveille, il n’y aura plus de disputes, de colère rentrée ou sortie, on pourra sortir tranquillement sans risque de fracture, d’entorse, de chute, de mauvaise rencontre avec des braqueurs ou tout autre groupe d’individus inspirés par l’appétit de l’argent facile.

Le gouvernement

Le cabinet en avait ainsi décidé, les ministres avaient déjà fait éteindre le chauffage pour économiser une énergie qui venait de faire des bonds au point de faire sauter les installations et d’électrocuter les réparateurs de lignes à haute tension. On avait réuni à la hâte mais en temps voulu les responsables de la gestion de l’état pour éviter que ne se reproduise la catastrophique impréparation observée à l’occasion de la récente vague de froid qui avait statufié les pères Noël et les personnages les plus célèbres et les plus célébrés des responsables à la tête de l’état. Des gardes armés jusqu’aux dents devaient surveiller les évolutions des piétons et des automobilistes aux points les plus chauds de la circulation. C’était au moins un point positif dans cette vague de froid au moment où on s’attendait à un réchauffement climatique. La météo avait été déclarée responsable sinon coupable des mauvaises dispositions prises par un gouvernement replié sur lui-même.

Météo incertaine

Il n’avait pas indiqué la minute précise où elle attendait l’arrivée des flocons de neige puis du gel par terre sur lequel commençaient à glisser les poids lourds et même légers qu’on ne cherchait même plus à extraire du sol. Les glissades se chargeaient de déplacer les véhicules immobilisés contre leur gré ce qui au moins pour une fois tenait du miracle puisque ces distances étaient parcourues gratuitement, sans l’ajout d’une quelconque énergie, fut-elle électrique. C’est au point que le maire de Paris se frottait les mains moins pour les réchauffer que pour se dire que décidément il n’aurait pas besoin de mettre en circulation les véhicules électriques de Bolloré pour les louer à la riche population parisienne puisque les inclinaisons du sol, les pentes et les douces descentes suffiraient à assurer les déplacements nécessaires aux habitants d’une cité moderne qui, comme le disait l’ancienne Ministre de La Santé était capable de vivre en autarcie. C’était enfin un parfait modèle de vie en commun, de solidarité ce dont avait besoin par ailleurs une cité qui avait montré parfois des difficultés à vivre ensemble, en harmonie, en rythme même lorsque plusieurs communautés tiraient un peu à hue et à dia pour avancer sur une voie qui n’était pas toujours commune et ne menait pas nécessairement au même but.

Pas de neige au rendez-vous

Ce qui devait arriver n’arriva pas. La neige ne tomba pas, le mercure se contractait plus qu’il ne se dilatait, une pluie douce et tiédie tombait d’un ciel sans flocons et les technocrates durent retirer leur plan pour en remettre l’application à plus tard, quand le blanc aura définitivement colorié les paysages. Après tout ne vaut-il pas mieux trop de préparation et de préparatifs que pas assez surtout à un moment où le sel manque et qu’il faut aller le chercher en Italie, sinon en Silésie ce qui rappelle de troublants et difficiles souvenirs. L’électricité, meilleure source d’énergie dans l’hexagone était aussi arrivée à un pic de consommation, confinant au manque ce qui obligeait les fournisseurs à aller la chercher aussi dans les pays européens limitrophes en attendant que le gaz de Russie ou d’Afrique ne vienne suppléer cette absence. Peut-être que grâce à ces échanges les relations diplomatiques, commerciales, politiques, économiques et personnelles iront en s’améliorant ce qui après tout compensera des dépenses énergétiques trop importantes susceptibles de mettre en danger l’équilibre de la balance commerciale.

Alarme

Encore un utile avertissement, une sonnette d’alarme qui aura sonné en temps voulu pour éviter le pire. Au moment où l’on en était arrivé aux conclusions et aux mesures à prendre pour éviter une nouvelle bévue, une souris échappée d’on ne sait quelle plainte passait par la salle de réunion. Intriguée par le nombre imposants de grandes et fortes personnalités présentes autour de la table, elle est tombée sur une grande chaussure féminine rouge dotée d’un très long et mince talon. A partir de là, elle remonta son museau très haut vers la tête de la propriétaire de cette œuvre d’art. Pour le malheur des uns et le bonheur des autres, elle était dotée d’une intelligence hors du commun due à son caractère transgénique. Cette particularité eut deux conséquences majeures. La première est qu’elle a pu reconnaître dans la personnalité de cette nouvelle cendrillon une grosse tête bien faite et bourrée de connaissances. La deuxième est qu’elle a entrevu derechef les immenses possibilités offertes par des glissades longue distance. C’étaient de considérables économies d’énergie qui allaient permettre de rééquilibrer le budget consacré aux énergies nécessaires à l’activation de la mobilité dans son pays.

Glissements

Si tout glisse, et si on peut désormais laisser aller tout mobile dans le sens de la descente, on va récupérer de l’énergie, celle que l’on appelle cinétique, quitte aussi à la récupérer pour la stocker, la transporter et l’utiliser ailleurs, là où elle fait le plus défaut à l’économie nationale. Grâce à cette découverte, elle avec sa tête également transgénique allait être décorée de plusieurs médailles et pourrait s’élever du bas du sol pour atteindre l’autre tête fabriquée autrefois par une des merveilles de la nation : une école supérieure, supérieure en tout ce qui lui conférait une supériorité indiscutable et indiscutée même si son corps restait relativement petit par rapport à son immense cerveau. Déjà aussi, elle entrevoyait l’occasion de servir à la reproduction même si son espèce n’était ni menacée ni sur le point de l’être. Elle pourrait ensuite voyager, voire du pays car propre à l’exportation ce qui une fois de plus arrangerait les affaires de sa patrie d’adoption appelée en anglais naturellement le « miceland ». C’est sur ces perspectives optimistes qu’elle s’endormit au pied de la belle et longue dame chaussée de rouge.