Ethique Info

Accueil > Culture > Chostakovitch décrit le siège de Leningrad

Aux pires moments de la guerre

Chostakovitch décrit le siège de Leningrad

alors que les cadavres jonchent le sol de la Perspective Newski

dimanche 16 août 2009, par Picospin

Les stagiaires se pressent chaque année dans de confortables hôtels situés à proximité de l’auditorium appelé « de la Roque » en souvenir de et en hommage à ce montagnard infatigable qui s’est donné coeur et âme à ces sommets et à cette région.

Sur les hauteurs d’un bel auditorium

Cet auditorium très coquet aux fauteuils confortables et profonds offre près de 400 places gratuites du 20 juillet au 20 août à raison de 3 séances hebdomadaires aux jeunes étudiants en musique et aux habitants de la région, logés dans de luxueux hôtels comme d’ailleurs les pensionnaires des stages musicaux qui peuvent profiter de l’exceptionnel rassemblement de professeurs de qualité, réunis à l’occasion des concerts donnés en trio, quatuor, comportant un ou deux pianos, harpes, clarinette, violons et violoncelles. La musique y est essentiellement classique avec très rarement de courtes incursions dans la musique de jazz. La salle de concert, d’une excellente acoustique est située à plus de 2000 m ce qui doit sans doute obliger les musiciens à s’accorder de nombreuses fois avant de trouver les harmonies appropriées.

Fin de saison

Une des dernières soirées de la saison était consacrée à une oeuvre majeure de Chostakovitch qui décrit les évènements douloureux de sa ville natale, à cette époque appelée Leningrad et qui eut à subir un siège de près de 4 ans au cours duquel régnait une terrible famine, et où les habitants souvent transformés en cadavres gisant dans la rue n’étaient même pas ramassés par les autorités chargés de cette difficile mission. C’est ce siège que le compositeur soviétique s’est efforcé de décrire à coups d’archers sévères et tonitruants pour alerter le monde de l’horrible situation vécue par des habitants affamés, mais qui refusèrent de se rendre aux envahisseurs nazis. Le compositeur lui, était atterré par cette situation d’autant plus que l’oeuvre qui a été exécutée ce soir avait été écrite en souvenir d’un de ses amis les plus proches dont l’origine juive est marquée dans l’oeuvre par des accents venus du fond des âges de la saga de ce peuple dont les relations avec les Russes et Staline n’étaient pas toujours au beau fixe.

D’excellents musiciens

Les musiciens du quatuor ont exprimé avec les accents dramatiques adéquats les évènements qui se sont déroulés dans la ville gelée assiégée et qui n’a jamais voulu se rendre aux hordes allemandes qui l’ont enfermée pendant un long hiver dans les pires conditions sanitaires, alimentaires, morales et d’isolement. Il est étrange et paradoxal que quelques années après cette époque héroïque, d’autres Russes appartenant à l’ancienne nomenclatura et depuis lors étroitement affiliés à la mafia se soient emparés de Courchevel pour y installer des sites de plaisir, de jeux, de trafics en tous genres et aient jeté leur dévolu sur les chalets les plus luxueux, les demeures les plus confortables, les hôtels les plus sophistiqués jusqu’à organiser, au grand dam de la population des fêtes joyeuses, des jeux de casinos très chers, tout ceci au milieu d’un luxe effréné à coups de vodka, caviar, fourrures s’exhibant devant une population médusée pourtant habituée à ces frasques de touristes.

Un personnage tourmenté et craintif

Le génial compositeur russe, terrifié par le régime soviétique et encore plus par le personnage paranoïaque de son « génial » Maréchal de l’Union Soviétique n’avait qu’une crainte, c’est qu’un jour, les impulsions irrationnelles du grand chef ne jettent leur dévolu sur la musique du créateur et exigent l’effacement des compositions du catalogue des oeuvres du compositeur et détruisent à jamais la mémoire, l’exécution et les partitions normalement vouées à une gloire éternelle, non seulement en hommage à l’invention de Chostakovitch lui-même, mais par delà à tout le peuple de la sainte Russie puis à celui, à moitié détruit de l’URSS sous la conduite miraculeuse du génial Père des peuples, le grand Maréchal Staline. Pour lui, la meilleure façon de se protéger d’éventuels revirements de la politique socialiste était d’entrer en son sein, là où on peut se blottir à l’ombre des forces obscures qui guident le pays et composer à sa guise à la gloire de la patrie rénovée et résistante aux assauts des forces du mal.

Concerts hexagonaux

Les concerts de l’été font d’excellentes moissons dans l’hexagone agricole qui offrent un terrain fertile non seulement aux tomates et au blé mais aussi aux combinaisons des sonorités présentées aux vacanciers sevrés toute l’année de musique et d’intonations séductrices. C’est ainsi qu’une bergerie du Larzac (www.festivaldularzac.com)organise des rencontres musicales dans la première quinzaine d’août en faisant appel à des musiciens plutôt bénévoles qui, en compensation ou en remerciement de leurs prestations acceptent de se contenter du minimum syndical pour des concerts exceptionnels pour leur originalité et leur qualité, la nouveauté de leur conception et la mise à l’écart des musiciens qui se refusent à jouer le jeu d’un collectivité unie par la passion de la musique, la liberté des échanges, l’empathie entre exécutants et le choix des oeuvres inscrites au programme. Une artiste ne dédaigne pas de parler de programmes affolants, de raretés qu’on n’entend nulle part ailleurs ce qui explique les motivations d’instrumentistes de haute qualité venus du monde entier sur ce plateau où « on vient faire de la musique car il n’y a que cela à faire ». Est-ce une raison suffisante ? "Assurément" répondent les artistes consommés qui s’y précipitent pour faire entendre ensemble l’unité de leurs instruments, l’accord de leurs harmonies et la fraicheur de leur invention.