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Retour de l’expressionnisme allemand ?

Cinéma : Quatre minutes de Chris Kraus

L’éloge de la folie ?

jeudi 7 février 2008, par Picospin

Tout est violent dans cette histoire plus que banale de pianiste surdouée, perdue dans une prison lointaine située nulle part et dont évidemment il n’est pas question qu’elle puisse s’évader.

Une soupe ?

On nous a préparé une soupe où l’on trouve de nombreux ingrédients qui ne suffisent pas à lui donner du goût mais seulement à nous la rendre indigeste. C’est la nausée qui nous guette la fin du film à force de coups donnés et pris, de blessures sur le visage, les mains et sans doute aussi l’âme. Seul le piano réussira à échapper à cette dilacération générale par le soin pris à le transporter dans une belle camionnette à travers des ruelles glauques dont on ne voit guère l’utilité dans ce décor si ce n’est pour le situer aux environs d’une prison dont on ne sait si elle sert exclusivement aux femmes ou si elle est mixte. Dans cette soupe dont on ne sait s’il faut la déguster chaude ou froide, on repère toute le gamme des légumes nécessaires à sa confection et les épices banales d’un plat indigeste. Ce que l’on sert c’est un succédané de mœurs, de musique, de passage du temps, de la relation enseignante enseignée, de psychologie sinon de psychiatrie qui a eu le bon goût, pour une fois, de nous épargner un cours de psychanalyse d’où l’on aurait pu extraire les raisons des comportements pathologiques à cause d’un ancien viol mal digéré, ce qui se comprend. Il y a aussi, sur fond de cette histoire pathologique sinon pathogène, la haine du père, très freudienne, le "transfert" sur la maîtresse de musique, le passé d’un nazisme d’Epinal qui se montre à travers de simples croix gammées et plus sérieusement par les séquelles comportementales des rares mâles qui peuplent ce monde de femmes.

Expressionnisme

On ne sait pour quelle raison le cinéaste a pris le parti de la laideur, d’autant plus visible qu’il a saturé les scènes de gros plans auxquels un spectateur moyen ne saurait échapper surtout si on lui montre à l’arrière plan une pendue qu’on a le plus grand mal à décrocher de sa corde. Dans ce décor complaisant pour le malheur, la misère et la folie ne reste bourgeois que l’Opéra de Berlin où se déroule le concours de piano qui sonne la libération de la musique sans que nous épargnée la fameuse dichotomie entre une musique dite classique qui plait au peuple et une « musique de nègre » qui n’inspire que répulsion et rejet. On a compris qu’il s’agissait de jazz et de racisme. Ces points sur les i et les croches étant mis, on peut enfin déguster l’impromptu de Schubert, oeuvre minutieusement choisie pour coller au personnage de Traude et dont la seule écoute sauve cette œuvre d’une médiocrité habillée par l’expressionnisme allemand en vogue dans l’après guerre de la Première Guerre mondiale. Son souvenir est reste imprégné dans la mémoire et la culture de Chris Kraus par les références aux motifs géométriques, la représentation des ombres et des lumières et la référence à la folie. Rappeler le passé oui, s’y vautrer non.

Questionnement éthique :

1. Est-ce qu’on peut parler de rédemption à travers les histoires conjointes de la maîtresse de piano se consacrant à l’enseignement en prison et l’attachement à la musique de l’élève surdouée ?

2. Est-ce que le mode de soins présenté dans ce film peut être considéré comme efficace si l’on considère qu’il s’agit d’une sorte de musicothérapie à laquelle on a attribué des vertus curatives ?

3. Faut-il voir dans chaque œuvre artistique un projet de signification éthique ?

4. Est-ce que les séquelles du nazisme peuvent être responsables des comportements pathologiques de certains êtres fragiles qui n’auraient pas les moyens de se raccrocher à la normalité par une fixation sur un objet intellectuel, artistique ou affectif ?