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Quels biocarburants ?

Circuler, manger ou mourir de faim ?

Est-ce une bonne idée de transformer l’alimentation en carburant ?

mardi 29 avril 2008, par Picospin

Les biocarburants sont sur le point de bouleverser la diplomatie mondiale en augmentant la pression sur les autorités du monde occidental pour leur signifier que ces nouveaux moyens de propulsion des moteurs de voitures ne constituent qu’un des facteurs susceptibles de conduire inexorablement à l’augmentation des produits alimentaires.

Des émeutes

L’évolution des prix a déjà conduit un certain nombre de ces pays à être submergés par des manifestations dures, des conflits internes et une instabilité politique du fait de la crainte d’avoir à faire face à de sérieuses difficultés de nourriture chez les pauvres. Ces troubles ont déjà conduit à la démission du Premier Ministre de Haïti alors que d’autres responsables politiques ont été saisis d’une grande nervosité à l’idée de devoir calmer les consommateurs les plus anxieux. La semaine dernière, lors d’une réunion à Washington, les Ministres des Finances et les présidents des banques centrales des sept nations les plus industrialisées ont appelé à une action urgente pour négocier les prix en flèche des carburants et des produits alimentaires. De nombreux spécialistes de l’agro-alimentaire ont estimé que la politique menée dans le domaine des biocarburants était mal conduite, en particulier celle de la transformation du blé en carburant qui n’a pas peu contribué à l’explosion des prix dans le domaine de l’alimentation. Les facteurs responsables de cette brutale hausse des prix n’est pas à mettre exclusivement au compte de l’opération de transformation en carburants car il faut y ajouter la contribution de la sécheresse qui, par les restrictions imposées aux récoltes a créé une hausse de la demande alimentaire. Pendant que les causes de la disette restent largement débattues, leur intervention dans le manque de nourriture est estimée au quart de l’augmentation récente des prix des denrées alimentaires affichés.

Une baisse significative mais non colossale

L’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture des Nations Unies a prévu que la production de biocarburants n’interviendrait qu’à hauteur de 10 à 15% dans la hausse des prix alimentaires. Si personne ne nie le rôle joué par les récents développements des carburants dans les transports, certains pensent que cette répercussion reste limitée et qu’il est facile d’en faire un bouc émissaire. On peut de la même façon accuser la sécheresse survenue en Australie qui a pu réduire les récoltes de blé et la demande croissante de viande en Chine et en Inde. Toutes ces discussions n’empêchent pas la formation d’un solide soutien aux biocarburants sans aucunement envisager l’impact de cette politique sur les prix alimentaires. Toutes ces palabres n’ont pas empêché la Banque Mondiale de conclure que les prix des produits alimentaires ont augmenté de près de 80% ces trois dernières années, et en particulier ceux du riz ce qui obligé de certains pays exportateurs à limiter leurs exportations pour protéger leurs habitants. La hausse subite des prix de la nourriture ne s’est pas limitée aux produits déjà cités mais a concerné également ceux des œufs et du lait. Cette situation a imposé au Président Bush l’initiative de promulguer une aide d’urgence pour prévenir une éventuelle disette en Afrique ou ailleurs. Il a recommandé à son gouvernement d’étudier les moyens de venir en aide à l’insécurité permanente résultant de la situation actuelle qui risque fort de mener à la pauvreté et à la famine.

Trop de blé, pas assez de riz ?

Est-ce que ces mesures d’urgence suffiront à équilibrer une situation qui se caractérise par la transformation du cinquième de l’éthanol disponible en carburants, conjoncture qui s’aggrave si l’on sait que les agriculteurs ont planté davantage de blé ce qui a réduit d’autant les disponibilités en autres graines comme le soja et diminué massivement la production d’huile de soja. La réaction en chaîne provoquée par le bouleversement dans les récoltes des produits agricoles s’est aussi répercutée sur des effets lointains comme ceux d’une augmentation de la déforestation en Asie su Sud est où les prix ont flambé. Devant une telle situation, beaucoup s’avèrent impuissants à réagir aux effets combinés de la sécheresse à la faim dévorante pour les protéines dans les pays en voie de développement. Le seul point sur lequel nous pouvons faire levier concerne l’éthanol mais malheureusement peu de politiciens ont le courage pour agir dans ce sens. Un des consultants pour ces problèmes agricoles a déclaré que les bouleversements survenus dans les prix agricoles ont concerné surtout ceux du riz et du blé dont aucun n’est réellement impliqué dans l’usage des biocarburants. Les deux récoltes l a demande est montée en flèche en même temps que la sécheresse a supprimé les productions de la ferme.

Visionnaires désespérés ?

Les visionnaires les plus pessimistes craignent l’extension d’une situation dramatique pour les prochaines centaines d’années car selon eux, si l’on assiste dès maintenant avec une population mondiale de 6 milliards d’individus à un début de famine, qu’en sera-t-il lorsque dans une vingtaine d’années la population du globe atteindra 9 milliards de personnes ?

Questionnement éthique :

1. Est-il certain que les biocarburants n’ont pas d’effets délétères pour la santé ?

2. Que signifie ce drôle d’échange entre alimentation et circulation des voitures, voire des poids lourds ?

3. La tentation ne pourrait elle pas être grande pour les autorités de supprimer des forêts pour les remplacer par des plantations agricoles destinées à la production de biocarburant ?

4. Que penser du fait que l’OCDE s’inquiète de l’envolée des prix dans le domaine alimentaire ?

5. Comment résoudre les problèmes de l’approvisionnement en eau de l’Inde et de la Chine qui auront du mal à répondre aux besoins alimentaires d’une population croissante ?

6. L’agence des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) a déjà mis en garde contre les dangers potentiels des agrocarburants pour l’environnement et l’alimentation mondiale. Que signifie cette démarche ?

7. Le rapporteur de l’ONU pour le droit à l’alimentation, a annoncé qu’il était favorable à un moratoire de cinq ans sur la production d’agrocarburants, car il s’interroge sur le risque d’une aggravation de la faim dans le monde ce qui a pour corollaire d’attendre l’amélioration de nouvelles techniques (biocarburants à partir de cellulose, de jatropha, etc). Que penser de cette interrogation ?


Sources :
The New York Times
April 15, 2008
News Analysis
Fuel Choices, Food Crises and Finger-Pointing
By ANDREW MARTIN