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Civisme ou dénonciation ? (suite)

jeudi 16 août 2007, par Picospin

De la dénonciation à la délation : quelles différences et quels résultats ? On connaît la réticence des personnes à dénoncer leur voisin pour des soupçons qui pourraient ou auraient pu peser sur lui ou sur elle. Cette attitude, pour être générale, était moins populaire en France que dans d’autres pays d’obédience anglo-saxonne.

Une société divisée.

Pour quelles raisons la première hypothèse envisagée est que dans le premier pays, il s’agit d’un acte répréhensible. Pourquoi ? la première raison en pourrait être que son histoire a été émaillée d’actes de cette nature qui ont directement conduit les personnes victimes de cette désignation comme des voyageurs forcés de Drancy à Auschwitz suscitant l’opprobre des résistants et tout simplement des gens plus vertueux. La deuxième raison est contenue dans la morale de type protestant où les bienfaits d’une attitude doivent se être adressés au plus grand nombre, à ceux qui le méritent, quitte à commettre des erreurs par excès. Au regard de la masse, ces dommages collatéraux ont peu d’importance, comparés aux bénéfices que la société peut retirer d’un comportement responsable qui permet de mieux séparer le mauvais grain de l’ivraie. Sous l’influence de tels exemples, l’attitude des ressortissants adhérant à la culture français est en train de se modifier.

Répression ou culture

Il ne s’agit plus de réprimer des agissements de dénonciation mais de les cultiver et de les encourager pour le bien de tous. Le meilleur exemple vient d’en être donné par le résultat rapide obtenu dans un processus de dénonciation pour retrouver un pédophile récidiviste soupçonné d’avoir enlevé un jeune garçon de 5 ans. Les pouvoirs publics ont encouragé la population à désigner à l’attention des autorités de police toute personne soupçonnable d’avoir été impliqué dans ce crime. Une véritable dénonciation, suscitée par l’opinion publique qui a préféré apprivoiser le corbeau plutôt que de le chasser à coups de fusil. En l’occurrence c’était un paisible chauffeur de taxi qui, ayant repéré le suspect, s’est employé à le désigner à la vindicte populaire en prévenant la police tout simplement. La nouveauté dans cette affaire c’est que ce sont les autorités officielles dûment mandatées et unanimement approuvées par la société qui ont diffusé les informations nécessaires à repérer et pourchasser l’individu dans le but louable de le soustraire à la communauté pour l’empêcher de continuer à nuire.

Le corbeau, cet oiseau si intelligent !

Un tel comportement venant à la fois de la police puis des juges et des jurys populaires aurait autrefois suscité des réactions hostiles pour la simple raison qu’on ne désigne pas à la vindicte populaire des malheureux, des malades, des patients en puissance porteurs de dérives du comportement sexuel et qui relèvent de ce fait davantage de soins psychiatriques que d’un retour immérité en prison. Cette opinion est partagée par la majorité des citoyens des pays du Nord. Ils adhèrent aux valeurs du civisme pour le bien de la communauté à laquelle ils appartiennent au lieu de donner la priorité au silence, à l’acte vertueux pour eux de ne pas dénoncer mais de respecter toute personne quelle qu’elle soit qui protège par « l’omerta » la vie privée de l’individu même si elle déborde dans le domaine public pour y créer des perturbations et des injustices.

Un débat éthique et responsable ?

Il y a là un débat éthique entre vie privée et vie publique dont certains prolongements débordent du cadre de la première pour déborder sur la seconde ne serait-ce que par l’intermédiaire des medias qui sont les grands accusés des méfaits de tous ordres qui interviennent dans la société et contribuent à la gangrener. Que n’a-t-on dit au sujet des affiches américaines placardées sur les troncs des arbres dans les villages montrés dans les films dits « western » où tel bandit, tel justicier au grand cœur, tel redresseur de torts est recherché par le sheriff offrant une coquette somme pour que le perturbateur soit retrouvé et remis entre ses mains. La pratique de la dénonciation n’a cessé de se répandre à mesure que les régimes totalitaires s’emparaient du pouvoir dans les états fragiles et ne le conservaient qu’à condition d’appliquer strictement et généreusement cette clause. La voici qu’elle se trouve à nos portes ne serait-ce qu’au niveau des instances les plus élevées de l’état où des têtes tombent moins sous les balles des adversaires que sous celles des mots, des insinuations verbales ou écrites, des phrases incendiaires qui séparent les meilleurs amis pour rejeter dans l’obscurité les noms les mieux éclairés.

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