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Climats

mardi 21 août 2007, par Picospin

Ce fut un célèbre roman de André Maurois publié en 1928. Maintenant c’est un sujet de discussion qui conduit à l’Apocalypse. Y a-t-il un véritable changement de climat dans le monde ? D’aucuns l’affirment en particulier ceux qui ont une opinion catégorique sur la question. Pour eux, la science de la matière est définitivement établie et tous ses problèmes sont résolus. Les effets de serre sont maintenant incontestables ce qui produit le réchauffement de l’atmosphère à un degré tel que des périls majeurs menacent notre existence.

Quels faits ?

Ce fait étant établi, seul un charlatan pourrait proclamer le contraire. Un des apôtres de ces croyances est assurément Al Gore. Pour lui il n’y a aucun débat à organiser à ce sujet. Ce qui nous reste à faire est de considérer ce phénomène comme une véritable urgence et une évidence qu’il n’y a guère lieu de discuter. Notre homme est habitué à de telles proclamations. C’est ce qu’il a fait à propos de ses déclarations sur la création de l’Internet qui ne sont guère conformes à la réalité. Les scientifiques et autres gens sérieux qui contestent la réalité du réchauffement global ne sont pas faciles à trouver. C’est ainsi qu’une soixantaine d’entre eux n’ont pas hésité à écrire au Premier Ministre du Canada pour le sommer de faire une déclaration sur les développements récents de la climatologie et d’ouvrir une discussion sur la réalité d’une prochaine catastrophe du climat dont l’humanité serait la cause.

Des Cassandre ?

Cette lettre insiste sur le fait que les résultats des observations actuelles sur le climat ne confirment en rien les résultats tirés des modèles mathématiques de la science de la climatologie. En effet, cette dernière est trop récente pour être considérée comme entièrement fiable. Des années peuvent encore nous séparer du moment où nous aurions acquis une compréhension complète des changements climatiques. Parmi les signataires de cette lettre, qu’il nous suffise de citer celle de physiciens de haut niveau, de chercheurs éminents dans ce domaine travaillant au Canada, aux Pays Bas, aux Etats-Unis, à Princeton, à la NASA et autres institutions. Des leaders d’opinion célèbres n’hésitent pas à déclarer que s’il est vrai qu’existe actuellement une tendance au réchauffement, ce n’est pas une raison suffisante pour que nous soyons obligés d’en débattre agressivement. Affirmer que tout changement de climat dans notre monde serait une mauvaise nouvelle c’est considérer que nous bénéficions actuellement du climat idéal. La température de la planète n’a cessé de se modifier au cours du temps. Est-ce une raison suffisante pour penser qu’il est du pouvoir des hommes d’assurer le maintien d’un climat constant ?

Opinions unanimes ?

Quelle est l’opinion qui prévaut actuellement sur ce sujet sensible ? A une question posée à des spécialistes de cette problématique en 2003, en particulier sur la responsabilité de l’homme dans les variations climatiques actuelles, les réponses ont été mitigées dans la mesure où le score moyen entre 1 et 7 a été de 3,62 ce qui signifie qu’aucun consensus clair n’a pu être dégagé. De même, aucun accord n’a pu intervenir sur la question de savoir si le climat est susceptible de provoquer des dévastations ou si au contraire il peut s’avérer bénéfique pour certaines sociétés comparées à d’autres. De même la plus grande diversité d’opinions règne parmi les spécialistes pour prévoir puis déterminer l’élévation du niveau des mers dans une centaine d’années. Pourquoi cette constante révision des connaissances ?

Progrès de la science

Surtout en raison de l’amélioration considérable du nombre et de la qualité des données et des informations sur ces sujets. Certains commentateurs ajoutent que ce n’est pas parce que l’on comprend un mécanisme que l’on peut prévoir l’étendue de ses effets. A l’appui de ces imprécisions, qu’il suffise de se référer à la découverte toute récente que ce n’était pas 1998 l’année la plus chaude aux Etats-Unis mais bien 1934. Cette erreur récemment redressée a été l’ouvre d’un statisticien canadien de la NASA qui a découvert le pot aux roses, c’est-à-dire l’omission d’un enregistrement en raison de sa disparition accidentelle sur les statistiques. De nombreux chercheurs sont encore en train de recenser les chiffres concernant les variations des climats dues à des facteurs naturels. Ceux qui s’intéressent aux effets de serre ont tout simplement laissé de côté jusqu’à maintenant ce qui arrive normalement et naturellement au climat. Les chercheurs sont particulièrement novices dans l’art des prévisions et n’en sont qu’à leurs premières estimations grossières sur une période de temps assez longue en s’appuyant sur leur connaissances de faits actuels. Il s’agit bien de la première estimation, et non de le dernière. Nous avons encore de beaux jours de tentatives et d’erreurs devant nous. Quoiqu’en pense M. Al Gore, le débat est loin d’être clos.


Jacoby Jeff : The jury is still out.
International Herald Tribune : 21.08.2007

Ethique :
1. Est-il éthique d’alarmer l’opinion publique sur les risques et dangers des prévisions climatiques ?
2. Est-il scientifiquement honnête de lancer des alertes qui risquent de précipiter certains êtres fragiles dans le découragement, le pessimisme, sinon le désespoir ou de les inciter à prendre des décisions erronées ?
3. Peut-on admettre que les campagnes d’intimidation sur l’évolution du climat sont liées à des causes d’ordre commercial ?
4. Doit-on réfléchir sérieusement aux personnes ou groupes de pression susceptibles de bénéficier des alertes émises sur la dangerosité du climat ?