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Clotûre des Forums sur les Lois de Bioéthique

Ce matin à la Maison de la Chimie

mardi 23 juin 2009, par Picospin

Il y avait foule ce matin et du beau monde dans le décor impressionnant de la Maison de la Chimie, rue Saint Dominique à Paris. Le gotha du tout Paris de l’éthique se trouvait là, autour des personnalités les plus célèbres de cette spécialité de la médecine, située quelque part entre la philosophie, les sciences, l’art de la discussion et l’agitation des grands problèmes existentiels. Ne manquaient que Axel Kahn, grand éthicien et savant, président de l’université Paris 5 et Jean Pierre Changeux, tous deux échappés de l’enceinte la plus élevée du CCNE, autorité morale suprême en matière de sciences de la vie. On voulait voir aussi la Ministre de la Santé avant le remaniement ministériel, la retransmission des débats par la chaine parlementaire. Le député Jean Léonetti, dans son introduction, a évoqué l’importance du débat citoyen, a insisté sur le fait que l’humain n’était pas une marchandise et que de ce fait il ne pouvait vendre ses organes quel que soit le prix proposé par un éventuel acheteur. Le site internet ouvert à l’occasion de ses débats a déjà recueilli un succès considérable si l’on en juge par le nombre élevé des réunions dans chaque ville de province comme Marseille, Strasbourg ou Rennes, les multiples contributions individuelles et les projets de missions parlementaires accompagnées par des experts pour chasser les appréhensions, repousser les préjugés et éclairer et apprivoiser les débats.

Interpellations

La découverte scientifique interpelle pour réduire au minimum les fautes politiques, sinon les erreurs morales. Car l’éthique est avant tout un questionnement qui nécessite d’être formulé avec humilité dans le cadre d’un débat de société dans lequel viennent s’immiscer les missions parlementaires, les opinions du Conseil d’Etat, de l’Académie de Médecine dans la mouvance d’une démocratie participative. Les enjeux de ces rencontres visent les débats de tous, le respect des règles de l’éthique de la discussion dans une société devenue rapidement multiculturelle pour faciliter la compréhension des pratiques et permettre un clair cheminement de l’éthique au droit. Le caractère impératif de cette bioéthique participe de la déontologie, de l’histoire des expérimentations humaines qui ont entrainé à leur suite tragique, dès 1927 la nécessité de réagir par la loi dans le cadre d’une culture éthique promue par la France qui a compris avant les autres la nécessité de jouer une symphonie bioéthique dans une société solidaire qui se devait de vivre et travailler ensemble en établissant une politique de santé. Par ailleurs, les Comités d’Ethique ont entre autres la mission de développer cette culture éthique ce qui devient d’autant plus impératif qu’elle se nourrit des problèmes survenant dans les démocraties fragiles. Une aide notable est apportée par les moyens d’information modernes comme les sites Internet qui facilitent l’installation du citoyen dans l’opinion, développent sa connaissance, lui font suivre l’actualité dans la mesure où il peut participer aux évènements, suivre les efforts de pédagogie par la vulgarisation, se pencher sur les efforts d’amélioration des sites et exciter sa curiosité envers les nouveautés scientifiques.

Utilité des sites Internet

C’est à ces conditions que l’expression étant favorisée le site Internet devient le miroir de la société et des sociétés qui se joignent à la première sous formes de familles, témoignages personnels, groupes religieux, sociétés savantes. Le Président du Comité Consultatif National d’Ethique, le Professeur Alain Grimfeld insiste sur les avantages du débat contradictoire, l’installation du premier Comité en 1983 avec les espaces de réflexion, les débats publics, les propositions pérennes, toutes sections à la disposition des parlementaires pour réfléchir au bien commun, informer la population, souligner l’utilité des techniques, les aléas de la compétition scientifique auxquels doivent être associés citoyens et experts pour les comprendre et si besoin en neutraliser les effets. Ainsi les professionnels de la Santé bénéficient d’un espace ouvert à la discussion sur les soins, dans une société solidaire, dans laquelle la structure collégiale joue le plus grand rôle et où la thématique relative à l’homme, au malade devient très forte. Une nouvelle mouvance œuvre ainsi dans une logique démocratique qui entraine avec elle une formation et une éducation indispensables à l’aide de débats plutôt que d’éducation même si l’Éthique est surtout un questionnement permanent dans lequel la priorité est accordée à la philosophie et à la science. Passer à une autre étape qui est celle de la loi permet de sortir des rapports et recommandations pour aborder la loi et ses applications qui ouvrent la voie à l’atteinte de l’homme qui reste le but essentiel sinon exclusif de ces démarches.

Chercher la vérité

C’est à ce carrefour, qu’on peut envisager et espérer faire un bout de chemin avec l’autre pour chercher la vérité. La principale de ces dernières est la non marchandisation de l’homme ce que souligne le souci d’éthique et de justice dont l’encadrement par les principes reste indispensable pour respecter et faire respecter la loi qui les encadre. Cette dernière protège et garantit la liberté pour éviter les excès consécutifs au mélange du rationnel et du raisonnable, les entorses à la dignité, la prégnance des valeurs humanistes et les atteintes aux vulnérables. Le représentant du Conseil de l’Europe rend hommage à l’exception française dont la démarche va le plus souvent du général au particulier à partir d’une réflexion pluraliste basée sur un véritable dialogue ce que tous les pays n’ont pas réussi sans doute en raison de l’absence de tradition juridique véritable comme celle de la France qui promeut la dignité de l’âtre humain, le consentement éclairé, le droit de savoir ou de ne pas savoir, l’autonomie et la protection des vulnérables, l’équité pour l’accès aux soins, l’authenticité de la volonté individuelle.

Lacordaire fait l’unanimité

Pour terminer, il cite une phrase de Lacordaire qui dit en substance que « la liberté opprime, la loi libère ». La matinée se termine par les conclusions de la Ministre de la santé qui insiste sur le caractère indispensable de Forums de la Bioéthique, la nécessité de l’information aux citoyens pour qu’ils se déterminent en conscience, face à la technicité, dans un véritable mouvement dialectique qui clarifie la volonté des citoyens de s’approprier leur destin de santé et d’environnement, par l’intermédiaire d’une conscience collective des enjeux, un questionnement permanent qui peut avoir la force d’une valeur, si l’on tient compte de l’hypothèse que l’éthique ne se négocie pas. Le pacte républicain tient compte de l’intérêt général et particulier pour faire aboutir un projet commun dans la cadre d’un pacte social qui comporte les mêmes droits pour tous. Si la fermeté doit diriger les principes, la nuance doit présider à leurs solutions. Nul doute que ces données permettront d’aborder l’examen des lois puis leur réexamen à la demande dans la fierté de la mission accomplie.

Questionnement éthique :

1. Comment est accueillie l’initiative d’un débat citoyen sur les grandes questions de l’éthique médicale avant la révision de ses lois ?

2. Est-ce que cette participation démocratique est bien adaptée aux problèmes débattus ?

3. Comment ont été ressentis les débats portant sur les grands sujets de la bioéthique moderne comme l’Assistance Médicale à la procréation, les recherches sur les cellules souches encore interdites récemment aux Etats-Unis sous l’ère Bush, ou la médecine prédictive ?

4. Avez-vous le sentiment que le recours à ces débats populaires entre citoyens, experts, patients, familles améliorent la connaissance des plus profanes et rendent leur attitude plus souple, moins tragique, devant les fléaux de santé et le caractère novateur des nouvelles technologies ?


Voir en ligne : Etats généraux de la Bioethique