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Un émissaire déguisé en cochon ou en bouc ?

Cochonnerie de grippe

Peut-elle s’arrêter aux frontières ?

lundi 4 mai 2009, par Picospin

Cette terminologie devenait étroitement corrélée à celle du principe précaution qui intéressait d’emblée la horde des groupes et individus impliqués dans l’organisation de la société, la rédaction des lois, décrets et arrêtés en raison de la circonférence du parapluie que l’on est autorisé à déployer pour se protéger davantage des risques imposés par la législation que par les gouttes susceptibles de tomber du ciel lorsqu’il pleut.

Protéger ?

Le dernier exemple du déploiement d’une telle protection par le législateur est celle qui a trait à la mise en place des mesures considérées comme nécessaires à la prévention de l’épidémie du virus grippal éclos quelque part au Mexique et responsable depuis lors davantage d’une panique ayant saisi aéroports et transports maritimes que d’un effet réel sur les populations. Grippe porcine dit-on de cette calamité relayée par un pays pauvre sis à côté d’un autre plus riche et qui semble apte à traverser les frontières plus facilement que n’importe quel passeur ou transporteur de drogues sinon d’être humains au bord de l’abîme dont la trajectoire finale se confond trop souvent avec une incursion définitive au fond des mers. Qui n’a vu dans ces naufrages la marque de boucs émissaires amaigris et noirâtres vautrés dans les immondices de leur habitation provisoire, antichambre d’un destin tragique pour un animal considéré comme intelligent mais dont l’habitus n’incite guère à la reconnaissance de cette qualité. Devant une menace aussi précise, certaines autorités proposent et disposent de mesures rigoureuses pour protéger une population fragilisée par la sous alimentation ou son contraire, l’obésité quand ce n’est pas le vieillissement, tare prédominante d’un occident qui porte bien son nom puisque aussi bien le soleil s’y couche à l’instar des habitants qui y vivent pour s’approcher en masse de leur fin, faute de n’avoir pas prévu assez tôt – ne serait-ce que par précaution – le renouvellement des générations. Une fatigue, un enthousiasme en extinction, une joie de vivre à la dérive ? Le retrait précoce du divin ? On ne sait pour quelle raison précise, le monde, de ce côté de l’horizon est désenchanté plus qu’ailleurs.

Crépuscule

C’est dans ce crépuscule qu’on voit apparaître une fois de plus non le cochon, animal interdit à la consommation, mais son envoyé spécial, le bouc émissaire chargé de racheter la faute, celle que personne n’a commise mais qui flotte comme bactérie ou virus dans un ciel voilé, obscurci par la rumeur, le paganisme sinon son contraire, la religiosité supposée sauver le monde. Dans cette démarche, il faut trouver une cible à immoler, une persécution à achever, un substitut à sacrifier pour purifier, nettoyer la création de ses fiascos, de ses revers, de ses inachevés. De la sorte, la voie est ouverte pour que les désirs se différencient, avant que ne se profile la menace d’une fissuration de l’unité sociale, selon le mot de René Girard. Est-ce que quelque part au Mexique, tout près de sa frontière avec le grand et riche voisin américain s’élabore une catharsis collective là où tentent de passer vers le paradis ou l’enfer les rescapés de la misère, ne s’élabore pas la violence fondatrice d’une collectivité en cours de sauvetage par le sacrifice du cochon, objet des interdits de l’impureté ?

Cochons ou volatiles ?

Qu’en aurait-il été si les volatiles incriminés dans la précédente pandémie avaient contribué à diffuser encore plus extensivement et plus profondément les miasmes d’une grippe dont on souligne actuellement, peut-être tardivement la gravité comme l’avait été la fameuse épidémie dit espagnole qui avait fait plus de victimes par ses gouttelettes que toute la guerre de 14 par ses obus, y compris celles de la fameuse grosse Bertha ? En attendant que les autorités internationales et nationales se décident enfin à mettre au point une politique commune au moins aussi efficace potentiellement que celle de la PAC, il est urgent d’attendre car nul ne sait encore quels chemins, quels labyrinthes va emprunter le virus pour attaquer le fragile vivant que nous sommes au delà de ses défenses les plus renforcées, son immunité la mieux acquise et ses lymphocytes les mieux entrainés ? Les savants en débattent, les sages en discutent, les politiques d’une voix mal assurée espèrent que l’orage va passer en attendant l’éclaircie.

Questionnement éthique :

1. Quelles sont les conditions de la conduite d’une enquête épidémiologique menée selon les règles éthiques ?

2. Comment peut-on envisager la constitution des registres sans une surveillance et le contrôle d’organismes tels que la CNIL ?

3. Quelles sont les conditions indispensables à la conduite rigoureuse d’une action collective de prévention efficace comme celle d’une vaccination ?

4. Quelle réflexion mener sur la contradiction entre action collective de prévention pour une société qui revendique le droit de se protéger et le droit des individus qui la composent à faire respecter leur liberté ?