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Quels risques d’attraper la grippe ?

Combien de chances Blaise Pascal avait-il d’être infecté par la grippe ?

Qu’en dirait Blaise Pascal ?

mercredi 9 septembre 2009, par Picospin

Il y avait même des hommes politiques, fiers de leur importance et de leurs responsabilité de décideurs qui renvoyaient la balle à leurs collègues dits « scientifiques » qui étaient mis en demeure de s’arrêter sur des chiffres définitifs capables de traduire en statistiques et en pourcentages les effets attendus sur la population des dégâts capables d’être produits et apportés par la grippe actuelle.

La science des probabilités

Pour cette estimation, il existe une science – même si certains la considèrent comme approximative – qu’on appelle le calcul de probabilités capable d’estimer et de prévoir la fréquence des malades éventuellement atteints par la maladie. La probabilité d’un événement est un nombre réel compris entre 0 et 1. Plus ce nombre est grand, plus le risque (ou la chance, selon le point de vue) que l’événement se produise est grand. Si on considère que la probabilité qu’un lancer de pièce donne pile est égale à 1/2, cela signifie que, si on lance un très grand nombre de fois cette pièce, la fréquence des piles va tendre vers 1/2, sans préjuger de la régularité de leur répartition. A l’origine, dans les traductions d’Aristote, le mot "probabilité" ne désigne pas une quantification du caractère aléatoire d’un fait mais l’idée qu’une idée est communément admise par tous. Ce n’est que au cours du Moyen Âge, puis de la Renaissance autour des commentaires successifs et des imprécisions de traduction de l’œuvre d’Aristote que ce terme connaitra un glissement sémantique pour finir par désigner la vraisemblance d’une idée.

Théologie morale

Au XVIe, puis au XVIIe siècle, c’est ce sens qui prévaut en particulier dans le probabilisme en théologie morale. Il faudra attendre le milieu du XVIIe siècle pour que ce mot prenne son sens actuel avec le début du traitement mathématique du sujet par Blaise Pascal. Ce n’est qu’au XIXe siècle qu’apparait la théorie moderne des probabilités en mathématiques. Le premier usage du mot probabilité apparait en 1370 avec la traduction de l’éthique à Nicomaque d’Aristote. "Sont probables les opinions qui sont reçues par tous les hommes, ou par la plupart d’entre eux, ou par les sages, et parmi ces derniers, soit par tous, soit par la plupart, soit enfin par les plus notables et les plus illustres" Ce qui rend une opinion probable chez Aristote est son caractère généralement admis.

Cicéron s’en mêle

Ce n’est qu’avec la traduction par Cicéron des Topiques d’Aristote, qui traduit par probabilis ou par verisimilis, que la notion de vraisemblance est associée à celle de "probabilité" ce qui aura un impact au cours du Moyen Âge puis de la Renaissance avec les commentaires successifs de l’œuvre d’Aristote. La doctrine de la probabilité, appelée probabilisme, est une théologie morale catholique développée au cours du XVIe siècle sous l’influence des jésuites. Avec l’apparition de la doctrine de la probabilité, ce terme connaîtra un glissement sémantique pour finir par désigner le caractère vraisemblable d’une idée. Cette théologie morale considère que "si une opinion est probable, il est permis de la suivre, même si est plus probable l’opinion opposée". Cette théologie morale cherche à définir quelle action entreprendre quand il existe un doute sur la meilleure action à entreprendre.

Relativisme moral

Cette théologie morale a été très critiquée comme introduisant le relativisme moral, en particulier par les jansénistes et par Blaise Pascal, qui sera l’un des fondateurs du traitement mathématique des probabilités. Au cours de l’émission de télévision dont on vient de parler, il a été moins question du développement et de la véracité du calcul des probabilités que des responsabilités très lourdes, presque insupportables qui pèsent sur les décideurs que seraient en définitive les hommes politiques car ils n’ont pas droit à l’erreur. S’ils en font trop, ils risquent d’être accusés d’avoir dilapidé les fonds publics et d’avoir apporté la panique dans la population, s’ils n’en font pas assez, ils peuvent être accusés de négligence et coupable à cet égard de n’avoir pas pris les précautions indispensables pour faire face à une éventualité possible, qui risque toujours de se transformer en probable sinon certaine.

Responsabilité

A côté des probabilités, notre esprit est resté constamment sous la pression de la responsabilité, chère à Hans Jonas et dans la suite à celle du principe de précaution, accusé actuellement et de plus en plus souvent, de freiner la recherche scientifique en raison de la nécessité de prendre des risques pour obtenir un résultat significatif. Il va de soi que lorsqu’il s’agit d’expérimentation humaine, le risque devient si important et peut avoir des conséquences si graves qu’il est nécessaire de recourir à de sérieux garde-fous pour éviter d’aboutir à des catastrophes susceptibles d’impliquer des conséquences lourdes, sinon incalculables pour des cohortes d’êtres humains, sinon de générations futures. On s’est finalement quitté sur un relatif constat d’échec devant l’impossibilité de parvenir à une conclusion raisonnable, équilibrée, rationnelle, objective qui ne mette pas en jeu la vie de générations mais au contraire soit capable de les protéger des risques « raisonnablement » prévisibles en fonction des données actuellement existantes.

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