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Carburant trop cher, mer vide, pêcheurs au chômage ?

Comme on ne peut fabriquer du poisson artificiel, que doit-on faire devant une mer vide ?

A trop pêcher, on est puni...!!!

vendredi 23 mai 2008, par Picospin

En Bretagne, des groupes de 80 pêcheurs ont dévalisé les rayons de plusieurs supermarchés et hypermarchés à Saint-Brieuc, dans les Côtes d’Armor, à Quimper et Pont-L’Abbé. Ce type d’opération contre la grande distribution a aussi eu lieu à Arcachon, où une vingtaine de pêcheurs ont vidé les poissonneries de trois supermarchés et distribué gratuitement la marchandise. Une même action a eu lieu à Outreau, où 70 pêcheurs ont pillé la poissonnerie d’un supermarché. Ils ont pris du poisson, surtout surgelé et ont tout distribué gratuitement aux clients dehors a-t-on indiqué. En Bretagne, les ports de Saint-Quay-Portrieux, Saint-Malo, Lorient et Le Guilvinec restent bloqués.

Des pêcheurs en colère

Bien qu’ils aient voté la reprise du travail jeudi, les marins pêcheurs de Roscoff et de Paimpol, ont décidé de rester à quai jusqu’à nouvel ordre, par crainte de représailles d’autres ports. Dans le nord-ouest, des marins-pêcheurs ont perturbé l’accès des camions dans une raffinerie près du Havre et bloqué des dépôts à Caen et à Ouistreham et distribué, comme à Quimper, du gazole prélevé dans une station service d’un hypermarché. A Dieppe, le blocage du port transmanche entamé lundi et qui empêche tout mouvement de ferries avec la Grande-Bretagne a continué jeudi, car les manifestants ont reconduit le mouvement f aute de pouvoir contrôler la situation. Les pêcheurs ont levé jeudi soir le blocage des deux dépôts de carburants à Caen et averti que d’autres actions « flash » auraient lieu au cours des prochains jours. Les accès aux deux dépôts qui approvisionnent la Basse-Normandie étaient libres en début de soirée. A Marseille, les pêcheurs ont à nouveau bloqué pendant quelques heures les accès à plusieurs dépôts pétroliers des Bouches-du-Rhône, avant d’être délogés par les forces de l’ordre. Face à cette grogne persistante, le ministre de la pêche, Michel Barnier, a annoncé jeudi qu’il « s’engageait solennellement » à une mise en oeuvre « extrêmement rapide » des mesures d’aide à la profession annoncées la veille et qui seraient d’un montant de 110 millions d’euros pour 2008.

Que dit la Commission européenne ?

La Commission Européenne a annoncé son intention d’être vigilante à propos de ces mesures, laissant planer un doute sur leur mise en application. Il n’est pas superflu de citer les réactions de la population à ces manifestations de mécontentement dont le risque de généralisation à d’autres corporations mérite d’être considéré. Cette évolution n’a pas échappé aux représentants du gouvernement qui cherchent désespérément à calmer les esprits et à éteindre un feu qui pourrait bien s’étendre à d’autres corporations tout aussi touchés par le hausse inconsidérée du carburant. Oui Sarko a eu raison de donner un coup de pouce aux pêcheurs car leur travail est autrement plus dur et aléatoire que celui des fonctionnaires, par exemple....écrit un lecteur qui ajoute «  Mais où ira-t-il chercher les fonds nécessaires ? Pas dans la poche du contribuable s’il vous plait ! Qu’il aille voir du côté des intermédiaires. C’est valable pour le porc comme pour le poisson ! Que se passe-t-il dans les autres pays ? En économie libérale, il faut laisser le marché se restructurer ! Une aide ne fait que retarder la réorganisation d’une profession. Avant les pêcheurs, les taxis, après les pêcheurs, les routiers, ensuite les transports par mer, par air, les médecins, etc... ; ce qui se passe ne fait que préfigurer le futur, avec les années d’abondance derrière nous et le "peak oil" en vue. Au pied du mur, nous y sommes. Quand allons-nous comprendre, en France, qu’on ne peut se tourner éternellement vers l’Etat (nous tous en finalité) pour régler les problèmes ? » Autre son de cloche : les pêcheurs sont certes très pénalisés par le prix du gas oil, mais tous les Français le sont également à un titre ou à un autre.

Des réactions contradictoires

Au lieu de vandaliser l’outil de travail d’autres travailleurs, il serait plus judicieux, pour les pêcheurs, de commencer à envisager à utiliser des carburants de substitution pour leurs bateaux. Un secteur est victime de la hausse des cours d’une matière première, il fait pression sur les pouvoirs publics, prend en otages les autres catégories... et obtient satisfaction, sans prendre conscience que la restructuration de la profession aurait due être envisagée auparavant. La France est vraiment le pays de la courte vue. Le drame, c’est que demain d’autres secteurs vont emboîter le pas, puisque tout est possible en descendant dans la rue....Ce qui est dramatique, voire honteux, c’est que les acteurs de la distributions du poisson, grossistes et détaillants, doivent déjà payer une taxe de 2% de leur CA pour financer la hausse du pétrole, afin que les pêcheurs payent leur gasoil aux alentours de 0,40 €. Que les pêcheurs ne soient pas contents, ok, mais qu’ils bloquent l’approvisionnement d’hydrocarbures et fassent pression sur les grossistes pour qu’ils ne s’approvisionnent pas à l’étranger, c’est inadmissible. Et ces pêcheurs qui crient famine vivent très bien avec un beau patrimoine. Leur force résulte de leur unité. L’Etat aurait pu montrer les dents et ne pas se laisser faire. Une fois de plus Bruxelles nous prend pour des rigolos ...

Son de cloche californien

Dans un éditorial publié par le New York Times en date du 15 avril 2008, il est écrit que « la récente décision du gouvernement fédéral d’interdire la pêche sur la côte ouest des Etats-Unis, depuis la Californie jusqu’à l’Oregon est un coup dur pour les pêcheurs et l’économie de toute cette côte ». Cette décision est sans doute nécessaire s’il n’y a aucun espoir de voir le saumon proliférer à nouveau. Elle n’aurait que plus de sens si le Congrès, dans un effort de redresse la situation se lançait dans une enquête sérieuse sur la crise du poisson qui sévit actuellement sur la Côte Ouest, sur les dérives consécutives à la politique entreprise par l’Administration Bush et si ces mesures étaient capables d’inciter les successeurs à reconstruire les populations de saumon et l’économie qui en dépend. Le nombre des saumons qui ont repris une activité apte à frayer a diminué de façon considérable et serait condamnée à diminuer encore de moitié cette année. Les facteurs qui auraient provoqué cette situation sont doubles. D’une part, le gouvernement a décidé d’agir dans le sens voulu par les intérêts prédominants des agriculteurs ce qui s’est soldé par une déviation des courants du fleuve Sacramento vers les paysans. Cette manœuvre a eu pour effet d’agir sur le comportement des peti ts saumons qui ont besoin d’être poussés en aval du fleuve pour atteindre la mer et qui n’ont pu y accéder pour cette raison. De leur côté, les scientifiques croient également que les températures anormales de l’Océan qui sont liées au réchauffement du climat ont diminué les rations alimentaires dont les saumons ont besoin.

Le saumon se meurt

Cette situation ne serait pas grave si les autres systèmes qui irriguent les côtes étaient en bon état. Ceci n’est malheureusement pas le cas, comme le préfigurent les ravages survenus dans divers bassins en 2005 et 2006. Partout les espèces sont en danger ou menacées. Dans les deux cas, la politique suivie par le gouvernement est largement en cause car elle a tendance à trop favoriser les intérêts des agriculteurs. Dans plusieurs endroits, l’administration locale s’est opposée aux décisions proposées par le gouvernement fédéral, y compris par celles prises par l’Administration Clinton. Une délégation du Congrès en Californie a affirmé qu’elle chercherait par tous les moyens à sa disposition à trouver une aide substantielle au profit des pêcheurs de la côte. Cette mesure serait assurément indispensable pour permettre au saumon de rétablir sa situation et du même coup celle des malheureux pêcheurs.

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Questionnement :

1. Est-ce que les pêcheurs ont raison de protester contre leurs conditions de travail actuelles en raison du coût très élevé du carburant étant donné que le risque est grand de les voir revenir bientôt de la pêche avec un butin trop maigre pour leur permettre de vivre de sa vente décemment ?

2. Faut-il régler d’abord le problème du carburant ou celui de la disparition du poisson ?

3. Comment pourra-t-on régler le problème du partage équitable du poisson entre les pêcheurs ou les nations auxquelles ils appartiennent ?

4. Que penser des contingents de pêche autorisés par les divers organismes qui s’occupent de cette question sous l’angle de l’éthique, de la justice et de la préservation des espèces ?