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Des nouvelles cités aux liaisons entre elles

Comment donner un nouveau visage à l’Amérique ?

Quels projets ?

dimanche 5 avril 2009, par Picospin

Que faire de cette immense surface trop peuplée, encore mal organisée, qui laisse sur le carreau des marchés, le bitume des axes de circulation, le réseau autoroutier chaotique, les transports en commun vieillissants, les nombreux habitants de ce qu’il est convenu d’appeler l’Ile-de-France qui doivent se rendre chaque matin à leur lieu de travail dans une logique qui n’est pas toujours celle de la proximité et un itinéraire qui répond plus aux problèmes organisationnels de la RATP, voire de la SNCF qu’au véritable intérêt des citoyens dont les taxes d’habitation seront incessamment augmentées jusqu’à atteindre des plafonds rédhibitoires.

Sources d’inspiration

Dans ces conditions critiques dont une partie appartient aux événement douloureux de la finance et des entreprises et l’autre à une certaine anarchie des structures, des modèles ont été recherchés pour trouver des sources d’inspiration capables d’éviter les erreurs du passé et de profiter des enseignements à tirer des plus récentes expériences dans le domaine de l’urbanisme. Cette fois, on est allé chercher bien loin ce qui peut-être se trouvait à portée de main. C’est aux Etats-Unis, pays parfois honni en France, avec une approche plus douce depuis que le couple géant de Chicago est arrivé à Washington, qui a servi d’exemple. A priori, ce n’était pas le meilleur choix quand on songe à l’absence de réseau de transports publics, à l’étalement des villes en raison du grand nombre de logements individuels et au souci de confort personnel exigé par une nation qui y était habituée depuis plus d’un demi siècle. Ce modèle, c’est désormais Raleigh, ville de Caroline du Nord dont la population augmente le plus vite. L’évolution urbaine de la région est frappante : comme souvent en Amérique du nord, les villes construites à l’horizontale déploient toujours plus loin leurs tentacules. Les forêts ne sont pas entièrement rasées, elles sont trouées. Le bétonnage n’est jamais total, les surfaces urbanisées étant toujours jardinées. Les routes, systématiquement tracées avec quatre ou six voies, sont rarement encombrées, et toujours bordées de verdure mais d’aucun trottoir ni piste cyclable. Elles relient entre eux des centres commerciaux perdus au milieu de nulle part, plantés très loin des habitations. Les gens affluent dans cette région verdoyante, dotée de bons emplois qualifiés, d’écoles publiques décentes, idéalement située entre Washington et la Floride. Pour absorber les nouveaux arrivants issues des classes moyennes, des dizaines de lotissements, de maisons neuves, surdimensionnées, ripolinées ont été construites au creux de l’inépuisable forêt.

Comment et où loger ?

Pour loger les classes plus pauvres, les promoteurs ont édifié de coquets « condos », ou copropriétés d’appartements, dans de très petits immeubles de un à deux étages toujours loin du centre, même quand il y a de la place à l’intérieur du périphérique. La première alerte est intervenue l’été dernier, quand l’essence a bondi de 2 à 4 dollars le gallon ce qui fait une hausse de 0,8 euros par litre. Les bus et les très rares trains ont été pris d’assaut. Des gens ont dû démissionner de leurs entreprises car ils ne pouvaient plus remplir le réservoir de leurs voitures pour aller au travail. Comme on pense que, compte tenu de l’accroissement ultra rapide de la population, les terrains disponibles pour la construction finiront par se tarir, les autorités du comté, ont décidé d’anticiper les situations à envisager dans le futur pour édifier une ville tournée vers l’avenir. Des experts de toutes les spécialités on été appelées au chevet des malades, des villes rongées par les contraintes, l’inconfort, les difficultés de communication. L’oukase est tombée en plein milieu de la récession celle des finances comme celle des entreprises et plus particulièrement celle de l’automobile. En toute logique, les réponses aux questions posées ont du revenir très vite, à un niveau élevé de rationalité et de faisabilité. « Plus les quartiers sont conçus pour la voiture, plus la qualité de vie finit par s’y détériorer." Le temps où on ne construisait que ce type de logements est révolu. On doit désormais concevoir des lieux où on peut marcher, comme avant l’avènement de la voiture reine. »

Au milieu du néant

Pour construire mille logements au milieu du néant, comment faire ? Comment les transformer, les faire évoluer, les rattacher à un centre, bref, comment les inclure dans la cité ? En construisant une ligne de tramway, déjà, pour les relier au centre-ville. Ce corridor, espère-t-on, attirera progressivement les amateurs de vie sociale. En redéveloppant les centres commerciaux, lieux de vie majeurs accessibles presque uniquement par autoroute ou par highways, équivalent de nos routes nationales, autour des centres d’habitation et dans les parages des arrêts de tram ou de train. Raleigh va donc s’employer à humaniser, piétonniser, socialiser ses innombrables zones résidentielles et commerciales. Dans un premier temps, il s’agira d’introduire un brin de trottoirs pour habituer les humains-automobilistes à croiser des humains-piétons ou des humains-cyclistes. Plus tard viendra le temps des zones de vie mixtes, où des boutiques s’implanteront près des maisons, où des maisons se construiront près des bureaux et des magasins. L’étude des agglomération de Washington et d’Atlanta montre qu’une ville ne devrait pas comporter plus d’une demi-douzaine de zones “agréables aux piétons” par million d’habitants. Certaines doivent se situer en centre-ville, d’autres en périphérie, d’autres en proche banlieue. Ce que toutes doivent avoir en commun, c’est d’être connectées par des tramways ou des trains, pas par des autoroutes. »

Connections

Ces urbanistes s’accordent tous à dire qu’ils n’ont jamais vu un seul promoteur immobilier être séduit par la présence des seuls arrêts de bus. Parallèlement, les projets fusent de partout pour construire des lignes de train à grande vitesse comme entre Chicago et St-Louis, relier Chicago et Minneapolis, poser enfin des rails entre Houston et Dallas au Texas, accélérer la liaison Washington-New York, équiper la Floride, la Californie ou l’Ohio. Ces programmes plus lointains ne recueillent pas le même enthousiasme de la part de la population que les esquisses pour des villes meilleures où on espère qu’il fera bon vivre. Les gens restent accrochés à l’idée que rien ne vaut le transport par le système de transit personnel offert par les voitures car est rapide, adaptable, idéal pour transporter gens et marchandises. Chaque véhicule est conçu pour un usage particulier, il possède un coffre, il choisit la route la plus adaptée à son trajet porte à porte. Le rail, lui, est inflexible, il ne s’adapte pas aux besoins de ses passagers et il coute cher d’autant plus que le citoyen ne sait pas comment son argent est dépensé pour assurer le service un peu anonyme, impersonnel, du train même si ce dernier est « affectivement aidé et soutenu par un personnel fait encore de beaucoup de retraités qui continuent de venir « socialiser » avec les passagers ce qui rend le trajet plus agréable, plus court, plus intime et plus confortable. Comme il est difficile de quitter ses anciennes habitudes ancrées depuis des années contre toute logique, tout esprit d’innovation alors que l’Américain est réputé pour en être saturé.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que la crise actuelle pourrait être un moment et une occasion favorable pour doper l’imagination des urbanistes afin qu’ils visent à édifier des cités plus aptes à susciter une utilisation intelligente de l’espace dans les villes, des moyens de transport plus économiques et moins polluants et une sollicitation permanente pour inciter les habitants à faire des exercices quotidiens ?

2. Pour quelle raison a-t-on choisi en France de prendre modèle sur l’urbanisme américain ?

3. Est-ce qu’une crise comme celle vécue actuellement est favorable à un renouveau de la société en matière d’organisation, de révision d’habitudes obsolètes et de traditionalisme dépassé par les progrès techniques, une nouvelle manière de vivre à partir de laquelle il faut tenir compte de la sécurisation des enfants, des institutions, de la priorité à donner à l’enseignement, aux contacts humains, au recul souhaité des jeux vidéo et de la télévision ?

4. Faut-il recommander aux urbanistes américains de concevoir un espace urbain dont la structure encourage la promenade, la circulation à pied, les déplacements en bicyclette pour répondre aux incitations des organismes de santé publique à faire de l’exercice régulièrement ?