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Comment enseigner et discipliner ?

dimanche 7 octobre 2012, par Picospin

Les consultants interrogés sur les agissements incompréhensibles et toujours incompris des témoins avancent des concepts sociologiques, mêles d’un zeste d’arguments psychanalytiques où l’on retrouve les poncifs de l’enfant impatient, incapable de tout effort pour atteindre les objectifs de l’existence et qui attend passivement que la manne tombe du ciel faute de quoi il se révolte contre le monde ambiant et ne cesse de vouloir le tuer.

Maitriser les pulsions

Ce comportement imaginé par les explorateurs des attitudes propres à quelques individus issus des générations du futur leur donne souvent le frisson sous l’influence de la peur, d’une sorte de terreur devant l’impuissance à guider, diriger, voire maitriser les pulsions en vigueur. Leur rationalité décourage toute tentative de compréhension comme si les transmissions étaient coupées, si le langage était interrompu et qu’une certaine rupture de phase avait eu lieu entre générations, malheur qui était peut-être arrivé à nos prédécesseurs en haut de la Tour de Babel dont la construction avait été suspendue faute de communication entre les ouvriers qui devaient l’édifier. Ce sont toutes ces notions que tente – et on lui souhaite le plus grand succès et la plus importante diffusion des écrits – de diffuser une Professeure d’histoire et géographie, membre du Conseil d’Analyse de la Société, qui se demande avec plus de clairvoyance que d’angoisse comment s’y prendre pour donner le goût de la culture aux enfants du Net.

Une excellente et fructueuses initiative

On se met à applaudir cette initiative d’une enseignante rompue aux difficultés des transmissions du savoir et qui prend l’initiative de sortir du carcan de l’obtention du résultats à tout prix pour endosser la responsabilité de donner le goût plus du savoir que d’en bourrer le crâne des élèves même si on se flatte de connaître maintenant la plasticité cérébrale, cette capacité du cerveau à s’adapter pour vivre et survivre. « Le ministère a trouvé la parade ultime pour gagner en efficacité et en finir une fois pour toutes avec l’indiscipline généralisée (des enseignants, des élèves, des parents, du réel). Il a traité l’école comme on le ferait d’un déchet nucléaire, en la coulant sous une chape de béton et en l’envoyant au fond des eaux. » A l’appui de sa théorie et de son regard plus optimiste sur la société des jeunes élèves, notre enseignante explique que « Marcel Proust écrivait certes bien, mais qui sait s’il n’aurait pas eu tendance à se coincer les doigts dans le tambour du lave-linge ? Le petit Lucas, lui, est peut-être illettré mais plutôt prudent dans la vie de tous les jours. Ce qui n’est pas si mal en 4e. Cela permet de relativiser les talents des uns et des autres. Et de se rassurer à bon compte.

Renseigner en plus d’enseigner

Le professeur, dans cette perspective, ne doit plus se contenter d’enseigner. Il doit aussi, et surtout, renseigner. » La technocratisation, écrit-elle, dissimule de véritable état des classes et n’incite guère le corps professoral à mourir pour avoir mal rempli des formulaires insipides. Très intelligemment, elle transfère ces données dans le domaine de la santé pour illustrer avec encore plus de vigueur sinon de caricature la situation de la médecine comparée à celle de l’enseignement. Imaginons l’équivalent dans le domaine de la santé : « un ministre vantant les vertus oubliées du clystère et de la saignée, s’enthousiasmant parce que nombre de malades du cancer n’ont pas de cors aux pieds et jettent l’emballage de leurs médicaments dans la poubelle à papier, un ministre qui ferme les hôpitaux et se réjouit, du coup, du faible pourcentage de patients hospitalisés dans son pays, signe des progrès de la médecine. » Ne riez pas, cette circonstance s’est effectivement déjà produite dans le passé, ne serait-ce qu’à l’occasion d’une grève des internes en médecine dans les Hôpitaux de l’Assistance Publique au cours de laquelle, la mortalité des patients avait singulièrement diminué par rapport à celle enregistrée en temps normal.

Une grève bénéfique

A qui la faute ou la responsabilité de cet excellent résultat inattendu ? Bien entendu aux médecins absents, tant il est vrai que si l’on tient compte de cette statistique moins il y a de médecins disponibles et plus la santé des patients s’améliore. La réalité est plus nuancée. Durant ce fonctionnement bancal, des malades ont été éconduits vers des établissements privés, les cas les plus graves ont été dirigés sur divers centres ou bien reportés à des dates plus tardives. Pendant que des personnalités interrogées par les grandes chaines de télévision pleuraient devant les caméras pour expliquer que cette jeunesse était rébarbative à toute éducation et tout apprentissage car gâtés par la vie et leurs parents, ils voulaient tout et tout de suite, notre sage journaliste et enseignante préconise de faire confiance à notre propre responsabilité de transmettre et qu’à ce titre la double mission des professeurs est bien de sa lancer à corps perdu dans la tâche de transmettre la culture sans ménagement ni restriction en d’aider les élèves à comprendre le monde dans lequel ils vivent en montrant bien que cette dernière donne une force, un pouvoir et une capacité d’analyse et d’émotions aptes à modifier la perception du présent.

Les émotions fixent-elles le souvenir ?

Quand on connaît le rôle prédominant des émotions dans la faculté, la capacité et la prédisposition à retenir ce que la mémoire tente de fixer, on ne peut qu’applaudir cette recommandation trop souvent et trop longtemps oubliée. « Cela demande une solide formation intellectuelle ainsi qu’une capacité à ne pas être rebuté par l’air ambiant (ce qui n’empêche pas d’être critique). Ça demande de faire le choix d’un enseignement au présent, de ne pas faire cours " contre ", contre notre monde, contre nous, contre ce qui fait notre quotidien, de cesser d’osciller entre la vénération du futur, option néotechnologique, et la nostalgie des grandeurs passées et des maîtres d’antan.

Une conviction

Cela suppose d’être sincèrement convaincus que la culture que nous avons à transmettre est forte et solide, d’avoir confiance en elle, de cesser de la traiter en bibelot fragile que l’on met sous verre. Elle résiste à la lumière, aux chewing-gums, aux boulettes. » C’est sur cette conclusion pleine de bon sens et d’optimisme que s’achève cet excellent article qui revigore, encourage et évite de faire appel à l’hétéronomie pour remettre le système éducatif et toute notre vie dans la cité en mesure d’assurer l’avenir et de réconforter le présent.

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