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Au lendemain d’une élection historique

Comment est-on soigné aux Etats-Unis ?

Les programmes de santé des deux candidats

jeudi 6 novembre 2008, par Picospin

Une des premières questions posées à l’électorat était de déterminer quelle était l’importance respective accordée par les candidats à assurer une couverture de santé pour tous les Américains ou de maintenir les impôts à un niveau aussi bas que possible. Les Démocrates s’inscrivirent en masse en faveur de la couverture de santé, problème qui ne suscitait qu’un minime intérêt chez les électeurs républicains.

Des enquêtes multiples et soigneuses

Les données qui sont présentées ici sont tirées d’enquêtes nationales d’opinions menées auprès de la population générale et auprès de chercheurs en Santé publique provenant de la Kaiser Foundation, institution très expérimentée située en Californie et de l’Ecole de Santé Publique de l’Université de Harvard à Boston. La perception générale du problème de la couverture de santé mettait en évidence une opinion négative en ce sens que le système de santé qui fonctionnait au moment des élections était qualifié de mauvais ou médiocre et que celui qui était en vigueur ailleurs était plutôt de meilleure qualité. Dans l’ensemble, on n’approuve guère la façon dont Bush intervient dans la politique de santé en particulier au sujet des soldats blessés au cours de la guerre menée en Irak. C’est au point que 1/5 des personnes interrogées s’est plaint de la mauvaise qualité des soins prodigués quand ils en avaient besoin. Un quart des citoyens étaient inquiets sur leur capacité à payer les notes de frais médicaux d’autant plus qu’ils pensaient que la qualité des soins qu’ils devaient recevoir ne saurait que se détériorer. Un autre quart des personnes qui bénéficient d’une assurance de santé craignaient de la perdre dans l’avenir. 3 Américains sur 10 affirment que leur famille a de sérieuses difficultés à s’acquitter de leurs notes d’honoraires médicales et des cotisations relevant de l’assurance maladie qui représentent la 3è cause des 7 difficultés financières auxquelles risquent d’être confrontés la population cet automne. Depuis 1988, la couverture de santé s’est inscrite parmi une des 6 questions prioritaires de l’électorat. Cette préoccupation était nettement plus accusée au sein de l’électorat démocrate que chez les Républicains. La stratification dans les études statistiques révèle que les groupes qui ont attaché le plus d’importance à ce problème sont les femmes, les électeurs à revenu faible et modéré, les personnes âgées de plus de 65 ans, les noirs, groupes qui ont tous jugé qu’ils étaient moins favorisés que les hommes, les personnes bénéficiant d’un revenu élevé et les blancs. Parmi les préoccupations majeures des électeurs, la santé se situait au 2è rang pour les partisans d’Obama et au 4è rang pour les intentions de vote en faveur de Mc Cain. Que peut-on conclure de ces réponses classées en fonction des divers paramètres en jeu au moment des décisions de vote ?

Une opinion négative

L’opinion est en général négative en ce qui concerne le système de santé en vigueur sous l’administration Bush, problème classe comme très important dans le cadre des difficultés économiques traversées par l’Amérique. Cette opinion a pour conséquence directe le souhait de changer radicalement de système de soins même si des nuances s’expriment entre les tendances politiques des électeurs. Les partisans de Mc Cain n’accordent qu’une importance limitée aux réformes de santé et souhaitent que la couverture de santé coute moins cher à l’état ce qui conduit invariablement à transférer les charges de santé au secteur privé ce qui n’empêche pas les deux partis de se soucier des dépenses engagées par le niais des impôts. Quelle que soit l’opinion des électeurs, tous confient au Président élu, quelq ’u’il soit le soin d’initier les réformes ce qui ne veut pas dire que c’est l’opinion isolément qui engrange à elle seule le cycle de ces réformes. Si l’on veut donner satisfaction aux voeux de la société, l’implication de l’un ou l’autre Président devra comporter une part intellectuelle et politique non négligeables. Le côté dramatique de cette exigence fondamentale de la population pourrait bien être soutenu par les membres les plus actifs du Congrès et les groupes les plus influents dans les question de santé. Trouver de nouvelles ressources pour couvrir ces nouvelles dépenses ne manquera pas de devenir une gageure dans le nouveau climat économique. En résumé si une nouvelle législation concernant les soins est envisageable par les deux candidats, sa mise en oeuvre, son objectif a toutes les chances d’être fort différente selon que cette dernière est confiée à l’un ou l’autre éventuel Président. Comme la santé reste pour le moment un objectif secondaire aux yeux du nouveau président élu, par rapport aux difficultés économiques, il appartiendra à la Maison Blanche et au Congrès de mettre en oeuvre ces réformes.

Sources :

New England Journal of Medicine
Volume 359:2050-2061
November 6, 2008
Number 19
Voters and Health Reform in the 2008 Presidential Election
Robert J. Blendon, Sc.D., Drew E. Altman, Ph.D., John M. Benson, M.A., Mollyann Brodie, Ph.D., Tami Buhr, A.M., Claudia Deane, M.A., and Sasha Buscho, B.A.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que les Républicains ont raison d’abandonner toute une frange de la population à l’initiative individuelle, à la médecine privée fort couteuse, ce qui risque de la laisser dans un état de santé médiocre avec toutes ses conséquences sur la longévité, l’absence de prévention contre les épidémies et les maladies graves ?

2. Est-ce que l’absence d’une couverture sociale suffisante de l’assurance maladie ne risque pas de créer l’angoisse de ne pas pouvoir se soigner correctement, faute de moyens et de compromettre la qualité de vie ?

3. Est-il conforme à la morale de restreindre pour des raisons financières les soins prodigués aux soldats blessés pendant les campagnes, attitude des autorités qui risque de leur donner un sentiment d’abandon de la part du peuple et de ses alliés pour lesquels ils donnent leur sang ?

4. Comment expliquer la disproportion observée aux Etats-Unis entre les sommes investies dans les soins et la recherche et l’impactmédiocre sur la santé publique ?