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Hessel

Comment faire pour s’indigner ?

Un magicien

mardi 22 février 2011, par Picospin

Ce vieux Monsieur très distingué, parlant le Français avec une pointe d’accent germanique vient de réussir un coup de maitre. On ne sait par quelle voie lui est parvenue l’idée d’écrire puis de faire publier un minuscule ouvrage qui vient d’obtenir en quelques semaines un succès retentissant.

Communiquer

Tous les ingrédients étaient réunis pour qu’il en soit ainsi. La communication a été parfaitement organisée et exploitée. Elle a ciblé un public d’autant plus nombreux que la formule de présentation se résumait à deux ou trois mots, faciles à retenir même pour les mémoires défaillantes à la lisière de la maladie d’Alzheimer. C’était "indignez-vous", sorte d’injonction morale à la portée de tous qui porte avec elle une connotation politique, civique, voire religieuse pour les derniers adeptes des monothéismes en grave danger qui viennent d’éclater une fois de plus aux accents de l’humanisme, de la liberté, des revendications sociétales et sociales pour une amélioration des conditions de vie.

Quels objectifs ?

Ces dernières n’avaient pas uniquement pour objectifs la régression du chômage et la revendication de droits au travail, à la dignité et à la liberté mais la disparition des formes de gouvernement dictatoriales qui tenaient la route depuis trop longtemps grâce au verrouillage systématique de toute velléité de révolte. Cette situation confortable pour des tyrans de longue durée avait enfermé le peuple dans une passivité interdisant toute initiative de renouveau ou d’invention ce qui le maintenait dans le statu quo pour une durée aussi indéterminée que celle qui préside pour certains à la conservation de leur contrat de travail. L’ultime astuce de notre apprenti écrivain de 93 ans consistait de plus à réduire considérablement l’épaisseur de son oeuvre réduite à une trentaine de pages. Cette condensation prédisposait à des avantages de toutes sortes pour toute la chaine de production de la lecture qui, comme on le sait perd chaque jour un nombre de plus en plus grand de lecteurs assidus.

Ultimes adeptes de la lecture

Les derniers survivants de cette catégorie en voie d’extinction se trouvèrent confrontés à un ouvrage, si l’on peut dire, parfaitement adapté aux nécessités vitales de notre époque : vie expresse au cours de laquelle on n’a le temps de rien faire et surtout de réfléchir, agir tous azimuts sur un large éventail de données, être débordé en permanence par les urgences de toute nature sauf celle de s’occupe de l’homme et de le sauver. Ces commandements succincts étant réalisés après obéissance aveugle moins à la loi d’un dieu de plus en plus absent qu’à celle de ses substituts, on pouvait passer à la prise en compte d’une oeuvre d’autant plus marquante qu’elle est squelettique à l’image des restes humains après les conflits féroces auxquels nous venons d’assister par documents télévisés interposés. Ils se répandent en corps mutilés, scènes de guerre, de pillage, de pauvreté, dans un environnement déshumanisé par les malheurs qui s’abattent sur les êtres humains les plus démunis, cibles habituelles des conflits nationaux, internationaux, naturels ou suscités par nos congénères, ainsi abrités sous les catastrophes survenant aux petits pendant que les plus grands profitent de ce tells laissé vacant pour mettre la main et surtout leurs propres mains sur les richesses produites par leur peuple pour leur garantie une survie sécurisée par l’opulence et les trésors.

Chercheurs d’or

Comme les chercheurs d’or du siècle passé, notre écrivains apprenti, passé maitre dans l’art de pénétrer un société par des écrits aussi affutés que le serait l’épée d’un chevalier de Malte est tombé sur un trésor propre à être exploré pendant encore des millénaires. Cette aubaine rend optimiste les plus déprimés à une époque où se raréfient les sources d’énergie maintenant aux mains des apprentis révolutionnaires et où les bouleversements sur notre planète surprennent les plus blasés. Avec son invention, notre nouvelle vedette littéraire donne à notre industrie du livre une nouvelle dynamique qui profite à une main d’oeuvre aux abois, hantée par la menace du chômage de masse et qui va retrouver le sourire sous la bénédiction du renouveau de la lecture rapide, de l’édition bon marché, et de l’espoir d’uns nouvelle vie qui enchante.

Quelques petits livres en couleurs !!!

Il y eut le petit livre rouge de Mao, le "grand capital" de Marx. Maintenant nous avons le court livret de Hessel, promesse d’un nouvel optimisme pour des lendemains qui disent plus qu’ils ne chantent et qui promettent plus qu’ils ne peuvent donner.