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A propos du Congrès de Versailles sur la révision de la Constitution

Comment habiller la République ?

Quels couturiers et faiseurs convoquer pour la rendre plus élégante ?

lundi 21 juillet 2008, par Picospin

Pendant le vote « historique » du Parlement réuni en Congrès à Versailles pour approuver ou désapprouver la réforme de la constitution, le Président de la République est parti en Irlande, moins pour boire une Guinness que pour écouter des Irlandais qui se sont déjà prononcés pour le non à l’Europe et pour envisager avec leurs représentants les mesures et solutions envisageables pour éviter un naufrage de l’Europe.

Ségolène combattive

Ségolène Royal a répliqué à Nicolas Sarkozy qui avait dit d’elle que si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer. Elle a qualifié la méthode du chef de l’Etat de « régime du mépris généralisé, qui produit une déchirure institutionnelle, sociale et humaine ». L’évocation par le président d’un remplacement de François Fillon en 2009 marque « un manque de respect et une incroyable désinvolture car tout le monde est malmené, ni la justice ni Parlement ne sont respectés, les syndicats sont piétinés, les services publics négligés, les agriculteurs et les pêcheurs insultés. Elle se demande où sont les garanties d’indépendance de la presse dans le projet d’adoption de la nouvelle constitution ? Alors qu’aujourd’hui on constate une tentative de mise sous tutelle de l’audiovisuel public. Alors que sa sortie sur la libération d’Ingrid Betancourt, où elle affirmait que l’Elysée n’était pour rien dans la fin de la captivité de la Franco-colombienne, a choqué jusque dans son propre camp, Ségolène Royal demande si ses propos sont faux ? Elle continue d’affirmer que la vérité sera exprimée car je tiens à remplir mon rôle d’opposant en disant des choses justes et sans concessions de forme. La candidate au poste de premier secrétaire du PS, pour être moderne, doit répondre sans tabous aux défis d’aujourd’hui. Dans le livre qu’elle vient de publier - avec Alain Touraine -, elle s’est longuement arrêtés sur les questions économiques. Les réactions à ce discours ne sont guère favorables, même si certains commentaires vont parfois dans un sens quelque peu affirmatif comme le suggèrent des citations telles que la tactique de Mme Royal est d’essayer d’occuper le terrain, mais peut-on le faire avec du vide ? Ou « elle me semble tombée bien bas » ou « La voilà qui dénonce encore. Il y a quelques années une charmante dame de belle présentation présentait sa candidature. Aujourd’hui, il n’en reste qu’une sorte d’être haineux à l’affût de tout cancan et scoop pour envenimer et dénoncer. Faute de programme, pas étonnant ! » Ou encore « Moi, elle me fait toujours penser à Jean Yanne qui disait : « Ce n’est pas parce que l’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule. »

Vote historique ?

Pendant le vote « historique » du Parlement réuni en Congrès à Versailles pour approuver ou désapprouver la réforme de la constitution, le Président de la République est parti en Irlande, moins pour boire une Guinness que pour écouter des Irlandais qui se sont déjà prononcés pour le non à l’Europe et pour envisager avec leurs représentants les mesures et solutions envisageables pour éviter un naufrage de l’Europe. Ce dernier ne serait pas aussi dramatique que celui du Titanic. Si cette comparaison prend des airs de futilité, elle en garde cependant une certaine relation puisque les vérins fabriqués pour maintenir la solidarité de la coque du paquebot l’ont été justement en Irlande, dont les chantiers ont été considérés comme fautifs dans l’absence de solidité de ce bateau qui devait révolutionner la transport transatlantique. Que fait Sarkozy dans toutes ces histoires ? De nombreux parlementaires interrogés sur le Congrès de Versailles parlent de magouille, de chantage , ou d’autres termes de ce type qui font désordre à l’heure où l’attention des parlementaires, des politiques et du peuple devrait plutôt se diriger vers l’honnêteté d’un vote, l’explication claire de ses enjeux et la cohérence des intentions. Que le Président de la République ait choisi ce moment là pour éventuellement admirer les pubs pourrait être tout à son honneur si son intention était celle de laisser son peuple et ses représentants choisir librement la constitution sous laquelle ils souhaitent vivre dans l’avenir. Sa présence à Paris aurait pu être interprétée comme la manifestation physique et coercitive d’une pression exercée par un pouvoir avide de succès sur les décideurs du moment, les votants d’aujourd’hui.

Entre un "hyperprésident" et un Parlement en voie de renforcement, des "tractations" et "marchandages"

Pour ne pas faire mentir immédiatement ce qui est rédigé ci-dessous, qu’il suffise de se rapporter à quelques lignes significatives du journal « Le Monde » qui consacre son éditorial à cette question. On peut lire dans cet article que de principes proclamés en marchandages de coulisses, ce projet est le fruit de trois mois de travaux parlementaires, couvés avec une vigilance souvent maladroite par l’Elysée. La gauche a dénoncé à juste titre cet interventionnisme de "l’hyperprésident" et, surtout, les lacunes du projet. Un projet que, droite et gauche confondues, les élus considéraient au départ avec faveur, convaincus que la Constitution de la Ve République, vingt-trois fois révisée en un demi-siècle, méritait d’être une nouvelle fois revisitée ne serait-ce qu’en raison de l’impérieuse nécessité de renforcer les pouvoirs du Parlement, dont la faiblesse sinon l’impuissance est le principal défaut de la Ve République. Cette caractéristique n’était pas fortuite au moment où De Gaulle était intervenu pour travailler dans « son » cadre constitutionnel qu’il devait trouver suffisamment libéral pour un militaire qui pensait ou rêvait d’incarner la France et de l’habiller avec les vêtements qu’il avait choisis. Les circonstances dénoncées par certains parlementaires au sujet des modalités du scrutin posent un véritable problème d’éthique en raison de la gravité des accusations portées contre les représentants du pouvoir en place. Les dérives progressives dans la moralité des représentants du pouvoir tant en France qu’à l’étranger sont telles qu’elles apparaissent anodines face à des enjeux aussi importants en quantité qu’en qualité. Ces conditions expliquent sans doute que les faibles réactions, à peine audibles de la population et des médias aient eu un écho aussi réduit dans l’opinion. A nous d’insister sur les aspects du débat éthique impliqué dans cette tentative réussie ou semée d’échec.

Questionnement éthique :

1. Des rumeurs dont la presse s’est fait l’écho répandent l’idée que des "tractations", des "marchandages" et des "pressions" auraient eu lieu avant le scrutin de ce jour pour inciter des parlementaires de la majorité et de l’opposition à voter en faveur de l’adoption de la nouvelle constitution. Comment peut-on analyser cette situation ? Des guides seront esquissés demain dans le but de montrer comment on pourrait s’y prendre pour disséquer ces données.

2. Comment concevoir l’équilibre entre le pouvoir législatif et l’exécutif ?

3. Pourquoi, un tel désintérêt et une réaction aussi ténue au projet de réforme ? La réponse à cette question pourra être consultée dans l’édition de demain, 22 Juillet 2008.

4. Pour quelles raisons y a-t-il eu si peu de réactions de la part du grand public au projet de réforme de l’Etat en général et de la Constitution en particulier ?

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