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Comment mourir et par qui ?

vendredi 14 décembre 2012, par Picospin

Il s’agit plus de la mort que de la vie qui restent les enjeux essentiels de individus et de la société sur les problèmes de la survie, de sa durée, de la survenue de la fin de vie, de son inconfort grandissant à mesure que le poids des ans rend l’activité humaine de plus en plus pénible à supporter ce qui en incite beaucoup à préférer mettre un terme à une existence de plus en plus souvent marquée par les désagréments subis et ressentis par un corps en fin de parcours.

Dans ces conditions, le thème des soins à prodiguer aux patients en fin de vie s’amenuise à mesure que grandit et s’épaissit la réflexion sur le thème de la mort, du suicide assisté, tous sujets considérés comme plus importants que les moyens d’adoucir, d’apaiser les derniers moments de l’existence. On se préoccupe davantage de la question de la personne chargée de manier les outils pour infliger la mort, accomplir le meurtre que de celle qui a trait au réconfort à apporter au mourant. Les opinions continuent de diverger entre ceux qui préfèrent en finir rapidement et ceux qui souhaitent allonger la durée de vie indéfiniment, quitte à se servir pour atteindre ce but, des méthodes les plus sophistiquées, voire les plus couteuses quel qu’en soit la répercussion sur une société toujours placée sous les auspices de la fraternité et de la solidarité. Dans cette perspective, le partage des biens disponibles devient une modalité souvent envisagée même si elle se concrétise avec une vigueur accentuée dans les cultures où l’avantage individuel l’emporte sur les intérêts de la collectivité. « Ni acharnement thérapeutique ni euthanasie. Jusqu’à hier, c’était, en matière de fin de vie, le projet qui apparaissait le plus convaincant. Il avait réussi à rallier non seulement ceux qui croient en un dieu, mais aussi les convaincus des soins palliatifs, et surtout une immense foule d’hommes ordinaires. » On s’interroge sur la radicalité de plus en plus prégnante des individus à accepter de « lâcher prise », cet accrochage à la vie comme on le ferait de la branche fragile des arbres. A cette dualité, les médecins ne peuvent répondre que par la perplexité qui les enferme dans le doute, l’hésitation et accentue leur impression d’être instrumentalisés aussi bien pour prolonger la vie que pour exécuter la mort. Dans ces conditions, l’euthanasie devient un droit pour le mourant sinon un devoir pour le médecin, devenu fidèle exécuteur testamentaire des volontés d’un vivant déjà presque défunt qui dicte ses vœux anticipés à tout moment, quels que soient sa coloration affective, son écart avec la réalité, sa distance avec les repères de sa vie que sont le religieux, la foi, la culture, les croyances, voire son éthique. Si l’on veut mourir, qu’on aille de ses propres deniers dans un hôtel de luxe de Genève où des équipiers de l’apocalypse seront sur pied de guerre pour accomplir l’irréparable, cette solution si peu envisagée à la naissance de la médecine palliative qui avait défini sa raison d’être par le « faire de tout ce que l’on peut encore faire quand il n’y a plus rien à faire ». On va jusqu’à écrire « qu’il est du rôle de la médecine d’assumer la mise en pratique de ce nouveau droit : l’euthanasie donc, la mort donnée par compassion, sollicitude, ou solidarité, à ceux qui n’en peuvent plus, et demandée à ceux qui savent mieux que d’autres comment s’y prendre pour que cet acte de barbarie reste le plus humain possible : les médecins ». Voilà bien le médecin promu au grade d’exécuteur de barbarie plus qu’à celui de donneur de vie au nom d’un principe de « solidarité » dont le sens échappe de plus en plus librement et follement à l’entendement, tant cette allusion à une thématique sociologique génère l’incompréhension. On fait aussi allusion aux problèmes économiques posés par la course folle contre la mort à un moment où des bailleurs de fond entassent les millions pour acquérir des footballeurs d’exception cent fois mieux « honorés » que n’importe quel musicien, acteur, artiste, peintre, philosophe, astrophysicien ou écrivain. Il y aurait « un scandale économique que représente le coût exorbitant de cette course excessive contre la mort », celle du condamné à mort par la vie, capable de se transformer en cobaye pour expérimenter les modalités du « vivre une heure de plus » dans l’espoir – pour le moment insensé – d’accéder à l’immortalité.

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