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Ralentir ?

Comment peut-on atterrir en douceur au milieu de la jungle ?

Prendre le TGV ?

lundi 7 mars 2011, par Picospin

Comment s’y prennent-ils et elles pour avoir le temps de cumuler dans une journée de 24 heures toutes les activités auxquelles ils sont invités à s’intéresser, à participer et à représenter leur Ministère, leurs collaborateurs et les demandes et sollicitations qu’ils ont la mission d’introduire dans les cercles politiques, administratifs, associatifs qui constituent les forces vives de la vie d’une nation ?

Cumul

Comment s’y prennent-ils et elles pour avoir le temps de cumuler dans une journée de 24 heures toutes les activités auxquelles ils sont invités à s’intéresser, à participer et à représenter leur Ministère, leurs collaborateurs et les demandes et sollicitations qu’ils ont la mission d’introduire dans les cercles politiques, administratifs, associatifs qui constituent les forces vives de la vie d’une nation ? On avait cité en son temps l’extrême rapidité de l’accouchement par césarienne de Rachida Dati qui était sortie au bout de 5 jours de la clinique dans laquelle elle avait été hospitalisée pour être délivrée d’un charmant bambin qu’elle s’était empressé de confier à ses parents et à sa famille pour la soulager des activités intenses et multiples qu’exigeaient ses fonctions. Pour peu qu’on dispose d’une télévision qui rend compte minute par minute des activités de nos élus, on reste sidéré par l’intensité et la continuité des tâches qui se présentent à eux et elles au point qu’on se demande par quel tour de magie ils parviennent à boucler leurs tranches horaires.

Énergie

Cette question prend d’autant plus d’importance et de signification qu’on reconnaît ces êtres débordant d’énergie sur tous les plateaux de télévision, toutes les stations radiophoniques dès l’aube lorsqu’ils arrivent dans les studios d’enregistrement en baillant, les traits tirés, déjà entre les mains des maquilleuses et des coiffeurs tôt mobilisés pour rajeunir des visages bouffis par la fatigue, l’insomnie, le manque de sommeil et les soucis et préoccupations de la vie professionnelle sinon privée. Un vrai miracle pour ces personnes dévouées à la cause publique ou leur propre intérêt au nom d’un ego surdimensionné dont on connaît la force vitale, la puissance de stimulation et le pouvoir d’entrainement capable d’entrainer les énergies les plus entamées et de renforcer les désirs les plus éteints.

Force et joie

Comment trouvent-ils encore la force, l’envie, la joie, la satisfaction de travailler, de réfléchir, de se pencher sur des dossiers impossibles à soumettre dès le lendemain à l’appréciation des membres de commissions parlementaires, d’experts de haut rang, de censeurs professionnalisés si aptes à contrer les meilleures intentions, les projets les mieux construits, les plus élégamment adaptés aux contraintes des lois, des règlements les plus complexes et les plus rusés. Après quoi, ils se doivent d’aller en représentation pour ne rien y faire aux diverses réunions et cérémonies officielles, aux représentations où il faut être vu pour ne pas risquer de perdre une parcelle de sa réputation ou pour sortir par la plus petite porte de la mémoire entamée des organismes et lobbies qui déplacent, rejettent, accueillent, nomment si l’on ne veut pas perdre pied dans l’énorme mouvement de chaises musicales qui hantent les concurrents aux postes les plus élevés et rattrapent les éléments en perdition à la suite d’une erreur de jeunesse difficilement pardonnable ou de sénescence difficilement rattrapable.

Haute voltige

Au décours de ces exercices de haute voltige, d’acrobatie sur barres de gymnastique à réaliser en hauteur sans filet, il faut maquiller sa douleur, sa fatigue, les frustrations subies, les coups encaissés, pour repartir au combat contre une concurrence déchainée dénoncée par tous les participants à une mascarade dont le seul but est d’amuser les galeries où les spectateurs anonymes comptent les coups pour déterminer et prédire les destinées et carrières des uns et des autres, l’ascension des plus chanceux et la chute brutale sinon mortelle des plus infortunés, des moins habiles qui auraient oublié de mettre leur parachute avant de toucher le sol. "mécanisme de défense, de compensation d’une problématique narcissique par l’adoption d’un comportement socialement valorisé, l’individu qui fait beaucoup de choses, tant sur un plan personnel, familial, social que professionnel, est considéré comme un acteur performant et efficace dans notre société. Il est valorisé pour son attitude et ses résultats. Or c’est exactement ce qu’il recherche et qui le motive. Que ce soit par sa gentillesse, sa disponibilité ou son efficacité, l’individu narcissiquement défaillant poursuit une quête désespérée de reconnaissance et d’amour des autres.

Compétitions

« Pour avoir travaillé pendant plusieurs mois dans un environnement hautement compétitif, je pense avoir été frappée par ce que je ressentais comme la pesanteur du regard social, et en particulier vis-à-vis du travail. Je me formulais ainsi cette sensation : "on dirait que le travail a le poids social d’une religion dominante". « Mon expérience du milieu de la recherche me laisse penser qu’il est propice à une pression globale d’emblée pesante, celui de la compétition internationale. Cette ambiance qui pousse à considérer la sur-performance comme une quasi nécessité engendre entre autres dérives celle exprimée par la formule "publish or perish". A travers une grande Ecole, je trouve le cumul des 2 aspects : pression du milieu de travail et pression du milieu de travail de la recherche. A partir de ma petite expérience personnelle, je ne suis pas étonnée de ressentir que cette problématique soit initiée ou abordée par le contexte particulier que je viens de décrire. »

Questionnement éthique :

1. Si le bus ralentit, il explose.

Au-dessus de 80 kilomètres par heure, on vit ; en dessous, on meurt. Quelle signification ?

2. Le temps est accéléré. L’urgence, c’est ce Sacre du présent
 : nous n’avons plus d’histoire, nous n’avons plus de futur, nous sommes dans le présent – le temps est compacté. L’urgence, c’est cette suractivité, choisie ou subie, qui touche de plus en plus de gens.

3. Un supposé remède pour les jeunes contre ce nouvel ennemi : l’ennui. Une conséquence des possibilités infinies ouvertes par les nouvelles technologies. Une réalité pour les adultes – et notamment les femmes – qui tentent de concilier toutes leurs vies. Une souffrance pour beaucoup de salariés victimes des nouvelles formes d’organisation du travail.

4. L’urgence, c’est « tout,plus vite » et « tout, tout de suite ».
L’urgence, c’est la conjonction de deux phénomènes : le culte de la vitesse et le culte de l’instant.

Finchelstein : "la dictature de l’urgence" Paris Fayard.