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L’exemple des cyclistes

Comment se doper ?

Et pourquoi ?

vendredi 1er octobre 2010, par Picospin

Ils y parvinrent au milieu des rangées d’admirateurs en rangs serrés dont la joie et l’enthousiasme étaient tels qu’il leur arrivait de réduire le chemin laissé aux coureurs au point de ne plus pouvoir le suivre librement, sauf à recourir aux puissantes motocyclettes de la gendarmerie pour leur frayer un passage.

Des monstres

Souvent, on ne voyait qu’un seul de ces monstres de vigueur, isolé dans son combat avec la pente et avec lui-même, tantôt se dandinant, debout sur les pédales ou assis sur le siège le plus inconfortable, dur, profilé à l’extrême et qui, au prix d’un effort surhumain plus proche des puissances célestes que des forces brutales de la Terre voulait franchir, premier et solitaire, une ligne d’arrivée illustrée par force images peintes par les hommes. Ils pouvaient enfin accéder à leur terre, à leurs monticules, collines, cols et vallées, à tout le pays qui leur avait été destiné lorsque l’occasion leur avait été offerte d’y vivre en paix, avec sécurité et confort, à l’instar de ce que souhaitent et veulent réaliser la plupart des nations dès lors que Zeus, ses frères et ses sœurs purent régner en souverains incontestés sur tout ce qui existe. Là haut, aux sommets du globe – on dit maintenant planète – certains hommes devenus dieux se servaient de leurs muscles avec acharnement, frénésie,, impétuosité au point que tout le monde se demandait quelle avait été le secret de leur vigueur, de leur force herculéenne pour vaincre avec autant de facilité d’aussi folles déclivités, des dénivelés aussi impressionnants et des raidillons plus adaptés aux sauts des cabris qu’aux dérailleurs japonais montés en séries sur des vélos en plumes plutôt qu’en alliages légers à base de fibres de carbone.

Quel moteur ?

Qu’ont-ils mis dans leur moteur pour monter si vite, au-delà des performances normalement acceptables comme le dirait Canguilhem ? On évoque maintenant un quelconque produit encore mal identifié détecté dans les urines mais qui pourrait bien être du sang conservé pour améliorer l’oxygénation des tissus et parmi eux, naturellement le cœur et les jambes. Les affaires du vélo ne tombent pas dans les oreilles des sourds et des sourdes ; Roselyne Bachelot, Ministre de la santé et des sports ne l’est pas qui a félicité pour son travail le président de l’AFLD qui a démissionné. Elle précise qu’il passera le témoin à son successeur dans les meilleures conditions". Le hic, c’est que le fonctionnaire de l’État se retire justement à cause de ces "conditions", surtout du manque de budget alloué par le gouvernement français. "Je ne souhaite pas laisser à mon successeur une Agence fragilisée financièrement", a-t-il confié récemment à L’Équipe. Le 16 septembre, il avait déclaré en conférence de presse : "La France risque de prendre du retard dans la lutte antidopage pour des questions financières". Pierre Bordry restera en fonction jusqu’à ce que le Conseil d’État annonce le nom de son successeur le 1er octobre. Le dopage est la pratique consistant à absorber des substances ou à utiliser des actes médicaux afin d’augmenter artificiellement les capacités physiques et mentales.

Davantage d’oxygène

On utilise pour ce faire des produits artificiels ou naturels, sécrétés par le corps de l’athlète en vue d’en faciliter et d’en augmenter les capacités d’oxygénation. De ce fait la quantité d’oxygène apportée aux tissus tels que cœur et muscles des jambes augmente du même coup significativement. C’est comme si on mettait davantage d’essence dans le moteur et que le premier serait utilisé pour un meilleur rendement du second. Le dopage n’existe pas qu’au niveau sportif. La prise de substances variées, dans le but d’accroître les performances est une pratique courante dans le milieu étudiant ou professionnel. Est-elle pour autant interdite par les pouvoirs publics ? Verra-t-on un jour des techniciens et contrôleurs analyser des échantillons d’urines à la sortie des lycées, collèges ou universités ? Le stage en altitude permet d’accroître le nombre de globules rouges dans le sang et, par conséquent, assure une meilleure oxygénation. En ce ca (s, la diminution des apports d’oxygène stimule la fabrication par le corps d’EPO qui à son tour induit celle de l’hémoglobine, la substance contenue dans les globules rouges ou hématies et qui sert à la captation et au transport de l’oxygène dans le sang. Toutefois, cet effet bénéfique est perdu rapidement au retour à une altitude normale. Il est possible de prélever du sang au cours du séjour en altitude ou d’une cure d’EPO.

Stockages

Le sang est stocké jusqu’au déroulement des épreuves sportives. À ce moment-là, il est transfusé au sportif pour qu’il bénéficie à nouveau de l’avantage d’un plus grand nombre de globules rouges dans le sang. Une autre technique consiste à placer le sportif dans un caisson hypobare pour recréer artificiellement les conditions d’altitude et stimuler ainsi la production de globules rouges. L’EPO est une hormone naturelle stimulant la production de globules rouges, qui sont produits par la moelle osseuse. L’effet d’augmentation du nombre d’hématies est mesuré par l’élévation du taux d’hémoglobine et d’ hématocrite (Ht) dans le sang. Une quantité élevée de transporteurs d’oxygène permet d’augmenter l’apport en O₂ aux tissus. L’inconvénient réside dans l’augmentation outrancière de l’Ht qui risque de provoquer des complications cardiovasculaires par une excessive épaisseur du sang susceptible de boucher les vaisseaux sanguins pour créer des infarctus du myocarde ou des accidents vasculaires cérébraux (AVC). Les perfluorocarbures (PFC) sont des transporteurs d’oxygène qui n’augmentent pas l’Ht Le tout est de savoir s’il faut interdire l’usage des produits dopants dans les établissements d’enseignement dans le but, fort aléatoire, de rétablir la justice parmi les candidats des concours.

Questionnement éthique :

1. Quel et le degré d’emprise de l’économie sur le sport de haut niveau ?

2. Met-il en cause les valeurs éthiques du sport ?

3. Combien de fois les moyens économiques supplantent-ils la finalité sportive ?

4. Faut-il une transparence totale sur chaque liaison entre sport et économie pour rendre le primat à la morale sportive ?

5. Est-ce que l’économie du sport relève d’un Comité d’Éthique comme le CCNE pour les sciences de la vie et de la santé ?

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