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L’autarcie et le sport

Compétence des gouvernants

Quelle production ?

jeudi 1er juillet 2010, par Picospin

Il n’est guère de sujets qui ne suscitent sa passion, son analyse, l’élaboration de projets, sinon l’organisation de débats publics et privés. Il a un appétit et une soif insatiables de nouveautés, de technologie, d’échanges avec les spécialistes dont il veut connaître et fréquenter les meilleurs, les plus reconnus, les plus savants et les plus sages, sinon les plus titrés et les plus reconnus dans leur domaine d’activité et de réflexion. Imitant ou tentant de le faire, ses collaborateurs les plus proches, happés par le désir d’imitation, veulent en faire autant, sans nécessairement posséder sa force d’attraction, sa redoutable énergie et son enthousiasme.

Des appuis solides ou fragiles ?

Pourvue de tous ces appuis intellectuels et moraux, notre Ministre de la Santé et des Sports s’est laissé aller à quelques néologismes dont l’utilisation trop hâtive n’était pas de son ressort. A l’occasion de la « crise », on veut parler de celle du football français, elle a faite siens le recours à de termes dont apparemment le sens ne lui avait pas été ouvert précédemment sur les bancs des écoles, des facultés et de Ministères. C’est dans cette perspective qu’elle s’est cru obligée de faire appel au terme d’autarcie dont la signification est plurielle et qu’elle a appliqué au mode de vie adopté par des joueurs de football, fussent-ils de l’équipe de France. On peut se douter que la vie d’un professionnel du jeu de ballon, malgré sa popularité pour certains, sa célébrité pour d’autres, ne crée par une richesse imaginative exceptionnelle, sauf en ce qui concerne les trajets du ballon et la position respective des coéquipiers et des adversaires. Encore que cette activité ressortisse plutôt à l’activité spécifique de l’entraineur dont c’est le métier de dessiner au tableau noir ou vert, sur l’ordinateur au besoin les mouvements escomptés des joueurs au moment les plus pathétiques de la partie.

L’honneur de la nation

Cette considération est d’importance pour certains qui pensent sans hésiter qu’il y va de l’honneur de la nation, de la patrie et de l’équipe, sinon des couleurs nationales. Cet attachement au pays prend parfois des accents héroïques au point de susciter chez les équipiers un comportement mettant l’accent sur les sources hétéronomiques de la culture, des croyances sinon de la religion. On a vu des membres de l’équipe du Paraguay s’agenouiller sur le gazon des grands stades de football pour implorer l’assistance, la protection, l’intervention d’un dieu – du football ou des hommes – afin qu’il mette tout en œuvre pour faire entrer le ballon rond à l’intérieur et non seulement sur le seuil da la cage et des filets, position qui notifie aux yeux de tous le gain de la partie et l’honneur sauvé de la nation. Dans ces conditions, Mme la Ministre a évoqué l’autarcie dans laquelle s’étaient installés les joueurs cloitrés dans un autobus aux rideaux tirés fermement, au point que nul ne pouvait deviner de l’extérieur ce qui se passait en réalité à l’intérieur. Tirant profit de la situation, les témoins de ces épisodes avaient tout loisir pour en inventer le déroulement qu’ils avaient imaginé et qu’ils s’empressèrent de dévoiler au public. C’est le moment choisi par la Ministre pour lâcher le terme « d’autarcie » que je me mis à déchiffrer d’extrême vitesse pour vérifier qu’il s’appliquait bien aux conditions de vie des membres de l’équipe de France de football.

Définition ?

Que lit-on sous la définition de ce mot ? L’autarcie a pour but de réduire les dépenses à l’importation, et ainsi d’établir un équilibre économique à l’intérieur du pays. Par extension, l’autarcie désigne un mode de vie dans lequel un foyer produit tout ce qu’il consomme, ou du moins l’essentiel, et ne recourt donc pas ou peu au commerce pour compléter ses besoins. En présence d’une économie monétaire, l’autarcie apparente est souvent le fruit d’une politique économique dite autarcique, qui préconise l’autoproduction par un pays de la plus grande partie de ce qu’il a besoin de consommer, et la réduction des importations au strict minimum pour la plus grande partie de la population. Un pays vivant en autarcie s’efforce de fonctionner ainsi en économie fermée. Inversement, un pays qui ouvre son activité commerciale à l’étranger a une économie ouverte. La plupart des sociétés complexes ne sont pas auto-suffisantes, et toutes entretiennent nécessairement des échanges avec leurs voisines proches et lointaines. L’exemple le plus frappant est le mur de Berlin dont on a pu faire croire qu’il constituait une barrière autarcique au minimum terrestre. Au-delà des passages contrôlés ou illégaux rendus de plus en plus risqués par la surveillance, des accords et de modus vivendi entre autorités sont intervenus pour résoudre les problèmes les plus triviaux, une fois les blocus drastiques de la crise levés. Du mur de Berlin aux stades du Cap ou de Johannesburg, la distance est longue, encore qu’à cette aune, la brillante équipe d’Allemagne régénérée et affutée ne peine guère à montrer aux yeux de tous sa supériorité par sa vitesse d’exécution, son savoir technique et sa cohésion.

Des leçons magistrales

Une belle leçon de préparation, de travail et de stratégie. Où est l’autarcie dans ce débat ? Dans le luxueux hôtel, le car obscur dans lequel sont parqués des joueurs récalcitrants qui sont tout sauf autarciques. Ne produisant rien que des débats acharnés qui ne nourrissent aucun homme, ils dépendent au contraire d’une logistique complexe, couteuse et souvent inutile qui, réduite aux besoins élémentaires des sportifs, les obligerait à s’occuper de leurs affaires sans recourir aux services de camarades blasés, d’enfants gâtés, de moniteurs coupables d’incompétence et de préparateurs inconscients.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que le sport ne pourrait être qu’une activité ludique, bénévole et sublimante ?

2. Quelle est la marge de manoeuvre disponible entre trop et pas assez d’argent au risque de la perversion du sport et de son impossibilité de fonctionnement ?

3. Pour obtenir des résultats quant à la production d’une véritable éthique du sport, doit-on améliorer l’information comptable et statistique sur son économie ?

4. Que doit-on penser de l’avis d’Umberto Eco lorsqu’il écrit que "Pour qu’une révision globale de nos rapports humains soit en jeu, il faut qu’elle touche le sport." Pourquoi ne pas commencer par les rapports économiques dans le sport et réduire son aliénation par l’argent ?

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